‹ Législation mozabite; son origine, ses sources, son présent, son avenirChapitre 3 sur 5 · XXII. Des œuvres pies · texte numérisé non relu

XXII. Des œuvres pies

Le premier exemplaire du Nil, officiellement connu, a été gracieusement offert à la Cour d'Alger, par El Iladj Salah ben Mohammed Abou Makel, auquel la Cour a voté, en assemblée générale, des remercîments. M. le premier président Sautayra s'était empressé de solliciter le concours de tous les interprètes et traducteurs assermentés pour faire la traduction du Nil. Beaucoup d'entre eux ont répondu à cet appel; J'ai indiqué leure noms ci-dessus, en regard du chapitre traduit par chacun d'eux, afin de leur donner une première satisfaction.

Malheureusement, plusieurs autres de ces collaborateurs volontaires se sont montrés moins diligents, ce qui retarde l'impression de Fouvrage.

J'ai dû traduire moi-même le livre du Mariage, et celui des Successions, pour les besoins de mon cours.

(1) Voici, exempli gratid, un passage du Livre du mariage (chap. VII,

in fine)y qui offre de grandes difficultés de traduction: Jx) J ^^^ "^ S:?j

3 U^^JUJ ,^j.JLJ Y j >^13 **/» tj'^^ lilfji ^-w^j-J La. ÀJto^i %\jl^

En voici le mot à mot : f Et il est dit non, du moment où il n*est pas su à » elle. Et si elle prétend lui vivant, il est obligatoire à lui, d'accord, à cause de ^ yo^j/^^^^

» la possibilité deAui, et il n'est pas séparé entre eux deux dans le jugement / uf^^^^ » jusqu'à l'évidence de cela. » Il s'agit de la femme mariée dont le mari a <^*-*=— disparu et qui s'est remariée. Ce passage doit s'entendre ainsi : a On a sou- » tenu qu'il n^cn est pas ainsi du moment où l'on ignore qu'elle a un premier

des Abadites, et de leuréclectisme, ils sont condamnés à flotter «ntre les quatre écoles orthodoxes, n'innovant que rarement, lorsque la nécessité les y oblige, suivant leurs besoins (1), suivant les passions du jour. Le NU enregistre sans choix ces opinions souvent contradictoires (2), sans même indiquer les motifs de préférence ou les arguments qui peuvent guider le lecteur ou entraîner sa conviction. Il faut déjà que la question intéresse la loi religieuse à un degré éminent pour que la solution indiquée ne soit pas immédiatement contredite par une solution contraire (3). Mais, sur ce terrain, l'auteur se

» mari. Si elle prétend que son premier mari est vivant, le second est obligé de M se séparer d'elle, diaprés l'accord unanime des jurisconsultes, parce qu'il est » possible de vérifier si elle a un premier mari. On n'obligera pas les nouveaux » époux à se séparer, d'après le droit humain, jusqu'à ce qu'il soit manifeste- » ment établi que le premier mari existe encore ou qu'il est décédé, »

(1) C'est ainsi que, nous le verrons, certaines parties de leur droit ont subi ce que j'appellerai la tyrannie des influences secondaires. Le Mozabite vient chercher fortune dans le Tell où il forme des établissements de longue durée. De là, la théorie très curieuse, très originale, de Vabsence, s'appliquant à toutes les situations de la vie Juridique, influençant surtout le mariage, l'aveu et le désaveu de paternité. De là encore la préférence accordée, en ce qui touche la conquête de la liberté somatique par la femme, à la théorie de Fécole haoéfite (a) qui ne fait aucune différence entre les deux sexes ; en efiet les mâles émigrent, il faut donc que la femme conquière son autonomie de bonne heure. Physiquement, elle n'est, comme la femme arabe, que la femelle de l'homme ; là, nul progrès. Mais, intellectuellement, juridiquement, elle est l'égale de l'homme sous bien des rapports, par la force des choses.

