RÈGLES A ORSERVER APRÈS UN ACCIDENT
L'article 38 du décret du 30 avril 1880, relatif aux accidents d'appareils à vapeur, trace à l'industriel les devoirs qui lui incombent vis-à-vis des autorités administratives, quand l'accident a occasionné la mort ou des blessures, comme lorsqu'il n'y a eu aucune victime.
Nous avons commenté cet article et fait remarquer que, dans le premier cas seulement, l'usinier est tenu de prévenir l'autorité locale, tandis que, dans n'importe quel cas, l'ingénieur des Mines doit toujours être avisé.
Le dernier paragraphe défend de réparer les constructions, et surtout de déplacer ou dénaturer les fragments de l'appareil rompu. Mais il importe de remarquer que cette défense ne saurait prévaloir d'une manière absolue dans la question du sauvetage des victimes, si un déplacement de fragments est jugé indispensable pour les retirer.
Observons toutefois que ce motif suprême d'humanité peut seul être invoqué pour légitimer une infraction à la défense formelle dont s'agit, çt que les magistrats de l'ordre judiciaire ne doivent eux-mêmes autoriser l'expert qu'ils auraient requis pour les aider dans la constatation des faits, à déplacer tout ou partie de ces fragments.
Notre manière de voir s'appuie d'ailleurs sur le texte d'une circulaire de M. le ministre des Travaux publics en date du 20 octobre 1883.
A la suite d'une explosion d'appareil à vapeur, l'expert qui accompagnait les magistrats instructeurs dans leur descente sur le lieu de l'accident avait dérangé les pièces de cet appareil, en sorte que l'ingénieur des Mines (ou son représentant), arrivante son tour, s'était trouvé dans l'impossibilité de procéder aux constatations prescrites par l'article 38 cidessus rappelé.
188 RÈGLEMENTS d' ADMINISTRATION PUBLIQUE
Dans sa circulaire, M. le Ministre des Travaux publics fait connaître qu'après échange de vues, son collègue, M. le Garde des Sceaux vient d'exhorter MM. les procureurs généraux à rappeler à leurs substituts, ainsi qu'aux juges d'instruction de leur ressort, en les invitant à s'y conformer à l'avenir, les dispositions du décret de 1880 qui avaient été perdues de vue dans l'espèce ; il insiste sur ce point que les ingénieurs des Mines ou leurs représentants (les contrôleurs des Mines) ont une délégation spéciale en pareille matière, et que c'est à eux qu il appartient, en cas d'accident, de procéder aux constatations nécessaires ainsi qu'à la visite des appareils, lesquels ne doivent pas être déplacés ou dénaturés avant qu'il ait été procédé à ces vérifications.
Tout en prévenant de l'accident les autorités que, suivant le cas, l'article 38 lui désigne, l'industriel doit aussi, en attendant l'arrivée du médecin, se préoccuper des victimes; et, au sujet des blessés, les soins à leur donner en attendant l'arrivée du médecin sont d'une importance et peuvent avoir une efficacité telle que la Ville de Paris en a fait élaborer et afficher un programme dans tous ceux de ses établissements employant la vapeur.
La vulgarisation de ce programme étant d'une utilité incontestable, nous le reproduisons ci-dessous.
PREMIERS SOINS A DONNER AUX RLESSÉS EN ATTENDANT l'aRRIVÉE DU MÉDECIN ^
Blessures
1" Arrêter récoulement du sang avec des compresses, de l'amadou, imbibées au besoin d'un mélange d'une cuillerée à café d'alun calciné dans un verre d'eau ;
2* Rapprocher les chairs avec des bandelettes de sparadrap, ou de taffetas, si la coupure est peu profonde ;
3» Panser avec la charpie enduite de cérat, recouverte d'une toile fenestrée (percée de trous) et fixée au moyen d'une bande ; panser matin et soir ;
1 Ces mesures sont affichées dans les usines de la Ville de Paris.
ACCIDENTS DES (liHAUDlÈRES A VAPEUR 189
4" S'il y a simplement contusion, laver la plaie avec de l'eau fraîche, puis la couvrir d'une compresse imbibée de teinture d'arnica, d'eau vulnéraire, ou d'eau blanche étendue d'eau (l'eau blanche se fait instantanément avec une cuillerée à café d'extrait de Saturne dans un verre d'eau) ;
5" De toute façon, lorsqu'il y aura syncope, fatigue, éblouissement, faire prendre au blessé soit un petit verre de cognac, soit quelques gouttes de teinture d'arnica ou d*eau vulnéraire, lui faire respirer de l'éther, du vinaigre radical, etc.
Brûlures
!• Panser immédiatement la plaie avec un morceau de ouate enduite du mélange suivant : parties égales d'eau de chaux et d'huile d'amandes douces, et renouveler le pansement soir et matin ;
2* Employer à l'intérieur les mêmes moyens qu'au n* 5 du premier paragraphe.
Foulures
!• Employer les compresses d'eau-de-vie camphrée, d'eau sédative, de teinture d'arnica; envelopper le membre lésé au moyen d'une bande fortement fixée, et garder le repos ;
2* A l'intérieur, toujours les mêmes moyens.
Fractures
Mettre le patient dans la position la plus agréable pour lui, maintenir le membre fracturé, le soutenir au moyen de vinaigre radical, d'éther et quelques gouttes de cognac, en attendant le pansement et l'arrivée du médecin.
Il est, sans contredit, intéressant de connaître le nombre d'accidents qu'a occasionnés jusqu'ici, en France, l'emploi de la vapeur.
Ces renseignements trouveront leur place naturelle dans le chapitre que nous consacrons plus loin à la Statistique générale des Appareils à vapeur.