CHAPITRE XIV
C INSTITUTION POLITIQUE DU MINISTÈRE DANS LES PREMIERS TEMPS, CONSIDÉRÉ RELATIVEMENT Ai X PERSONNES.
Puisque la fonction de Tordre politique est de juger et de combattre, le devoir de chaque membre de Tordre était de rendre
son esprit et son corps capables de remplir les fonctions morales et physiques auxquelles il «'tait appelé. De là suivait la nécessité d'une éducation physique à la fois et morale, religieuse et politique, domestique pour chacun dans sa famille, et dès ses premières années; publique pour tous dans les établissements publics, et pour un âge plus avancé; et cette éducation obligée pour chacun aurait dû être uniforme pour tous, parce que L'État doit l'éducation à tousses ministres, comme il doit dt'> armes à tous ses soldats.
Dans les temps anciens, les enfants des premières familles recevaient une longue éducation dans les monastères fondés par leurs pères, et ceux d'un rang inférieur étaient élevés comme pages dans les maisons et à la cour des premiers. « Aussi, di- » sent les Mémoires dè)à cites, sur l'ancienne chevalerie, la che- » valerie avait recommande a ses premiers disciples de s'appli- » quer égalemenl aux lettres et aux armes; et un ancien poète, » dans une ballade dont chaque couplet se termine par ce re- » train :
a Ces chevaliers ont honte d'être clercs , »
n regrette le temps où l'étude des arts Libéraux était réservée » aux ministres de Lasociété. »
Dans toute société naissante, et (pli travaille à s'étendre,
comme pour L'homme enfant, Le corps domine L'esprit, et les
exercices de l'un sont plus estimes que les connaissances de
l'autre; dans la société perfectionnée, ainsi que dans L'homme fait, L'esprit doit prendre le pas sur le corps, et l'instruction régler la force et la guider. Cependant, dans ces derniers temps,
on négligeait peut-être trop les exercices du corps pour les arts frivoles et sédentaires.
Les études qui conviennent à des hommes publics devraient être sévères comme leurs fonctions, et graves comme leurs devoirs ; tout devrait s'y rapporter au bien de la société, peu à la satisfaction personnelle de l'individu. Il faut laisser à l'homme la science qui enfle; c'est assez pour le ministre de celle qui édifie. Ainsi l'homme dévoué au ministère politique devrait être instruit dans l'art de l'agriculture, le premier et le plus noble des arts domestiques, dans la science de la guerre et dans celle de la paix; il doit connaître l'histoire, la politique, la jurisprudence, la littérature même, instrument universel des sciences morales. Au reste, les opinions des Romains sur la culture des arts frivoles, qu'ils abandonnaient aux esclaves et aux affranchis, ne nous étaient pas totalement étrangères, et peut-être ne s'étaient-elles que trop affaiblies chez nous. La culture de certains arts n'est qu'un plaisir : elle est un ridicule, si elle devient passion; et quoique les arts agréables soient un délassement honnête ou même une parure utile, qui ajoute la perfection des manières à celle des mœurs, il ne faut pas perdre de vue qu'il n'y a de noble que les devoirs. Je ne crains pas de dire que la jeunesse aujourd'hui cultive jusqu'à l'excès certaines sciences qui dessèchent le cœur, rendent le corps inhabile à l'exercice, et l'esprit à la méditation des vérités morales. Bossuet estimait peu ces sciences exactes, « vaine pâture des es- » prits curieux et faibles,... qui croient savoir quelque chose, » parce qu'ils savent les propriétés des grandeurs et des peti- » tesses. » Fénelon redoutait la satisfaction attachée à l'évidence de leurs propositions, et Descartes lui-même en faisait assez peu de cas. Elles ne redressent pas un esprit faux, et n'apprennent pas à raisonner en morale à un esprit naturellement droit; et pour quelques génies quelles n'étendent que parce qu'eux-mêmes en reculent les bornes, elles étouffent un grand nombre de bons esprits qui se forcent, et peut-être qui s'épuisent dans ces pénibles et ingrates contemplations. Au reste,. il est à remarquer qu'on n'a jamais débité plus d'erreurs sur les principes de la société , ni fait plus de fautes dans la conduite des affaires publiques, que depuis qu'on a découvert plus de vérités dans les sciences physiques, et qu'on en a fait des applications plus heureuses; ce qui prouve qu'on peut savoir tout ce que Newton et Lavoisier savaient en géométrie et