(2) Je n'affirme rien sans preuve. Ouvrons le Nil, consultons-le sur une des plus importantes questions du statut personnel : Les Abadites admettent-ils la contrainte matrimoniale ? Voici ce que nous y lisons : a 11 est » permis au ouali, ou au tuteur testamentaire, ou à la famille, de marier un » impubère. On a soutenu que nul, sauf le père^ ne peut contracter pour l'en- » fajit. On a soutenu également qu'il est interdit au père, comme à tout autre, » de marier Vimpubère, et qu'il faut attendre la puberté de ce dernier. >» Et si, pour plus de sûreté, nous recourons à l'une des compilations dont le Nil est l'abrégé, nous y trouvons cette anecdote : « Abi Salah Es-Sedrati avait » marié une impubère. Comme on critiquait cet acte, il répondit : « Si » j'avais su que la question fût controversée, je n'aurais certes pas marié » cette fille. »

(3) S'agit-il, par exemple, d'obliger la femme, même quand elle est sui juris, à formuler son consentement au mariage par l'entremise d'un mâle, l'incertitude cesse, la loi impose son autorité avec une rigueur dra-

(a) Le rationalisme hanéfite était Tait pour leur plaire, d'autant plus que leurs persécuteurs algériens étaient malékites. Ils ont subi aussi, surtout dans TOman, Finfluence de GhafeY, Tennemi des subtilités ihéologiques, grâce au yoisinage de la Perse.

montre d'une intolérance rigoureuse; tout au plus si, renonçante scruter la conscience du justiciable, il admet qu'un fait déterminé échappe à l'appréciation du juge terrestre, ou doit être apprécié autrement en droit humain qu'en droit divin. A chaque page du Nilj ce conflit éclate, et le plaideur se trouve ainsi livré aux subtiles distinctions du /or extérieur et du for intérieur (1). Ce fait seul démontre que la loi civile ellemême des Mozabites est l'œuvre de la coterie cléricale (2).

J'en ai dit assez pour montrer combien la lecture du Nil est périlleuse, combien il est difficile d'en tirer une théorie rationnelle et méthodique, combien il est nécessaire, pour en dissiper les obscurités, de recourir à un commentaire. Malheureusement, si ce commentaire existe, il n'est pas encore à notre disposition (3), et nos premiers pas dans l'étude du droit civil abadite seront incertains, par la force des choses.

conienne. Pourquoi ? Parce que le Prophète a dit ; « I« femme ne marie pas une femme, et ne se marie pas elle-même, » parce qu'il a dit encore : Pas de mariage sans ouali, sans témoins, » La femme qui n'est pas assistée d'un mandataire spécial (ouali) commet un acte abominable ; elle est frappée par la loi pénale, ainsi que son mari; le mariage est rompu, alors même que la femme aurait déjà un enfant sur sa cuisse; et, pour peu que le mari ait consommé sciemment une pareille union, il se creuse un abîme infranchissable entre lui et la malheureuse créature qu'il a associée à son existence ; ils sont tous deux des fornicateurs ; défense éternelle lem* est faite de se réunir par un mariage subséquent même valable. Et c'est là l'ordre public, ce sont là les bonnes mœurs I

(i) Supposons une femme répudiée qui se remarie, après avoir affirmé qu'elle a terminé sa retraite légale, et qui se rétracte ensuite. En droit humain {a^ ^*^), rien n'oblige les époux à se séparer, l'aveu étant acquis

au mari ; mais ils doivent se séparer, et le mari n'a pas de dot à payer « pour ce qui est entre lui et Dieu » (éwt i^ j >^^ ^r?)? c'est-à-dire en droit divin, la loi religieuse admettant la rétractation d'une affirmation mensongère.

(2) Les actes et les contrats mozabites confirment cette opinion. On les dirait rédigés par un receplor actorum ou par un notaire apostolique {Conf. Fournier. Les officialités au moyen-âge, Paris, Pion, 1880, pages 27 et 43). Je donne un spécimen de ces actes (appendice B).

(3) 11 faudra au moins deux ans pour prendre une copie de ce commentaire, car il se compose de 200 cahiers, grand format, de 10 feuilles chacun, soit 4,000 pages à 35 lignes par page, ce qui, traduit en français, représente au moins 8,000 pages.

Il est temps de conclure.

