‹ Législation primitive considérée dans les derniers temps par les seules lumières de la raison;Chapitre 73 sur 164 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

tombée en révolution par des d< d'administration, s'en relè-

vera par la force de sa constitution. Ainsi un homme sage éloigne tes maladies, mais an bomme robuste supporte de grands travaux. C - sociétés sans constitution , dont on vantait la force, lorsqu'il ne fallait vanter que la sagesse de leur administration (telle que la Hollande et la Suisse, que Montesquieu croyait éternellei), trop faibles pour de grands événements, ressemblent à ces bommesqui se portent bien tant qu'ils ne sortent pas de chez eux , ou qu'ils ne vont ni trop loin ni trop vite; ou mieux encore elles ressemblent à ces honnêtes -eus dont la vertu, sans principes fixes, a fait naufrage dans les orages de la révolution.

La perfection de la société est la force de la constitution unie à la sagesse de l'administration, comme la perfection de l'homme physique consiste dans un tempérament sain et fort, conserve par un régime tempérant.

(c) Là où les sujets confèrent périodiquement le pouvoir, comme dans les démocraties; là où les ministres le confèrent à toutes les vacances, comme en Pologne; là où ils en jouissent en commun, comme à Venise, les rapports des personnes se confondent, et il n'y a, à proprement parler, ni pouvoir, ni ministres, ni sujets distincts. La loi politique qui déclare inaliénables les domaines du chef de l'État Lorsqu'il est perpétuel, est une loi d'administration en harmonie parfaite avec la loi constitutive du pouvoir. La loi qui ordonne au père de partager par égale part entre tous ses enfants ses biens immeubles, est une loi d'administration destructive de la constitution de la famille agricole. Montesquieu a méconnu la vérité fondamentale de l'union intime et nécessaire du pouvoir législatif «'i de la fonction exécutrice, et il a même consacré, comme un dogme, l'erreur opposée, l<i division et l'équilibre des pouvoirs, C'est pour cette raison qu'il tait de la fonction exécutrice un pouvoir à part, ruvoir cr. mtif. J.-J. Rousseau, au contraire, auquel il n'a manqué, pour èlre le premier publieisle de son temps, que de n'avoir pas l'espril fausse par les principes religieux et politiques qu'il avait SUCéfi avec le lait, a aperçu la vérité que j'énonce ici. <i Pour que » l'Étal suit légitime, dit-il, il ne faut pas que le gouvernement se » confonde avec le souverain^ mais qu'il en soit le ministre Alors la » monarchie elle-même est république.» Cet écrivain, qui ne reconnatl d'autre souverain que l'homme, appelle souverain ce que nous avons appelé pouvoir, et gouvernement ce que nous avons appelé ministre. Il a professé la même doctrine dans I»' gouvernement de Pologne, où i| veut que le pouvoir executif suit toujours aux ordres du pouvoir législatif, qu'il ni soif le ministre, et il s'applaudil de celte idée. Il en était ainsi en France, où le législateur était éclairé par les remontrances des magistrats, et où les magistrats jugeaient et les guerriers combattaient au nom et sous la direction du législateur. Ainsi dans la religion le pouvoir dit à ses

ministres : «Allez, enseignez, baptisez,... et je suis tous les jours » avec vous jusqu'à la fin des temps. »

(a) L'idolâtrie est l'application fausse, et contre la nature des êtres, du dogme de l'existence de la Divinité, comme l'immolation des victimes humaines pratiquée chez tous les peuples, le juif excepté, était une application fausse de la loi du culte ou de la sanctification. L'auteur a fait voir, dans sa Théorie du pouvoir, que le sacrifice sanglant ou mystique, intérieur ou extérieur de l'homme coupable ou de l'homme parfait, est le caractère essentiel de toute religion vraie ou fausse, parce que le don de soi est la condition nécessaire de toute société. Il est certain que le sacrifice de l'homme a été connu dans toutes les religions, ou réel comme chez les païens et les chrétiens, ou figuré comme chez les Juifs, à qui il était ordonné de racheter le sang de l'homme par le sang de l'animal.

