‹ Législation primitive considérée dans les derniers temps par les seules lumières de la raison;Chapitre 145 sur 164 · DE L'ANGLETERRE ET DE LA HOLLANDE · texte numérisé non relu

DE L'ANGLETERRE ET DE LA HOLLANDE

La nouvelle de la paix a été reçue en France et en Angleterre avec une égale satisfaction; mais l'expression de la joie a été différente à Londres et à Paris. L'Anglais, sombre et rêveur, s'est livré à des transports qui tenaient du délire. Le Français, peuple enjoué, et même frivole, disent ses détracteurs, mais au fond le plus raisonnable des peuples (1), comme il en est le plus spirituel, a montré un contentement aussi réel, mais plus calme; il a fait voir le beau caractère d'une nation maitresse d'elle-même, et souvent des autres, que le revers ne peut abattre, et que le succès ne peut étonner.

Cette différence s'explique chez les deux peuples par la position d'où la paix les a tirés, par celle où elle les place, et le genre d'espérances qu'elle présente à chacun d'eux.

Les Anglais n'ont jamais été pleinement rassurés sur la prétendue impossibilité d'une descente, dont la seule entreprise, indépendamment même du succès, peut porter un coup irrémédiable à un Etat posé en équilibre sur une banque. Son habile gouvernement, qui montre au peuple un côté de sa position, mais qui a les yeux fixés sur le revers, n'ignore pas que, dans la même entreprise où la sagesse de l'homme voit mille chances de perte, l'audace, qui n'est souvent que la prudence du génie, découvre et saisit une chance de succès.

Jusqu'à présent, la guerre, toujours maritime, toujours hors ou loin de l'Angleterre, n'entretenait que l'oisiveté des cafés et les spéculations de la bourse. Les vrais Anglais, qui s'inquiètent peu des désastres de leurs alliés sur le continent, jouissaient avec orgueil d'une guerre qui avait été pour leur marine une suite de victoires, et pour leurs armateurs une source de richesses; mais la menace d'une descente dans leur île y avait transporté en quelque sorte tout l'appareil d'une guerre continentale; elle en avait pour eux, aux coups de fusils près, toutes les inquiétudes et tout le poids : armement général, déplacement continuel d'hommes et de subsistances, interruption de travaux de fabriques et d'agriculture, attente, incertitude et

(1) Lorsqu'il ne livre pas sa raison et son esprit à des sophistes et ni à des tribuns (JVofe de l'Éditeur.)

DE l. i I ROPE.

terreur. L'Anglaises! accoutumé chez lui aux aisances de la vif. Comme tous les peuples peu tempérants, qui boivent et fument avec excès, il n'a d'activité que pour ses intérêts immédiatement personnels. Cecanon d'alarme, qu'il croyait toujours entendre retentira ses oreilles, et cette incroyable crédulité du peuple aux nouvelles de malheurs, et ces précautions qu'il voyait prendre avec trop d'appareil peut-être, tourmentaient sans cesse son inertie. Ces rassemblements de troupes sur divers points, ces levées de citadins en armes pouvaient être pour eux, en 1801, comme elles le furent pour nous, en 80, un levier puissant entre les mains des agitateurs,

ïn gouvernement, dont le commerce est l'âme et la règle, ne fait pas toujours la guerre quand il veut, et ne la finit pas comme il veut. Dans un pays qui reconnaît en principe que la volonté de tous fait la loi, l'intérêt de chacun l'emporte souvent sur l'intérêt général de l'État, sur sa dignité, sur son honneur, et même sa sûreté.

La France, au contraire, avait avec raison subordonné les intérêts de ses commerçants à la dignité de l'État. Puisse-t-elle les distinguer toujours! Quoiqu'elle ne fut pas insensible aux pertes que les particuliers pouvaient essuyer, elle n'avait pas fait de leur intérêt prive le régulateur de ses desseins. La paix lui était utile, mais elle ne lui était pas encore indispensable, Tranquille sur le continent depuis la paix de Lunéville, elle ne craignait pas de voir les Anglais porter, comme autrefois, à leur ceinture, les clefs de la France. Si, dans certains temps, la terreur a pu réduire les Français à deux onces de pain par jour, la nécessité leur aurait fait supporter avec patience la privation des piqués et des basins anglais, et, s'il avait fallu, celle du sucre et du café; privation, après tout, qui n'est jamais absolue, même avec le blocus le plus étroit. En attendant, la France laissait son ennemi descendre à la hâte sur des grèves abandonnées pour se rembarquer au plus vite, et couverte de ses armes, elle épiait le moment de lui porter un coup décisif.

La Fiance se félicite donc d'une paix qui lui assigne en Europe une place si distinguée, et qui fait trêve aux malheurs de l'humanité; (.'lit; la reçoit avec tous ses avantages, mais sans i Messe,

Et comme accoutumée ;\ de'parefls présents»1

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