Nous pouvons Taffirmer maintenant, l'Abadisme n'est pas une doctrine originale. Au début surtout, il n'a eu que la valeur d'une protestation, d'une divergence de vue sur une question de politique.... tirée de l'écriture sainte. A l'époque où les Kharidjites furent mis hors la loi par Ali, ils n'étaient pas sortis de l'Islamisme; musulmans, ils ne demandaient qu'un chef régulièrementlnstitué et soumis à la loi. Rejetés de l'Église, décimés, réduits à conspirer dans l'ombre, ils firent ce que font tous les persécutés; ils se comptèrent, ils s'unirent, ils dressèrent la liste de leurs griefs et de leurs revendications; sans cesser pour cela d'être musulmans, ils renvoyaient au contraire à leurs adversaires le reproche de pervertir la notion coranique.

Cette première période se prolongea jusqu'au moment où les Berbères de l'Afrique se déclarèrent en masse pour eux. Devenus ainsi les apôtres d'une doctrine encore mal définie, les Abadites durent la formuler, lui donner un corps, mieux encore, la mettre en pratique. La fondation de Tahert leur en fournit l'occasion et les moyens. Ce fut alors, sans aucun doute, que ridée abadite sortit du domaine purement spéculatif, pour satisfaire aux besoins multiples d'une société naissante; ce fut alors que des sanctuaires s'élevèrent, que le culte fut régulièrement organisé, que la loi civile, ce couronnement de tout édifice social, fut fondée. Il n'est pas douteux que la tâche des Roustemites fut singulièrement facilitée par les échanges d'idées qui se faisaient entre Tahert et l'Oman; cette importation dont la Mecque était l'intermédiaire leur permit de réunir l'importante bibliothèque dont les modernes Mozabites pleurent encore la perte (1).

A une époque plus rapprochée de nous, lorsque les Abadites furent refoulés dans le Sud, à Ouargla, leur doctrine, si elle ne subit pas un obscurcissement, demeura au moins station-

(1) La rapidité de leur succès s'explique facilement par ce fait que les Berbères, qui avaient adopté l'Islamisme en haine de leurs précédents maîtres, s'étaient abadisés pour échapper au conquérant arabe, et qu'ils trouvaient dans la doctrine nouvelle la satisfaction de leurs instincts à.'anarchie.

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naire. Au XP siècle, quand ils trouvèrent dans la Sebka un asile qu'ils purent croire définitif, ils reprirent leur évolution. Là, tandis que les uns, les plus nombreux, marchaient à la conquête du désert, les autres, une élite, dépositaires du trésor intellectuel pour la défense duquel ils avaient tant souffert, écrivirent les annales de la secte, et renouèrent la chaîne interrompue de la tradition. Tenus, en vertu même de leur situation particulière dans l'Islam, à maintenir dans toute sa rigueur leur doctrine, vivante protestation contre l'orthodoxie officielle qui régnait de Tunis à l'Océan, ils accordèrent aux lettrés, aux clercs, aux descendants des immigrants de l'année 720, une précellence de fait dont ceux-ci usèrent — j'allais dire abusèrent — pour absorber les pouvoirs publics, alléguant, ce qui était vrai d'ailleurs, que la loi civile est sous la dépendance constante de la loi religieuse, et que l'interprète compétent de l'une a seul qualité pour appliquer l'autre.

De là l'organisation intérieure du M'zab, qui tranche éminemment sur celle des orthodoxes; d'un côté, les clercs, véritables initiés, gardiens jaloux du dogme, commentateurs autorisés de la loi civile, non pas astreints à la discipline du secret, ce qui les eût métamorphosés en une aristocratie, mais membres d'une caste ouverte, se recrutant sans cesse en dehors d'elle-même; — de l'autre, les catéchumènes, dans le sens étymologique du mot, aptes mais non contraints à recevoir l'initiation.

