SUITE DE L EDUCATION PUBLIQUE
idées, lorsqu'on ne sent pas l'ascendant qu'un homme éloquent peut prendre sur des enfants, pour leur inspirer le sentiment des grandes vérités de la religion, en excitant leur sensibilité et en frappant leur imagination.
L'éducation commune n'est pas moins propre à réprimer les saillies du caractère.
Dans l'éducation domestique même la plus soignée, l'enfant voit tout le monde occupé de lui : un précepteur pour le suivre, des domestiques pour le servir, des parents faibles pour excuser ses fautes. Il aura éprouvé la fermeté, quelquefois l'humeur de ses maîtres , la docilité , et quelquefois des bassesses de la part de ses inférieurs ; mais il n'aura pas essuyé la contradiction de la part de ses égaux, et parce qu'il ne l'aura pas essuyée, il ne pourra la souffrir.
Cette contradiction si utile s'exerce par la collision des esprits, des caractères, quelquefois des forces physiques. Elle abaisse l'esprit le plus fier, assouplit le caractère le plus raide, plie l'humeur la moins complaisante ; et l'on sent à merveille que les graves reproches d'un précepteur , ou le sérieux d'une mère, n'ont pas, pour corriger un enfant, l'effet que produit l'acharnement d'une douzaine d'espiègles à contrarier le caractère bourru de leur camarade. Le dirai-je? les punitions infligées à la maison flétrissent le caractère , parce que l'enfant ne souffre que devant ses juges : au collège, elles produisent un effet contraire , parce que l'orgueil s'en môle, et qu'il souffre devant ses complices ; car il existe partout, et même au collège, une conspiration permanente des inférieurs contre l'autorité.
Enfin, l'éducation publique exerce et développe le physique des enfants par l'emploi des forces; et à cet égard, en laissant au génie inventif des jeunes gens toute la latitude qui peut s'accorder avec les précautions que demandent la vivacité de leur âge et la faiblesse de leur corps, il ne serait peut-être pas inutile d'établir un plus grand nombre de jeux où les enfants trouveraient à développer leur force et leur adresse.
L'enfant fera donc ses classes comme on les faisait autrefois, comme les ont faites le grand Condé, Bossuet et dAguesseau, et comme les ont dirigées les Porée , les Rollin, les Lebeau, les Cofïin, en observant toutefois dans le choix des auteurs à
CHAP1TBE XI. -Mi
expliquer ^ et des compositions à faire, de tourner l'esprit des jeunes i^ens vers les connaissances et les sentiments les plus avantageux aux principes constitutifs de !a société, dont ils doivent être les ministres ou les sujets; et à cet égard, il y a quelque chose a retrancher de l'ancienne méthode, et quelque chose à y ajouter.
Les entants seront donc plusieurs années dans les collèges, et je crains encore qu'ils n'en sortent trop tôt. 11 faut que l'éducation se prolonge, moins pour orner l'esprit que pour former le eu'iir et veiller sur les sens, et que cette époque critique se pisse dans la distraction, le mouvement et la frugalité des collèges, plutôt que dans l'oisiveté, les plaisirs et la bonne chère du monde.
La société ne perdra rien à cette disposition, et le moyen que l'homme la serve plus utilement et plus longtemps est qu'il commence plus tard à la servir, et qu'il lui épargne, le plus qu'il est possible, l'ignorance, les écarts, et les erreurs de ses premières années.
11 faut que les parents se persuadent que l'éducation publique a moins pour objet de rendre les jeunes gens savants, que de les remire bons et capables de recevoir les connaissances et de pratiquer les vertus propres à la profession à laquelle ils sont appelés.
One saura donc le jeune homme en sortant du collège ?Hien, même ce qu'il aura étudie' ; car que peut-on savoir à dixhuit ans? Mais si la nature a secondé l'éducation, et l'éducation la nature, il aura l'esprit ouvert et le corps dispos; il aura la connaissance d'un ordre, des sentiments dalle* tion envers ses semblables; il aura l'habitude de l'obéissance, de l'obéissance sortent... eau < ->t ici un avantage auquel nul autre4 ne peut être compare. L'enfant ne peut apprendre à connaître une règle, a se conformer à un onlrc putiic , que dans l'éducation publique : dans l'éducation prit? ée , il obéit à l'homme, et à la seule volonté arbitraire de l'homme; car il ne peut y avoir de règle ti\r. d'ordre invariable là où l'ordre est sans cesse trouble par mille événements domestiques , une visite, une indisposition , une pailie a la campagne, et même où la dispense de la règle est souvent la récompense du travail. Aussi l'enfant qui sait qu'il dépend de son niait n d'abréger l'étude ou de pro-