‹ Légendes révolutionnairesChapitre 19 sur 165 · Ibid., p · texte numérisé non relu

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VinstUution charitable des greniers du roi avait produit d'excellents résultats. Aussi l'abbé Fleury conseillait-il au duc de Bourgogne de généraliser ce moyen de secours, en établissant dans toutes les villes des magasins où Ton pût serrer les grains dans les années abondantes et les garder pour la disette. Le conseil fut suivi : on installa dans un grand nombre de villes des greniers d'abondance qui, suivant les cas, furent créés par l'administration o\xpar les corps municipaux.

Louis XV, dans cette question des subsistances, ne tint pas une autre conduite que celle de Louis XIV. En 1750, la récolte ayant été mauvaise, le contrôleur général de Machault acheta pour le compte du roi 200,000 quintaux de grains tirés de l'Angleterre, de la Hollande, de la Lorraine. Ces grains, placés dans différents dépôts, aux environs de la capitale, à proximité des marchés, furent vendus au-dessous du prix courant. Le roi fit de plus des avances aux généralités de province qui en avaient besoin. Ces prêts montèrent à 730,000 livres i. Deux ans auparavant, en 1748, une disette avait affligé la Guyenne et la Provence. D'Argenson écrit, à cette occasion, dans son journal : « On accuse M. de Machault d'avoir, cet hiver, dépensé follement onze millions au roi pour faire cesser la famine de blés en Guyenne. »

Puisqu'il y avait les blés du roi, les magasins du roi, — et nous venons de voir ce qu'ils lui coûtaient, — il y

1. Analyse historique de la législation des grains depuis 1692, par Dupont de Nemours, p. 24-25.

avait aussi, par une conséquence naturelle, la caisse des grains du roi, un trésorier des grains au compte de Sa Majesté. La mention de ce trésorier dans VAlmanach royal de 1774, où l'on trouve, en effet, ces deux lignes : Mirlavaud, trésorier des grains A U compte i du roi, rue Saint-Martin, vis-à-vis la fontai7ie Mauhué ; cette mention, dont le cynisme a si fort effarouché la pudeur de M. Henri Martin, n'avait donc aucunement la signification qu'on a essayé de lui donner. On y a voulu voir une preuve sans réplique de la participation de Louis XV aux opérations de la société Malisset ; mais cette société n'a existé, nous l'avons vu, que du 28 août 1765 au 31 octobre 1768, et Mirlavaud a été trésorier des grains de 1746 à 1774 2. La caisse des grains a donc précédé la création de la société Malisset, de même qu'elle a survécu à cette société ; il n'y a dès lors aucune connexité à établir entre elles.

Linguet, qui n'est pourtant pas suspect de faiblesse à l'endroit de Louis XV et de ses ministres, confesse, dans ses Annales politiques, que le bruit fait à l'occasion des deux lignes de VAlmanach de 1774 ne repose sur rien de sérieux. « A quoi cependant, au fond, écritil, se réduisait tout ce fracas? A un fait bien simple, mais absolument dénaturé grâce aux clameurs de la secte discréditée aujourd'hui, alors très florissante. » U établit que VÉtat perdait sur la vente des grains, et il évalue cette perte, pendant la régie de l'abbé Terray (1769-1774), à environ cinq millions ^. Que l'État per-

-1. Et non pour le compte de Sa Majesté, comme le dit, après Le Prévôt de Beaumont, M. Maxime du Camp. — Almanach royal, année 1774, p. 553.

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