CHAPITRE W
«'■t. lient autrefois les lieutenants «lu connétable, qui avait en eux ses lieutenants-généraux pour l'ordre militaire, connue il yen avait dans l'ordre judiciaire. Mais les lieutenants-généraux étant devenus, sous le titre de maréchaux de France, les premiers officiers militaires, il s'éleva à leur place d'antres lieutenants-généraux des armées, qui existaient encore de nos jours, comme dans les bailliages, le lieutenant-général avant conservé seul l'exercice de ses fonctions, ent au-dessous de lui des lieutenants-particuliers civils et criminels.
La valeur guerrière, les talents politiques, l'industrie honnête et heureuse, rendront au ministère politique les membres que la révolution lui a enlevés : c'est ainsi du moins qu'ont fini jusqu'à présent tontes les révolutions, et ceux qui seront venus sur la fin de la journée recevront la même récompense que ceux qui ont supporté le poids du jour et de la chaleur. Les souvenirs s'effacent, les passions se calment, les hommes disparaissent, et la société survit aux hommes et aux événements, pins éclairée par ses erreurs, plus sage de ses fautes, et quelquefois plus forte même de ses revers.
Le voile sombre de l'avenir couvre les destinées de la société ; mais tchèque ces femmes des rois de l'Inde qui péri—ent sur le bûcher de leurs époux, la noblesse française a cessé d'exister lorsque le trône a été renversé. Elle n'est plus, mais la postérité dira peut-être que si elle n'a pas fait trembler l'Europe, elle a défendu la France, et associé son nom et ses services à tous les événements mémorables qui ont illustre la
monarchie: que >i elle n'a jamais fait des lois, elle les a défendues avec courage devant les rois, et interprétées avec intégrité en faveur des peuples; que si elle n'a pu se préserver d'un siècle entier de faux savoir et de licence, elle a répandu eu Europe, depuis dix siècles, un esprit d'honneur, de désintéressement, de loyauté et de dévouement qui tempérait le pouvoir, ennoblissait la dépendance, et formait encore en
Europe la défense et l'ornement de la société. Sans doute, quelques familles ont vécu trop d'une génération, et quelques
hommes trop d'un jour; mais c'est en général qu'il faut considérer la société et tout ee qui s'y rapporte, et j'ai voulu justifier
les institutions, et non faire l'apologie des hommes passes, ou la satire des hommes présents. Dans les institutions qui sont l'ouvrage des hommes, les hommes sont souvent meilleurs que
leurs lois; mais dans les institutions qui sont l'ouvrage de la nature, les lois sont toujours plus parfaites que les hommes (1). Nos neveux diront la part que les deux ordres chargés des fonctions publiques ont eue à la conservation de la société civilisée, en faisant connaître dans toute l'Europe, par le scandale de la persécution dont ils ont été l'objet., les terribles et inévitables effets des doctrines populaires, ou en entretenant en France, par leur exemple, une opposition salutaire à ces maximes désastreuses, depuis si solennellement désavouées : ils remarqueront que si ces deux ordres de citoyens n'ont pas contribué de leurs personnes à l'agrandissement de TEtat, toujours destinés à le servir, même involontairement, ils y ont contribué de leurs biens, devenus à la fois pour le fisc, par l'invention prodigieuse des assignats, dont ils supportaient l'hypothèque, la matière, l'instrument et le prix de leur propre vente (2) ; et peut-être la plus malheureuse de ces deux classes, parce qu'elle
(1) C'est ce qu'on ne doit jamais perdre de vue, quand on compare certaines institutions religieuses ou politiques avec d'autres institutions, certains hommes avec d'autres hommes, et qu'on cherche à s'expliquer pourquoi les hommes sont si rarement d'accord avec leurs principes, et qu'ils sont tantôt meilleurs que leur doctrine, et tantôt plus mauvais.
(2) L'intention première de l'Assemblée constituante fut d'abolir sans rachat les droits féodaux ou honorifiques, et avec rachat les droiis fonciers ou utiles. Cette distinction était conséquente au projet de détruire le noble et de respecter le propriétaire, parce que les droits seigneuriaux, ou simplement féodaux, représentaient ou étaient, si l'on veut, la propriété politique du noble, et que les rentes foncières étaient évidemment la propriété domestique de la famille, et formaient pour cette raison, dans les pays à inféodation, une partie considérable du patrimoine des familles riches de toutes les conditions; car le paysan avait quelquefois dans une terre plus de rentes foncières que le seigneur. La cupidité trouva cette distinction trop subtile, et s'étonna que le même pouvoir qui abolissait sans rachat des droits simplement honorifiques, ou purement éventuels, s'ils étaient lucratifs, n'abolit qu'après rachat des rentes annuelles, qui étaient bien autrement onéreuses. Le principe était posé : de secrètes instigations, des déclamations publiques, la haine et l'avarice, tirèrent les conséquences, les droits du seigneur furent abolis, et les droits du propriétaire cessèrent d'être payés, et ne furent pas rachetés. Bientôt les événements politiques amenèrent d'autres développements, et alors commença le code sur les biens d'émigrés, inouï en morale comme en politique. Ce fut un terrible, mais un singulier spectacle que celui du long combat qu'il y eut en France entre les principes d'ordre, de justice, de respect pour les lois, profondément enracinés dans l'esprit de la nation, et les nouveaux principes de morale et de politique où les événements entraînaient les hommes; de voir les efforts que faisaient ses législateurs pour conserver des formes légales dans ce bouleversement de la législation ordinaire, n'osant dépouiller le père qu'en le chargeant des délits de ses enfants, ou les enfants qu'en leur imputant les délits du père, faisant entrer la nation dans toutes les familles
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est composée, non d'individus, mais de familles, en se rappelant ce qu'elles l'ait pour son pays, et le prix qu'elle en a reçu, pourrait-elle adresser ces paroles à ceui qui, à l'avenir, lui
succéderont dans la périlleuse l'onction de détendre le pouvoir des chefs contre la souveraineté des peuples :
Disce..., virtutem ex m$ verumque laborem , Fortunam ex aliis... (1).
tantôt comme père, tantôt comme fils, là comme époux, ici comme débiteur; et lorsque la nature, qui ne veut pas que le fils dépouille le père vivant, s'opposait à ces partages, faisant anticiper la loi sur la nature, établissant la présuccession, et donnant à des malheureux la confiscation en avancement d'hoirie. Nulle part les proscriptions n'ont offert un ordre semblable, et tant de règles avec tant de violence.
(1) Il ne faut pas cesser de le répéter, il n'y avait point d'inégalité en France entre les familles, puisque tontes pouvaient parvenir à la propriété, et passer ensuite dans l'ordre du ministère politique. « Ainsi, dit très-bien » M. Gantier, membre de l'Institut, dans les notes judicieuses et savantes » de sa traduction d'Adam Smith, ainsi cette égalité oui parait si forte- » ment violée, quand on se borne à considérer l'âge contemporain, se » retrouve parfaitement maintenue, si l'on embrasse dans ses observations » les divers âges de la vie des nations, et la suite des générations dont elle » se compose. » Ce serait à l'avenir qu'il y aurait de l'inégalité, si certaines familles de propriétaires indépendants, comme les appelle M. Garnier, étaient juives eu droit de partager dans la puissance publique, c'est-à-dire d'entrer dans le ministère politique, seule voie légitime de partager la puissance publique, qui ne peut être partagée que dans son action, qui est multiple, et jamais dans sa volonté, qui est simple et indivisible.