LIVRE I, CHAPITRE V
terme moyen, rapport ou raison entre les leux autres, un être médius ou médiateur; car il n'y a, en général, de rapports connus, ci de proportion déterminée, que lorsque les trois ternies de toute proportion, extrêmes et moyen, sont connus (1).
Proportion, rapports ou rois/m, êtres ou termes extrêmes de la société, être moyen, ou médiateur (car ces mots sont synonymes), toutes ces expressions, non-seulement peuvent être employées en parlant de Dieu et de l'homme, et de leurs rapports, mais elles sont usitées; et dans quel ouvrage sur ces matières ne trouve-t-on pas ces locutions : « Dieu a propor- » tionné sa grandeur à la faiblesse de sa créature, les rapports » de Dieu à l'homme, et l'homme à Dieu...?» Et la religion chrétienne tout entière, qu'est-elle autre chose que la connaissance du rapport entre l'extrême puissance de Dieu et l'extrême infirmité de 1 homme et du moyen de leurs relations? et n'est-ce pas dans cette connaissance qu'est la raison de toute société?
Mais ces mêmes expressions, proportions, rapports ou raison, extrêmes, moyen, etc., se retrouvent dans la science des êtres physiques, et de leurs rapports de nombre et d'étendue : ces expressions sont donc communes à l'ordre moral et à l'ordre physique. Elles sont donc générales ou math'- nui tu pi es, car mathématique veut dire» doctrine en général, la science par excellence, et sous cette acception étendue, elle peut embrasser i< nées morales comme les sciences physiques.
Or, ou le langage humain n'est qu'un vain bruit, ou l'identité des expressions désigne la similitude des pensées, et l'unité des vérités; car si la pensée ne nous est connue que par la parole, comment les mêmes paroles exprimeraient-elles des pensées différentes? Il faut contester ce principe, ou en admettre toutes les conséquences.
Ici les laits s'accordent avec le raisonnement, et nous montrent un être moyen ou médiateur, connu dc> nations du monde
(1) Ici je suppose au Lecteur quelque connaissance des proportions, une des plus belles et des premières parties tirs mathématiques.
i 3 ^ LÉGISLATION PRIMITIVE.
les plus éclairées dans la science des choses morales, comme le rapport nécessaire et le moyen d'union entre Dieu et l'homme : nous le voyons dans les livres hébreux promis au genre humain, et cette promesse toujours subsistante dans la société où Dieu et l'homme étaient le mieux connus, former le dogme fondamental et constitutif de ce peuple qui attendait le médiateur sous le nom de Messie ou d'envoyé, et qui l'attend encore après qu'il est venu.
L'être moyen ou médiateur est dpnc l'être qui unit l'homme à Dieu, et qui est le rapport entre eux. Mais les êtres ne nous sont pas connus en eux-mêmes, et ne le sont que par leurs rapports. La connaissance du médiateur entre Dieu et l'homme fait donc connaître Dieu et l'homme. Ainsi il y aura connaissance de Dieu et de l'homme partout où le médiateur sera connu, et ignorance de Dieu et de l'homme partout où le médiateur sera ignoré. Là où il y a connaissance de Dieu, de l'homme et de leurs rapports naturels, il y a nécessairement des lois parfaites qui sont l'expression des rapports naturels ; il y a civilisation, qui est la perfection des lois religieuses et politiques, divines et humaines : et là où il y a ignorance de Dieu, de l'homme et de leurs rapports naturels, il y a des lois fausses qui sont l'expression de rapports contre nature; il y a barbarie, qui est la dépravation des lois. La civilisation suivra donc de la connaissance du médiateur, et la barbarie de l'ignorance du médiateur; et il y aura plus de civilisation là où il y aura une connaissance plus développée du médiateur , et plus de barbarie là où il y aura plus d'ignorance. La question est donc réduite à des faits. Or, il y a eu ignorance profonde de la nature de Dieu et des besoins de l'homme, absurdité dans le dogme, abomination dans le culte, atrocité dans les lois, férocité dans les mœurs, peur de Dieu, haine de l'homme, barbarie enfin chez les idolâtres qui ont ignoré le médiateur, et il y a plus de connaissance de la nature de Dieu et des devoirs de l'homme, moins d'absurdité, de désordre, d'atrocité, de férocité, de peur de Dieu, de haine de l'homme, de barbarie, en un mot, chez les mahométans, qui ont une connaissance confuse du médiateur. Ainsi il y a eu connaissance de la nature de Dieu et des besoins de l'homme, raison dans le dogme, sagesse dans le culte, bonté dans les lois, vertus dans les mœurs, amour de Dieu et de l'homme, ordre enfin ou civilisation commencée chez les Juifs qui ont une, connaissance certaine du médiateur promis;
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et il y a toute connaissance de la nature tic Dieu et (les besoins (le l'homme, du pouvoir de l'un e1 des devoirs de l'autre, toute
>n, ton: . toute bout.', toute vertu, amour partait
de Dieu et de l'homme, ordre parfait ou civilisation consommée dans la société chrétienne, qui a une connaissance pleine et
re du médiateur venu (a).
Ainsi, il y a eu oubli de Dieu et oppression de l'homme, partout où il va eu ignorance du médiateur entre l'homme et Dieu.
Pour résumer en peu de mots la série des propositions énoncées dans les chapitres précédents, qu'on peut regarder ami' une introduction à toute science morale:
1 " La raison est une pensée conforme à la vérité; la vertu est une action conforme à la raison.
2 La vérité est la science des êtres et de leurs rapports.
• ! La !ité des êtres est comprise sous ces expressions
abstraites (M, muse, moyen, effet, hors desquelles nul être n'est, ni ne peut être, puisque ces expressions comprennent tous les états même possibles de l'être, et que la pensée ne peut en idêer ou en concevoir d'autres.
i Si les états possibles de l'être sont tous compris sous ces trois expressions, cause, moyen, effet, les rapports des êtres entre eux sont tous compris dans cette proportion continue: La cause est <m moyen ce que le moyen est à l'effet, ou, l'effet n ce que le moyen est à la cause; ce qui veut dire (pie la cause agil sur le moyen pour le déterminer, comme le moyen agil sur Y effet pour le produire (c). Ainsi le chef commande a ses officiers, et les officiers aux sujets. Ainsi le père a autorité sur la mère, et la mère sur l'enfant, etc. etc.
5" Donc il n'y a de vérité, qui est la COnnaiSS ince des êtres et
de leurs rapports; de raison, qui est connaissance de la vérité;
de vertu, qui est conformité dr> volontés et des actions a la
-n ; de civilisation enfin, qui est raison et vertu dans la
. que la ou les termes de La proportion et la proportion
elle-même ont ete connus {//).