Le sacrifice figuratif a cessé dans l'univers, et il se retrouve tout au plus dans la religion mahométane, imitation grossière de la religion judaïque, et qui immole aussi annuellement l'animal à la Divinité. Mais le sacrifice réel de l'homme est pratiqué partout ailleurs, mystique chez les chrétiens, réel ou sanglant dans les sociétés idolâtres, à la Chine, au Japon, aux Indes, à Otaïti, et chez tout peuple en société politique dont le culte est public ou politique. JN'a-t-on pas vu le sacrifice même sanglant de l'homme reparaître en France en 1793, à l'instant que le sacrifice mystique du christianisme a été aboli? et n'étaient-ee pas de véritables immolations à la déesse de la liberté que ces sanglantes exécutions qui se faisaient journellement au pied de sa statue? Le mahométisme, pur déisme, ne sacrifie pas l'homme sur les autels; mais il le détruit parla mutilation, par la polygamie, par la barbarie dont cette religion est la cause, car elle opprime l'homme plus encore qu'elle ne déshonore Dieu. Si le mahométisme ne sacritie pas l'homme sur les autels, la haine religieuse qu'il inspire à ses sectateurs contre les chrétiens, les idolâtres, les Juifs, n'est-elle pas une disposition constante à les sacrilier, qui très-souvent a été jusqu'aux plus cruelles exécutions?

(b) Le mahométisme a de la durée sans progrès; les sectes séparées du christianisme ont eu des progrès sans durée. Le mahométisme cependant fait des progrès sur l'idolâtrie, plus fausse que le mahométisme, en ce qu'elle n'a pas conservé, comme lui, le dogme de l'unité de Dieu, et qu'elle n'a aucune connaissance du médiateur; mais il n'en fait pas sur le christianisme, malgré la dure condition où se trouvent les chrétiens soumis à sa domination. Les Grecs restent tidèles au christianisme, quoique sépares de la chrétienté. Si les Turcs étaient soumis à la domination d'une puissance chrétienne, les missionnaires les gagneraient aisément au christianisme.

CHAPITR] l\

La force de In religion chrétienne eel de triompher de l'erreur leilleuse comme de l'ignorance stupide, dn glaive des tyrans et des sophismes des tau* sages, da mépris el de la pauvreté comme des honneurs el des richesses, de la corruption de ses enfants et même de celle de ses ministres, des hommes enfin, et même du ti mps; et parce qu'elle honore le pèreei la mire, le pouvoir el le ministre, tlle vit longtemps §vr la terre que Dieu lui a donn

La religion chrétienne a fini l'homme el la société, virumperfectum iti mensuram œtatis plenitudinis Christi; elle a tout consommé, consummatum est, a dit en mourant son fondateur. La parole de i, faite homme pour les hommes, a exprimé les idées de tout ce que les Juifs ne pensaient qu'an image», et n'exprimaient qu'en ligure, el la raison de l'âge mûr a remplacé l'imagination faible et mobile «le l'enfonce.

Pour les païens, ils ne connaissaient ni Dieu, ni l'homme, ni la so- Ciété, ni même la nature; ils ne connaissaient que les passions.

Leur Dieu, optimus maximus, ou même sa sagesse, fille desapenet sortie tout armée de son cerveau; cette Minerve, raison et force tout à la fois, offrent des emblèmes assezjustes de quelques dogmes, de la religion chrétienne : mais ce I). opt. max. ne se trouvait que sur le frontispice de leurs temples; les dieux réels, les dieux de la société, les dieux proposés à l'imitation de l'homme, en un mot, les dieux faits chair, pour rendre toute ma pensée, étaient des brigands, (h s prostituées, des hommes de mauvaise compagnie ou des femmes de mauvaise vit1. Del vitam, de( opes, anixnum œquum mi ipse parabo, dit Horace; que Jupiter nie donne la santé et les richesses, je nie charge tout seul d'acquérir la vertu. Le christianisme dil tout le contraire : « Cherchez la vertu, et le reste vous sera .) donné par surcroît, » d'abord parce que la vertu est la substance, le nécessaire de l'homme, et quefcrerfen'esl qu'accidentet surcroît; ensuite paire que la \ertti de la tempérance, par une suite de lois naturelles, donne la saute, et la vertu du travail la propriété. Leur vertu ifelait qu'une froide égalité d'âme comme celle de nos modernes sophistes, animut œquus; elle consistait en retranchements et non en actions, et ils craignaient beaucoup plus de s'incommoder eux-mêmes que de nuire aux autres. Ces philosophes impassibles, qui déclamaient contre la colère qui leur échauffait le sang, allaient, pour se le rafraîchir, voir couler celui des gladiateurs, ou défenda'hiit a leurs /nfanisde vivre, lorsqu'ils en craignaient le nombre pour leur repos ou leur aisance. Ce qu'il y a d'extraordinaire, est que ces mêmes hommes, qui rejetaient le secours des dieux pour obtenir la vertu, les taisaient auteurs de leurs vices, et ne présentaient sur la scène que des malheureux conduits aux plus grands

