‹ Législation primitive considérée dans les derniers temps par les seules lumières de la raison;Chapitre 57 sur 164 · CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES · texte numérisé non relu

CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES

Société domestique ou famille, société publique ou Etat , société universelle ou religion chrétienne, à la fois domestique et publique, sont, non égales, mais semblables dans leur constitution, ou dans le nombre et le rapport des personnes; semblables dans leur gouvernement , qui est la direction des personnes et l'administration des propriétés pour l'utilité commune; semblables dans leur principe, qui est la raison; dans leur moyen , qui est l'ordre ; dans leur fin , qui est le bien , alpha et oméga des êtres; mais elles sont différentes d'étendue, et telles que des cercles concentriques, qui ont le même nombre de parties, et également disposées, et qui ne diffèrent que de grandeur; elles ont toutes le pouvoir au centre, le sujet à la circonférence, le ministre, semblable au rayon qui joint le centre à chaque point de la circonférence, placé entre le pouvoir et le sujet, pour lier la volonté de l'un à l'obéissance de P autre. Telles sont les lois générales de toute société, et les harmonies du monde moral. Tout y est vrai dans les principes, tout y est réel dans les personnes. Les lois n'y sont pas écrites au fond du cœur des hommes, comme le veulent les sophistes, car l'homme pourrait les méconnaître ou les nier; elles ne sont pas uniquement confiées à la tradition, car l'homme pourrait les oublier : mais une fois révélées à l'homme par la parole, moyen unique et nécessaire de toutes ses connaissances morales, elles sont fixées par l'écriture pour les nations, et elles deviennent ainsi une règle universelle, publique, invariable, extérieure; une loi qu'en aucun temps et en aucun lieu personne ne peut ignorer, oublier, dissimuler, altérer; et pour me servir des expressions de Bossuetet de Leibnitz, deux des plus beaux génies qui aient honoré l'intelligence humaine , diffé-

T.IVIIF. II , CU \r\TWT XX.

rcils de nations, divisés peut-être 1 1 ) de broyârttfe sur certains

points, mais se réunissant à proclamer, à défendre les vérités fondamentales de l'ordre social : « Dans celte parole de Dieu » (le Decalogue), dit Hossuet, sont les premiers principes du » culte de Dieu et de la société humaine; » et dans sa Politique ÈOcrée, expliquant w.> paroles, il l'onde sur cinq motifs tous les dexoirs de la société. « 1° Les hommes n'ont tous qu'une même » fin qui est Dieu : Tu aimeras le Seigneur de tout ton cieur, » de toute ton âme, etc. 8* Gel amour de Dieu oblige tous les » hommes à s'aimer les uns les autres. Dieu est notre père » commun, et son unité est notre lien. Il est naturel que celui » qui aime Dieu, aime aussi, pour l'amour de lui, tout ce qui » est fait à son image. .T Tous les hommes sont frères, enfants » d'un même Dieu. Ils naissent tous d'un même homme, qui » esl leur père commun, et qui porte en lui-même Vimage de » la paternité de Dieu, i" Chaque homme doit avoir soin des » autres hommes; car si nous sommes tous faits à l'image de » Dieu, et également ses enfants; si nous sommes tous une même race et un même sang, nous devons prendre soin les » uns des autres: Unicuique Deus mandavit de proximo suo. » .7' Les hommes ont besoin les uns des autres. Dieu veut que » Chacun trouve son bien dans la société : c'est pourquoi il a » donné aux hommes divers talents, par cette diversité de dons, » le fort a besoin du faible, le grand du petit, chacun de celui » qui parait le plus éloigné de lui, parce que le besoin rap- » proche tout et rend tout nécessaire. Jésus-Christ, en formant » snn Etjlise , en etûBlit lès principes sur" ce fondement, et nous » montre quels sont 1rs pi'ineipcs de la société humaine, »

Knfin, Leibnitz, dans ce passage d'une haute philosophie et d'une profonde connaissance défi principes de l'ordre, passage qui n'est que l'expression généralisée OU analytique de celui de Bossuet: et La collection de fous les esprits constitue Incité )) de Dieu, et le monde moral dans le inonde physique. Rien » dans les œuvres de Dieu de plus sublime et de plus divin ; » c'est In monarchie vraiment univer Belle, et l'Etat le plus parti fuit so//s le plus parfait des monarques. »

NOUS Sommes parvenus au terme de notre carrière. Nous avons considère, par les seules lumières de la raison, la legis-

(1) Je dispeul-étre, car Lèibniti t'ait ;ïtmit monleril lès avèùx, et avance les issertiona I - blUa favorables* à la doctrine de l'Église Romaine.

lation générale de l'ordre social; nous en avons fait l'application aux lois particulières des sociétés; nous en avons trouvé la raison dans l'homme et le principe dans Dieu : car la société, si l'on s'obstine à n'y voir que l'homme, n'est qu'un long supplice, un lieu de confusion et d'horreur; et certes, ils sont conséquents à eux-mêmes les publicistes modernes qui, ne voulant pas admettre Dieu dans la société humaine, la regardent comme un état contraire à la nature de l'homme, et celui où il est le plus malheureux et le plus dépravé.

Nous ne pouvions parler de Dieu et de l'homme, sans considérer leurs rapports, dont l'ensemble et l'ordre s'appellent la société religieuse, rapports qui sont la règle et la mesure de ceux des hommes entre eux dans la société politique ; car les hommes, s'il n'existe pas de Dieu, ne peuvent légitimement rien les uns sur les autres, ne se doivent rigoureusement rien les uns aux autres, et tout devoir cesse entre les êtres, là où cesse le pouvoir sur tous les êtres.

Mais en considérant la société, même religieuse, semblable en tout à la société politique, et composée de personnes semblables dans leur nombre et dans leurs rapports , nous avons du considérer l'accord des vérités fondamentales que la religion propose à notre foi, avec les conceptions les plus générales de la raison, « parce que le temps est venu de considérer ainsi la » vérité, que nos erreurs le demandent, et que nos lumières le » permettent.» Ici nous avons à craindre que les mêmes hommes qui ont jusqu'à présent accusé la foi des chrétiens d'être trop simple et trop crédule , ne l'accusent aujourd'hui d'être trop haute et trop raisonnée. Cette inconséquence ne devrait pas surprendre. On nous a contesté la raison, lorsque nous n'opposions que la foi ; on nous contestera peut-être la foi, lorsque nous opposerons la raison, parce qu'on ne sait pas que pour toute connaissance, même profane, la foi précède la raison

POUR LA FORMER, ET QUE LA RAISON SUIT LA FOI POUR l' AFFERMIR.

Il serait temps cependant de faire cesser cette guerre civile, et même domestique, entre la foi et la raison, où tout périt , raison et foi , et ce combat opiniâtre entre les esprits , qui ne laisse sur le champ de bataille que des morts.

C'est parce que la foi commence la raison et que la raison achève la foi, qu'il a paru de siècle en siècle des écrits solides et lumineux, dans lesquels les motifs de la foi ont été prouvés

Page 1