CAUSES EXTRAORDINAIHES D EXPLOSIONS DE CHAUDIERE A VAPEUR
Toutes les causes d'explosion que nous venons de mentionner, en les rangeant dans les catégories auxquelles notre classification les rattache respectivement, sont, en somme, d'ordre essentiellement naturel et ordinaire.
Certains faits constatés, certaines particularités observées dans les accidents de chaudières à vapeur ont cependant donné lieu à l'émission de diverses théories suivant lesquelles les explosions sont dues parfois à des causes extraordinaires.
Bien que le monde scientifique ne les ait encore admises
qu'avec beaucoup de réserve, nous pensons qu'il est utile d'en dire quelques mots et d'indiquer les moyens préconisés pour en éviter la production.
Explosion par mélange détonant. — Si, dans une usine comportant plusieurs générateurs à vapeur, par exemple une fabrique de sucre, une savonnerie, l'alimentation s'opère non seulement au moyen d'eau de puits, mais aussi des « eaux de retour », c'est-à-dire d'eaux de condensation provenant de la machine, de monte-jus et autres récipients spéciaux (et conséquemment chargées de matières grasses ou acidulées), il peut se former dans la chaudière, si l'eau du puits est très calcaire et n'a pas été préalablement épurée, une sorte de « savon ».
Ce savon s'interpose entre l'eau et la tôle qu'il isole et qui est ainsi exposée à rougir.
Non seulement il est sujet à se volatiliser^ mais il peut encore, suivant le degré de température auquel il se porte ou par suite de quelque décomposition chimique engendrant un courant voltaïque, devenir un mélange détonant faisant éclater les parois de l'appareil.
Il est donc de toute prudence, si l'on ne peut épurer complètement l'eau d'alimentation fournie par le puits, de n'user que très modérément des u eaux de retour », quelque appréciable que soit l'avantage procuré par le degré de température auquel on peut recueillir celles-ci, à moins que l'on puisse les débarrasser sensiblement des matières grasses ou acidulées qu'elles contiennent.
Explosion par détonation. — Quelques praticiens ont ainsi appelé le résultat d'une inflammation subite dans le foyer, alors que le registre de la cheminée est complètement fermé, d'un mélange gazeux détonant ayant pris aaissance dans le courant des flammes.
Lorsque le chauffeur qui, la veille, a couvert son feu et fermé le registre, vient le matin, pour la reprise du travail, découvrir en tisonnant ce feu dormant, mais néglige de rouvrir préalablement le registre, les gaz accumulés provenant de la distillation du charbon peuvent, au moment du tisonnement.
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s'enflammer, et l'expansion de ces gaz peut être telle qu'elle ébranle et disloque les parois du fourneau et même soulève ou projette au loin le générateur.
La définition posée pour ce genre d'accident nous paraît sujette à critique, car elle n'est pas applicable à tout type de chaudière à vapeur.
En effet, on remarquera que, s'il s'agit d'un générateur à foyer extérieur, ce n'est pas cet appareil, mais bien un volume gazeux extérieur qui fait explosion et le projette plus ou moins violemment hors de son fourneau. Ce n'est donc que quand la chaudière est à foyer intérieur que l'on peut dire qu'elle a fait elle-même explosion par cette cause.
Quoi qu'il en soit, l'ouverture préalable du registre de la cheminée est de toute prudence pour éviter un accident de cette nature.
Explosion due à l'eau privée d'air ou surchauffée. — L'éminent inspecteur général des Mines, M. Jacqmin, et le savant commandant Trêves ont expliqué ainsi une sorte d'accident qui s'est parfois produit, le matin, à la reprise du travail :
Lorsque, par suite d'un repos prolongé de la chaudière (par exemple celui de la nuit), l'élévation de température a fait perdre à l'eau presque tout l'air qu'elle contenait, celleci (qui peuf demeurer à l'état liquide depuis — 12° jusqu'à -|- 188" de température) est susceptible de se vaporiser ensuite instantanément au moindre choc et déterminer ainsi une explosion foudroyante.
En vue de parer à ce danger, M. Trêves conseille de ne jamais, après un repos prolongé, remettre une chaudière en marche, sans l'avoir préalablement vidée en partie pour la remplir ensuite d'eau froide et pourvue d'air.
On remarquera que, dans l'exposé ci-dessus des diverses causes d'explosions d'appareils à vapeur, nous avons cru devoir franchir légèrement les limites du cadre assigné à notre travail et fait suivre l'énoncé de chaque cause de quelques mots d'explication technique motivant le conseil donné pour éviter l'accident.
Nous tenons à ajouter que, si bon nombre de ces conseils
nous sont dictés par rexpérience acquise dans l'exercice de nos fonctions, beaucoup d'autres ont été puisés dans l'excellent ouvrage théorique et pratique : Le Manuel du Chauffeur- Mécanicien^ de notre collègue M. Mathieu.