‹ Législation minière: d'hier et de demainChapitre 56 sur 58 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

Il semble probable qu’au moment où paraîtront ces lignes, le projet du 10 janvier 1918 aura été voté par les Chambres et sera devenu la loi nouvelle. Ainsi, l’effort poursuivi pendant un siècle. pour anéantir l’œuvre juridique du législateur de l’Empire, n’aura, malgré le talent, l’opiniâtreté et l’ardeur de ceux qui l’ont accompli, abouti qu’à une modification relativement modeste du système tant combattu.

C’est que, en vérité, si démolir et renverser sont un travail souvént facile, élever une eité nouvelle est une tâche autrement pénible.

Assurément la loi du 21 avril 1810, promulguée à une certaine époque de notre développement national, ne répond plus, dans son ensemble, aux conceptions et aux conditions de la vie contemporaine. Mais nous avons constaté l'impuissance véritable dont a fait preuve le Parlement à chaque fois qu’il a voulu en améliorer le texte. Il aura fallu que la guerre actuelle, brisant, sous l’empire d’une nécessité pressante, les vieilles idées et les doctrines archaïques, porte au Gouvernement un homme, aux vues neuves, aux pensées hardies, et qui ne s’embarasse pas de théories, un homme d’affaires, en un mot et non un politicien, pour que la hache tant de fois portée sans succès dans l’arbre antique, mais toujours vigoureux, vienne en abattre les branches sans vie, tout en laissant le tronc intact.

Est-ce à dire qu'en donnant aux concessions futures, un caractère temporaire et onéreux, M. Loucheur aura supprimé, du coup, toute la question minière ?

Assurément non; et telle, nous le savons n’est pas son ambition. Car la vie des nations, comme celle des individus est en évolution constante et ses lois doivent se modifier

sans cesse à son image. La lutte économique restera rude quand le conflit armé aura pris fin. Déjà nous avons l’obligation de prévoir, pour demain, des méthodes nouvelles, adap-. tées à l’état nouveau des peuples. N'y aura-t-il pas lieu, pour faire à nos adversaires d'aujourd'hui une concurrence heureuse sur les marchés du monde, de transformer nos mœurs industrielles et commerciales. Nous serons plus que jamais tributaires de nos voisins pour notre consommation de houille ; par contre le sol sacré de la Patrie. si douloureusement souillé par l'ennemi, révélera sans doute en ses couches profondes l’immense richesse d’un minerai de fer inépuisable.

Ce sera une nécessité vitale de donner à nos exploitations minières toute notre diligente attention. Peut-être devronsnous modifier notre système de concessions, morcelées, fragmentées, isolées, pour les grouper en de puissantes associations aux resssources matérielles et financières décu-

. plées! Peut-être l’État sera-t-il dans l'obligation pour diriger

les recherches et leur faire tenir toutes leurs promesses, de créer certains organes généraux, certains offices centraux, qui faciliteront et amélioreront les efforts de l’initiative privée! Peut-être l’habitude devra-t-elle être prise de concéder, contrairement aux errements actuels, de très vastes périmètres, dont l’étendue compensera l’irrégularité et l’aléa de nos gisements français ! Peut-être, pour accroître l'outillage des exploitants, pour leur permettre de s’ouvrir à l'étranger les débouchés indispensables, pour explorer avec profit les gisements encore intacts de nos vastes possessions coloniales, faudra-t-il créer des banques nationales, ou régionales à destination déterminée ! Peut-être, enfin, les questions de main-d'œuvre, de salaires, de coopération, se développeront-elles suivant des données totalement différentes de leurs directives présentes |

On le voit, le problème minier, complexe et multiple dans le passé, sera encore complexe et multiple dans l'avenir. Lui aussi, sans cesse, se renouvelle et se transforme.

Mais nous sommes en droit de constater avec un légi-

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lime orgueil, que les efforts de nos savants, de nos ingénieurs, de nos parlementaires, de nos ouvriers, ont, tout compte étant loyalement fait, donné sous le régime de 1810 d’heureux et brillants résultats.

Souhaitons donc que, persévérant dans leur tâche commune et ‘concertée, sous une législation renouvelée et rajeunie, ils fassent mieux encore. C’est là le secret, et si nous le voulons, ce sera l’œuvre de demain.

Vus Le Président de la thèse, H. BERTHÉLEMY.|

Vu À Le Doyen, L. FARNAUDE.

Vu et permis d'imprimer :

Le vice-recteur de l’Académie de Paris, L. PorncarË.

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