Archives nationales, E
3. Linguet, Annales politiques et littéraires, 1779, t. VI, p. 285 et suiv.
dît, en efifet, rien de plus certain. M. Léon BioUay, qui a étudié de très près, aux Archives nationales, sur les documents mêmes, les opérations sur les grains au XVIII*' siècle, a pu constater que, du mois de juillet 1770 à la fin de 1771, en moins d'un an et demi, la perte du Trésor royal fut de 1,900,000 livres i. Mais si le Trésor royal faisait ainsi des sacrifices considérables dans l'intérêt du peuple et pour empêcher la cherté du pain -, Louis XV, pendant ce temps-là, réalisait-il des bénéfices sur sa cassette particulière? M. Michelet, après avoir écrit, en 1847, dans son Histoire de la Révolution^ que « le roi spéculait sur la disette et la mort, était l'assassin de son peuple, » a bien voulu reconnaître, en 1867, dans son volume sur Louis XV (et Dieu sait s'il a dû lui en coûter de faire cet aveu !), qu'aucun document ne prouve que le roi « ait eu l'idée, le plan arrêté d'affamer le peuple. » 11 est vrai que, pour se consoler, il ajoute un peu plus loin : « Ce roi était marchand, il avait intérêt avec Bouret et autres dans le trafic des blés, et, comme tout marchand, il aimait à vendre cher 3. » Michelet, qui ne dit pas, et pour cause, où il a puisé ce renseignement, a joué de malheur en nous donnant le nom de l'associé de Louis XV. Voltaire nous apprend, en effet, qu'en 1748, « le fermier général Bouret, qui mourut depuis insolvable, après avoir mangé 42 millions, avait fourni du blé à toute une province sans en tirer aucun profit, et s'était contenté d'une