‹ Législation primitive considérée dans les derniers temps par les seules lumières de la raison;Chapitre 105 sur 164 · NÉCESSITÉ DO MINISTÈRE POLITIQUE · texte numérisé non relu

NÉCESSITÉ DO MINISTÈRE POLITIQUE

Il n'a jamais existé, il ne peut même exister de société sans pouvoir, ni de pouvoir sans ministre. Le ministère esJ le moyen, l'instrument du pouvoir; et comme la perfection de Reflet dépend autant de la perfection du moyen que de celle de la cause, il est évident (pie la perfection du ministère public est le premier et le seul moyen de perfection de la société. La perfection, H Ton veut, est une chimère pour l'individu qui, dans le court espace de sa vie, ne peut apercevoir de progrès sensible vers le mieux ; mais elle est réelle et sensible pour la société, qui embrasse une longue durée de siècles et une longue suite d'événements. La vérité consiste dans la connaissance de cette perfection , et le devoir de l'écrivain est de la présenter à la .société comme le terme auquel elle doit tendre sans cesse, même quand elle devrait n'y parvenir jamais. Comment les gi uveraetnents ne se proposeraient* ils pas les lois les plus parfaites de la constitution morale des hommes, lorsqu'ils sont perpétuellement occupés à favoriser l'invention et L'exécution des lois les plus commodes de leur existence pltxsique. je veux dire les meilleures manières de loger L'homme, de le nourrir, de le vêtir, de le guérir dans ses maladies, de le transporter par terre ou par mer, etc.?

L'homme qui croit à la nécessité de Yordre dans la société doit donc, s'il est conséquent, croire à la nécessité des moyens de cet ordre, donc a la nécessité du ministère public et de SI meilleure constitution; car il faut prendre garde que I »' moyen n'est bon (pie Lorsqu'il est parfait, et que tout ce qu'il y peste d'imparfait et de vicieux, loin d'être un moyen d'ordre, 88( un principe de destruction. Non-seulement il est conséquent à certaines opinions de croire au retour de l'ordre dans la

société, mais il est extrêmement utile d'en indiquer les moyens, quelque éloignés même qu'ils paraissent des idées dominantes, parce qu'il n'y a rien de plus faible et de plus variable que des idées dominantes, quand elles sont fausses : on ne doit pas même taxer ces moyens de sévérité et de dureté, car lorsque la société a été livrée longtemps à des précepteurs corrompus qui lui ont prêché une doctrine lâche et faible, parvenue à l'extrémité du cercle des idées morales , elle touche aux idées fortes et sévères ; alors il naît infailliblement des hommes qui l'y ramènent, et l'on peut remarquer que les institutions les plus austères, à commencer par le christianisme, sont nées dans les temps les plus corrompus.

Il est vrai que la société en France paraît au plus loin possible d'adopter rien de semblable dans ses institutions ; mais il faut prendre garde que le jour de toutes les grandes époques , de toutes les époques nécessaires dans la société en bien ou même en mal (car le scandale, a dit la Vérité elle-même, est quelquefois nécessaire) , arrive toujours comme un voleur , et sans être attendu. Quoi de moins prévu sous le règne d'Auguste que la naissance du christianisme , sous Dèce et Dioclétien que son triomphe, et son inauguration au trône des Césars? Quoi de moins probable au cinquième siècle que le mahométisme , né au commencement du septième, et de plus imprévu au commencement du onzième siècle, que les croisades qui en ont signalé la fin ? On peut en dire autant du luthéranisme, et nousmêmes , qui vivons depuis douze ans au milieu des prodiges, comme les Hébreux dans le désert, pouvions-nous prévoir, en 1789, l'expropriation du clergé, l'émigration de la noblesse, la chute du trône , tous les hommes qui ont paru aux époques mémorables de la révolution, tous les événements qui les ont remplies, et le nouvel ordre d'événements qui a commencé depuis deux ans? Cette réflexion doit rendre les hommes, non pas plus disposés à croire, mais moins prompts à rejeter sans examen la probabilité d'événements nécessaires ; car la raison consiste à juger la nécessité des événements, et l'imagination à vouloir en assigner le jour et l'heure, dont l'Être suprême s'est réservé la connaissance. Cependant il y a même des indices certains d'une nécessité plus ou moins prochaine dans les événements Par un effet des lois générales de l'ordre conservateur des sociétés, les grands remèdes suivent les grands maux, et de nouveaux besoins demandent de nouvelles ressources. Ainsi la boussole et les lunettes astronomiques furent inventées pour la

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