CHAPITRE XL
suite de l'éducation publique.
L'éducation publique forme le cœur en exerçant sa sensibilité par l'amitié , en dirigeant ses affections par la religion,, en réprimant ses saillies par la contradiction. C'est là le triomphe de l'éducation publique, et il ne dépend pas, comme les progrès de l'esprit, de l'habileté des maîtres; mais il est le résultat nécessaire du rapprochement d'un grand nombre d'enfants.
Dans la famille, l'affection est un devoir, et les amitiés particulières sont déplacées, parce qu'elles supposent exclusion et préférence j mais dans le collège, la seule conformité d'âge , d'humeur et de goûts, forme dans ces âmes simples et sans lard ces nœuds que l'intérêt n'a pas serrés, ces liaisons qu'on entretient, ou qu'on renoue avec tant de plaisir dans un autre âge. Ce n'est pas dans l'éducation commune que l'égoïsme a pris nai- une; il est le triste et chétif avorton de l'éducation privée.
L'éducation publique dirige les affections par la religion. On peut instruire les enfants à la maison, mais on ne peut les toucher qu'à l'église : or, c'est bien moins l'esprit dc>> enfants qu'il faut éclairer, (pu- leur cœur qu'il faut émouvoir. Tel est, dans l'homme, le principe inoral et physique de sociabilité, que cette (haine sympathique qui lie entre eux des hommes reunis dans un même lieu, et qui les unit tous à l'homme qui leur parle, fait qu'il suffit, pour les entraîner tous, d'en émouvoir quelques-uns; cl l'on n'est pas capable de rapprocher deux