‹ Légendes révolutionnairesChapitre 27 sur 165 · Mémoires de Bussy-Rabutin, t. II, p · texte numérisé non relu

Mémoires de Bussy-Rabutin, t. II, p

3. Mémoires de M'""^ de Staal, édition de 1755, t. II, p. 148-25».

amoureuses ? Dans ce cas, je n'y verrais pas grand mal. Mais il se pourrait bien que cela tint aussi à une autre cause, que M. Louis Blanc n'a point dite et que j'indiquerai tout à l'heure.

Accordons-lui pourtant, s'il y tient, qu'il a eu raison de s'écrier : Plus d'amour! — c'est un trait que M. Michelet a dû lui envier; reste, du moins, qu'il a eu tort d'écrire : « Plus d'amis, plus de famille! » Je trouve, sur le Registre d'écrou du major de Losme, les mentions suivantes :

Le 16 mars 1784. — Mme la marquise de Sade est venue à quatre heures, est restée jusqu'à sept avec le sieur marquis, son mari, sur une permission de M. Lenoir i, datée de ce jour, pour voir son mari deux fois par mois ; elle doit revenir le 27.

Le 24 mai. — La dame marquise de Sade est venue à quatre heures et a été jusqu'à six avec le sieur marquis de Sade, son mari. Elle lui a apporté six coeffes de bonnet, six grosses plumes taillées, six de coq et vingt et un cahiers de papier réglé, et aussi elle lui a apporté, mais pour rendre, deux comédies brochées et trois volumes reliés de relations de voyages à Maroc, et de voyages pour la rédemption des captifs.

Le 15 juin 1788. — Le sieur marquis de Sade a eu la visite de la dame son épouse.

Le 28 juillet 1789. — M. de la Fruglaye, le fils, ayant obtenu la permission de venir s'enfermer avec monsieur son père 2, il y a eu un combat de tendresse qui a fini par l'ordre qu'a donné le père au fils, auquel il a fallu obéir, de s'en retourner ou de rester à Paris.

Le 12 septembre. — M. de la Fruglaye a eu la visite de son fils, à qui M. le gouverneur a permis de dîner avec son

1. M. Lenoir, lieutenant de police, de 1774 à 1785, un des hommes les plus éminents de son temps, et l'un des plus hommes de bien. (Voy. Biographie universelle de Michaud.)

2. Un des douze gentilshommes bretons enfermés à la Bastille au mois de juillet 1788.

père et les cinq autres de ces messieurs qui formaient la table 1.

M. Louis Blanc a eu tort également d'écrire : « Pour le prisonnier désormais tout l'univers allait être dans les porte-clefs farouches qui lui apporteraient ses aliments. » Les détenus étaient presque toujours autorisés à se faire servir par leurs propres domestiques, lorsque ceux-ci consentaient à partager la captivité de leur maître. Je vois, par exemple, que M™° de Saint- Vincent, entrée le 25 juillet 1774, avait obtenu de garder près d'elle sa servante Marion. M""^ de Saint- Vincent ne resta que cinq jours à la Bastille. Dès le 30 juillet, elle rentrait à son couvent. Au mois de novembre de la même année, un sieur Ruthio, qui ne resta lui-même que vingt jours, conservait près de lui son valet de chambre, Duport. Un sieur Pallebot de Saint-Lubin, garçon chirurgien, qui avait trahi la France dans les Indes et était passé au service de l'Angleterre, fut emprisonnée la Bastille pendant quinze mois (janvier 1781avril 1782). On lui laissa pendant tout ce temps son domestique nègre, Narcisse. Trois des domestiques du cardinal de Rohan, Brandner, Schreiber et Liégeois, furent admis à lui continuer leurs services durant les neuf mois de sa détention. Ainsi en fut-il également de Rasin, domestique du comte de Kersalaun ; ce dernier, compromis dans l'affaire du Parlement de Bretagne, ne fut guère détenu qu'un mois (5 septembre-8 octobre 1787). Une modiste de Paris, M"« Saudo, chez laquelle on avait saisi, dans un envoi de modes venant de Londres, une grande quantité d'exemplaires d'une brochure prohibée, subit trois mois de détention (8 jan-

1. Le Registre d'écrou de la Bastille de 1782 à 1789, par Alfred Bégis, p. 15, 16, 17, 25.

vier — 8 avril 1788). La fille Mangin, sa femme de chambre, ne la quitta pas d'un seul jour i. Le 15 juillet 1788, douze gentilshommes bretons furent arrêtés, comme l'avait été précédemment M. de Kersalaun, à l'occasion de l'affaire du parlement de Rennes. Sur le Registre du major de Losme, on lit à cette date du 15 juillet : t M. de Crosne 2, qui a visité les douze gentilshommes, a reçu d'eux différentes lettres.... 11 a trouvé bon que trois de ces messieurs qui avaient leurs domestiques les gardassent 3. »

L'administration ne se bornait pas à permettre ainsi aux détenus d'amener leurs domestiques ; elle prenait à sa charge la nourriture et l'entretien de ces prisonniers volontaires. Dumouriez dit, dans ses Mémoires, écrits, comme on le sait, à la troisième personne : « Le gouverneur lui apprit que le roi payait quinze livres par jour pour lui, et trois livres pour chacun de ses deux domestiques ; qu'ainsi, dans le cas où il ne serait pas bien traité, il n'avait qu'à se plaindre à lui. Dumouriez, en entrant en prison, avait voulu renvoyer ses domestiques, qu'on n'avait pas ordre d'arrêter ; ils avaient refusé leur liberté, préférant suivre le sort de leur maitre 4. > Voici qui est mieux encore. A certains détenus que leurs domestiques n'avaient pas cru devoir suivre, le gouverneur accordait des valets de chambre, dont l'administration payait l'entretien et les gages. Et cette faveur n'était point réservée comme

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