‹ Législation primitive considérée dans les derniers temps par les seules lumières de la raison;Chapitre 140 sur 164 · SUITE DE L'ÉDUCATION PUBLIQUE · texte numérisé non relu

SUITE DE L'ÉDUCATION PUBLIQUE

longer la récréation, le flatte pour en obtenir ce qu'il désire, ou le prend en aversion, s'il le trouve inflexible., Mais dans une maison commune, où la cloche ponctuelle commande au maître comme à l'élève , l'enfant , placé dans un ordre que rien ne dérange, ni la volonté des autres, ni ses propres caprices, ni les accidents même les plus imprévus, l'enfant, qui voit dans ses maîtres une hiérarchie d'autorité, et qui remonte jusqu'à l'autorité publique, dont les agents mêmes doivent de temps en temps se montrer à ses yeux, s'accoutume à des idées d'ordre, de discipline, de subordination, qui doivent être la première pensée, le premier sentiment de l'homme public, parce que le maintien de l'ordre est son premier et même son unique devoir.

Le jeune homme élevé dans la maison, sous les yeux d'un instituteur vigilant et vertueux, comme on en trouve si facilement, et de parents exemplaires, comme il y en a tant, saura beaucoup plus; il saura ce qu'on ne lui aura pas appris, et même ce qu'on n'aura pas voulu lui apprendre : il aura eu toute sorte de maîtres, et saura déclamer quelque scène de Racine , dont il comprendra l'intention sans en sentir les beautés; il aura dans la tête des nomenclatures d'animaux, de végétaux, de pierres; mais il n'aura souvent ni imagination , ni jugement, ni sensibilité; il aura déjà des passions, et n'aura plus de force.

On ne manquera pas de m'objecter qu'il y a des sujets qui ne réussissent pas dans l'éducation publique, et d'autres qui réussissent dans l'éducation domestique. D'abord je ne parle pas de l'éducation publique telle qu'elle existe aujourd'hui, puisque, de l'aveu du rapporteur au conseil d'État, cité plus haut, « elle est presque nulle partout, que la génération qui vient de » toucher à sa vingtième année est irrévocablement sacrifiée à » l'ignorance, que nos tribunaux, nos magistratures, ne nous » offrent que des élèves de nos anciennes universités, et qu'en- » fin le système d'éducation qu'on suit aujourd'hui est essen- » tiellement mauvais. » Je ne parle pas de l'éducation domestique qu'on donne aujourd'hui, parce qu'elle est beaucoup meilleure depuis que les circonstances n'ont laissé que cette ressource à un grand nombre d'hommes habiles et vertueux ; mais je parle des temps ordinaires, et alors que prouve l'objection? 11 faut savoir ce qu'on entend par réussir dans l'éducation publique. L'éducation d'un jeune homme a réussi , si elle lui a donné les dispositions nécessaires à acquérir les con-

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