Cette organisation, je ne saurais assez insister sur ce point, qui a fondé et consacré leur originalité, s'imposait absolument à eux. Décidés à engager dans le désert la lutte pour la vie, absorbés par un dur labeur, le loisir leur manquait pour veiller en masse sur leur trésor métaphysique. Ils en auraient été incapables d'ailleurs, la science, et même la connaissance élémentaire de la langue arabe, seul véhicule de la parole divine, étant l'apanage exclusif des Araba qui gouvernaient la colonie (1). Il s'opéra ainsi une sorte de division du travail, qui explique aussi bien la rapide prospérité matérielle de la confédération que les dissensions intestines qui l'ont ensanglantée. En effet, les tendances démocratiques, et laïques par conséquent, des Berbères mal convertis, contrebalançaient le rigorisme religieux des Kharidjites des premiers jours. Les deux éléments, hostiles, inconci-

(1) Il est certain que la langue arabe est demeurée chez eux la langue de la science, et qu'elle était le premier pas dans la voie de l'initiation. L'arabe était la langue des idées, le berbère celle des besoins journaliers de la vie et du commerce.

liables sur le terrain du dogmatisme à outrance, ne se combinaient que dans leur ferme volonté de maintenir leur indépendance.

Mais ce n'est pas tout, et le tableau serait incomplet, si je n'y ajoutais un trait nécessaire. Malgré ce dualisme d'origine (1), de langue, d'aptitudes et d'efforts, les Abadites, déjà unis par la communauté du but, et par celle de la foi, subirent tous, sans distinction, l'influence d'autant plus irrésistible du milieu, qu'elle s'exerçait dans un climat extrême, où les conditions générales de la vie étaient absolument soumises à la tyrannie de la nature. Aussi, Berbères ou Arabay au même titre que leurs congénères de la Kabylie ou de l'Arabie, se sont-ils fondus en un tout homogène, au point de vue des mœurs, des lois, du costume, des habitations, de la physionomie même, et c'est ainsi qu'ils ont formé un groupe ethnique d'une saisissante originalité (2). Ils doivent certes à leurs clercs une grande reconnaissance; car, sans eux, ils seraient aujourd'hui déchus du rang qu'ils occupent sur l'échelle des nations civilisées, ils seraient redevenus de simples Berbères. Il est même certain que si l'ardente propagande des missionnaires de Ba'sra s'était exercée sur des hommes moins ondoyants et diversy de persécutés ils seraient devenus persé-

(1) Ce dualisme que le temps attdnue sans l'effacer n'est pas un fait isolé. Les beaux travaux de M. Fustel de Coulange, sur nos origines françaises, le démontrent victorieusement.

(2) Les Kabyles» simple agglomérat de fait, sans lien religieux, ne sont unis que le jour où leur indépendance est menacée, car l'instinct de la liberté qui les domine est une cause de dissociation. Ils ont conservé leurs vertus guerrières pour défendre leur terre et le capital d'efforts qu'elle représente. Ils n'ont pas de langue savante, elle leur serait inutile.

Le Mozabite, colon d'une terre aride, située à la même latitude que ce dour sinistre où Oiiba tourna bride subitement, s'est fait, pour vivre, le banquier du désert, Il y a perdu la valeur guerrière pour développer une autre aptitude de sa race ; le mercantilisme. Il a des mercenaires pour le défendre. Négociant, il achète et paie même le sang de ses défenseurs.

Les Touaregs, enfîn, placés dans des conditions plus désavantageuses encore, ont fait subir au type berbère une transformation nouvelle. Us ont transporté dans le désert le système féodal : nobles, serfs, marabouts, ils ont des intérêts communs, mais leur constitution sociale est exclusive de toute homogénéité. Les nobles réduits à l'impuissance, l'indépendance du groupe serait détruite à jamais. Voir le beau livre de M. Duveyrier (Les Touaregs du Nord, Paris, Challamel, 1864). M. Duveyrier a aussi publié des notes intéressantes sur le M'zab (Tour du mondCj 1861, 2<^ semestre). Je n'y ai relevé qu'une seule inexactitude : « Dans le mariage, dit Fauteur, il n'y « a de dot ni de part, ni d'autre » (p. 188). C'est une erreur.

cuteurs, et que, sinstallant en maîtres dans le dar el islam, ils auraient changé la face du monde oriental (1).

