LIVRE I, CHAPITRE II
La vertu est donc une action commandée par une volonté raisonnable (c).
Ainsi , intelligence , pensée , volonté , constituent l'être intellectuel.
Organes, mouvements, action, constituent l'être organisé.
Intelligence et organes , constituent l'homme.
Volonté et action, constituent l'homme t'ait.
liaison et vertu, constituent l'homme parfait, l'homme moral ou social, (d).
L'homme passe par deux états très-distincts. Dans le premier, il a une intelligence sans connaissance de ses pensées , sans volonté , et des mouvements sans action. C'est l'état natif de l'homme, état originel, état imparfait, et dont ii fait effort pour se tirer. Au sortir de cet état , trop souvent il tombe dans un état vicieux et dégénéré , celui où sa volonté est sans raison et son action sans force ou sans vertu ; ou bien il passe à l'état perfectionné, celui où sa volonté est éclairée par la raison, et son action forte et vertueuse : c'est l'état naturel de l'homme , état bon , état accompli , état de la fin £e l'être , bien différent de cet état natif eu imparfait qui est l'état du commencement , et où J.-J. Rousseau et ceux de son école ont placé l'état naturel de l'homme , erreur fondamentale qui infecte leurs écrits , et qui , malgré les couleurs brillantes (Je leur style , les rendra inutiles , même alors qu'ils auront cessé d'être dangereux (e).
Nous avons vu , § 1er de ce chapitre , que l'homme est une intelligence , et qu'il a des organes. L'avoir est donc une manière de l'être , et la plus générale possible , puisqu'elle comprend toutes les autres. Être est absolu , l'être est ou n'est pas. Avoir est relatif, et susceptible d'augmentation ou de diminution; et, comme les organes peuvent être pins ou moins disposés à servir la pensée, les connaissances dont ils transmettent l'expressjon sont plus ou moins étendues. VA même tout ce que l'homme peut acquérir, il peut le perdre, et cecser d'avoir sans cesser à! être i
Ainsi avoir est accessoire d'être : être est substance ; avoir est accident, modification, manière d'être. titre est invariable;
manière d'êfre ou avoir est variable. On ne peut pas être plus ou moins,, mais on peut avoir plus ou moins.
Nous avons considéré l'intelligence et ses organes ; il est temps de considérer la volonté et l'action ; c'est ici que s'éclaircit le mystère de l'être.
L'homme, capable dépensée et de mouvement, veut (1) parler , écrire , labourer : ses organes obéissent ; il agit , soit immédiatement par lui-même et ses seuls organes , ou médiatement en ajoutant à ses organes la force auxiliaire d'instruments, comme d'un porte-voix pour parler, d'une plume pour écrire, d'une charrue pour labourer. Dans ces différentes opérations il y a trois choses très-distinctes : 1° La pensée qui détermine les organes; 2° les organes qui sont déterminés; 3° le sujet de la détermination, sur lequel les organes s'exercent, ou autrement la volonté , Y action , Y objet.
Ces manières d'être sont relatives l'une à l'autre : la volonté sans action n'est pas une volonté , mais un désir ; action sans volonté n'est pas une action, mais un mouvement : un effet sans action et sans volonté serait un hasard, et le hasard n'est pas. Le hasard , dit Leibnitz , n'est que « l'ignorance des lois » naturelles. »
Ces manières d'être relatives l'une à l'autre s'appellent des rapports. L'ensemble des rapports ordonnés pour la fin de l'être , c'est-à-dire son bien-être ou sa perfection , s'appelle Y Ordre.
Dans le système de l'homme, les organes sont le moyen, le milieu , médius (car moyen vient de médius) , de la volonté , comme cause , pour obtenir un effet. Ils sont donc interposés entre la volonté et son objet. C'est ce qui fait qu'on appelle milieu certaines substances interposées en une chose et une autre, comme l'air et l'eau. La volonté détermine les organes à agir, comme les organes déterminent par leur action l'effet
(1) C'est l'amour de soi ou des êtres semblables qui détermine la pensée à être une volonté, et le mouvement à être une action.
LIVKE I. CHAPITRE III.
à naître; ainsi l'homme voulant et agissant est tout entier exprimé dans cette proportion continue :
« La volonté est à l'action des organes comme l'action est à » Tellet qui en résulte. » L'extrême fécondité de ce principe se développera peu à peu.
Ainsi en métaphysique comme en géométrie les proportions sont formées de rapports, et dans l'une et dans l'autre science ces rapports s'appellent aussi raison. (Test dans ce sens que Cicéron a dit : Lex est ratio profecta à naturâ rerunt ; « la loi
)> est un rapport qui dérive de la nature des choses ; a el Leibnitz , avec une si noble énergie : « Dieu est la suprême
o raison des choses, » parce qu'en Dieu est le rapport général de tous les êtres, c'est-à-dire celui auquel tous les êtres se rapportent, comme tous les points de la circonférence au centre, et qu'il est la raison générale de leur existence.
La volonté est donc active par elle-même, elle se détermine; l'effet ou sujet est passif , il est déterminé ; les organes sont passifs et actifs à la fois, passifs à l'égard de la volonté qui détermine leur action , actifs à l'égard du sujet ou objet sur lequel ils exécutent leur action.
Être et avoir, idées fondamentales de l'être : actif et passif , rapports fondamentaux des êtres; être et avoir , actif Qi passif, fondements de toutes les langues qui sont l'expression des êtres et de leurs rapports (/").