Le Registre d'écrou de la Bastille de i782 à i7S
4. Cf. les Remarques et anecdotes de la Bastille, 1789, et /a Bastille, par Dufey, de l'Yonne, 1833, p. 288.
mettait au gouverneur, et ne manquait pas de faire demander ensuite au détenu s'il avait reçu satisfaction K Est-ce à dire que la Bastille fût un lieu de délices, une hôtellerie où les gens étaient sûrs de trouver toujours bon souper et bon gîte? Assurément non, et je n'ai point pris la plume pour faire l'apologie de la vieille prison d'État. Je crois seulement que c'est ici le lieu de rappeler cette page de M™° de Staal, racontant son arrivée à la Bastille, où on lui avait permis d'amener avec elle sa femme de chambre, M"° Rondel :
Nous fûmes barricadées dans cette chambre aussi soigneusement que nous l'avions été dans l'autre. A peine y étions-nous renfermées, que je fus frappée d'un bruit qui me sembla tout à fait inouï. J'écoutai assez longtemps pour démêler ce que ce pouvait être. N'y comprenant rien, et voyant qu'il continuait sans interruption, je demandai à Rondel ce qu'elle en pensait. Elle ne savait que répondre ; mais s' apercevant que j'en étais inquiète, elle me dit que cela venait de l'Arsenal, dont nous n'étions pas loin ; que c'était peut-être quelque machine pour préparer le salpêtre. Je l'assurai qu'elle se trompait, que ce bruit était plus près qu'elle ne croyait et très extraordinaire. Rien pourtant de plus commun. Je découvris, par la suite, que cette machine, que j'avais apparemment crue destinée à nous mettre en poussière, n'était autre que le tournebroche que nous entendions; d'autant mieux que la chambre où l'on venait de nous transférer était au-dessus de la cuisine 'v\
Cette histoire n'est-elle pas un peu la nôtre, celle de tous ceux qui, après avoir frissonné devant les peintures de Louis Blanc et de Michelet, se trouveront en présence des belles et solides études de M. Funck- Brentano, de M. Alfred Bégis et de M. Gustave Bord ?