Il me reste un dernier fait à signaler. A mesure que la conquête du sol s*accomplissait, l'activité berbère, exposée à demeurer sans emploi, prenait une direction conforme à son tempérament. Par le négoce, par les voyages, par les séjours fructueux dans le Tell riche et hospitalier, la fortune publique et privée des Mozabites s'accroissait de jour en jour. Avec le bien-être, par le contact journalier de Tinfidèle, les anciens sentiments de fierté, d'indépendance, de scepticisme, reprenaient leur empire, et les clercs perdaient chaque jour du terrain. De là les luttes sanglantes qui ont amené l'intervention de la France, et, en dernier lieu, l'annexion du Mzab. C'est le parti laïque, las d'un joug pesant, qui nous a appelés à son secours. C'est sur lui que nous devons nous appuyer si nous voulons accomplir là-bas une œuvre utile, et digne de nous.

Comme toujours, la France apportera la civilisation et le progrès dans ce petit pays jadis fermé à toutes les influences du dehors, car, je le demande, quel progrès intellectuel le Mozabite qui avait séjourné dans les villes algériennes, habitées par ses ennemis séculaires, les orthodoxes, pouvait-il rapporter chez lui ? Sous le protectorat français, la situation était demeurée la même, puisque, en vertu même du traité de 1853, la confédération du Mzab échappait à notre action. Jusqu'en 1882, les Mozabites, tolérés par nous, vivaient à l'écart, ne flrayant ni avec les autres Musulmans, ni avec les Européens.

Appelés par les laïques, partisans du progrès, malgré les protestations d'une minorité fanatique, nous devons les encourager, les protéger, et laisser les Haszaben, vivre, mausades, sur les tapis de leurs mosquées.

La loi civile, puisque nous aurons à la leur appliquer, sera le véhicule du progrès. Mais nous aurons à la refaire, en nous autorisant des variations heureuses que j'ai signalées, en adoptant, en sanctionnant par nos arrêts les interprétations les plus rationnelles.

Le Mozabite est un commerçant, il se laisse guider par son

(1) Non pas que tous les clercs mozabites soient Ae^Araha, Ce serait une erreur de le croire. Mais Tinitlation, agissant sur des esprits disposés à s'assimiler des idées nouvelles, a réussi, sans peine, à abadiser un grand nombre de Berbères. Nous franciserons de même les Berbères quand nous le voudrons, et sur une plus vaste échelle, et avec plus de solidité, car le pro^ grès économique ne fait pas d'apostats.

intérêt bien entendu. Il acceptera notre jurisprudence, sans murmure, puisqu'elle sera basée sur une des opinions émises par les livres de la secte, sans résistance, car il est économe de son temps et de son bien.

Ainsi, c'est par nous que la loi abadite sera fondée; et, du même coup, nous comblerons ainsi, en grande partie, Tabîme qui sépare le droit orthodoxe du droit hétérodoxe (1), et cela pour le plus grand bien de TAlgérie.

Nous leur avons donné des routes, des puits, une ligne télégraphique ; ils auront, tôt ou tard, une voie ferrée ; ils apprécient ces avantages, car ils sont Intelligents; nous leur assurons la sécurité, bien précieux pour un peuple de marchands. Par nous ils feront l'économie des mercenaires dont ils avaient besoin.

Il faut fonder des écoles chez eux ; ils sont berbères, — les laïques, bien entendu ; — ils apprendront rapidement notre langue. Le jour où la première femme mozabite fera son entrée dans la ville d'Alger, avec son mari et ses enfants, la cause de la civilisation sera gagnée (2).

Vous le voyez. Messieurs, nous avons un intérêt national à étudier la loi abadite, même dans ses singularités, avec toutes ses incertitudes, avec tous ses systèmes. Nous ne sommes que des initiateurs modestes, nous devons placer sous les yeux des juges français toutes les pièces du procès, afin qu'ils soient à môme de choisir l'opinion la plus rationnelle et de l'imposer.

A l'œuvre donc, Messieurs, posons les fondations du monument que d'autres, meilleurs architectes que nous, élèveront dans l'avenir à la gloire de la France et de la civilisation.

(1) Abîme? C'est beaucoup dire. Onse'paie de mots entre conformistes et non-conformistes ; au fond il ne s'agit que d'un simple fossé, que l'on pourrait franchir d'un bond; mais, le fanatisme aidant, et faute d*y avoir regarde de près et avec sang-froid, le fossé a pris les proportions d'un abîme. Voyez l'appendice C.

(2) On m'affirme que ce résultat nous est déjà acquis, et que deux familles mozabites se sont installées à Alger, depuis l'annexion.

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