fuit dis par une Invincible nécessité: dogme affreux qu'on voit reparaître SOUS des formes plus ou moins adoucies dans toutes les fausses doctrines. I.esnneurs étaient dignes de pareilles croyances, et les mœurs des Grecs dans tous les temps, et des Romains dans

leurs derniers temps, passent en abomination tout ce qu'il est possible d'imaginer.

Les païens ne connaissaient pas la société : ni la société religieuse, dont les dogmes n'étaient qu'absurdités, et le culte qu'horreur, licence ou sottise : ni la société politique, où Ton ne voyait que lois des pères contre les enfants, des maris contre les femmes, des maîtres contre les esclaves, des citoyens contre les citoyens, lutte éternelle du peuple contre les grands, arène sanglante où toutes les passions se disputaient tous les pouvoirs.

Enfin, ils ne connaissaient pas même la nature physique qu'ils peuplaient d'une infinité de dieux chèvres, serpents, poissons, pierres, plantes, fleuves, etc. : populace de divinités qu'il a fallu chasser de la nature pour pouvoir étudier la divinité même de la nature; je veux dire les merveilles de la végétation, de la fécondation, les propriétés des éléments, le cours des astres, les lois générales du monde matériel , sur lesquels les plus graves des anciens nous ont transmis tant de puérilités et d'extravagances. Et sans parler de Tite-Live, qui pour tout événement a un prodige, Tacite lui-même, le grave Tacite, ne rapporte-t-il pas sérieusement qu'au delà de la Germanie est une mer immobile où le soleil va se plonger; que, lorsqu'il en sort, on entend le bruit de son lever, et on voit la tête du Dieu couronnée de rayons? C'est là, dit-il, que finit la nature, et il s'abstient d'affirmer, comme n'en étant pas bien sûr, que certains peuples, situés sur les rivages de cet océan merveilleux, ont des têtes d'hommes sur des corps d'animaux.

La religion chrétienne nous fait connaître Dieu et l'homme, et parce qu'elle nous révèle la connaissance de la cause de tout et du moyen de tout, elle nous prépare à la connaissance de tous les effets, et c'est à cette généralité qu'elle a mise dans nos idées qu'est dû ce génie de méthodes générales, à l'aide desquelles nous avons fait tant de progrès dans la connaissance des lois générales des corps. Elle nous fait connaître de Dieu tout ce qui suffit à notre raison, ou plutôt tout ce à quoi notre raison suffit, et de l'homme tout ce qui suffit à son bonheur. Elle ne retranche rien dans nous; elle y règle tout, et même les affections les plus impétueuses. Corpus non domandum, sed regendum, dit saint Jérôme, et elle met en action tout ce qui y est passion. Elle règle la société présente par la société future; elle punit ou récompense tout ce que les hommes, par ignorance ou par faiblesse, laissent ici-bas sans récompense ou sans châtiment, et elle est, en un mot, vraie dans ses croyances comme Dieu, réelle dans son culte comme l'homme.

(c) L'analogie est évidente entre cette vérité de raisonnement que cause, moyen, effet embrassent l'ordre universel des êtres et de leurs rapports, et cette vérité de foi, que les dogmes de la Trinité, de l'incarnation, de la rédemption, embrassent l'économie entière de la société religieuse. En effet, la Divinité dans ses trois personnes est cause créatrice. «Faisons l'homme,» dit-elle au livre des révéla-

crïAPiTRi iv. 229

tions. L'incarnation est le moyen de salut ou de conservation, puisque le médiateur est venu pour éclairer et sauver les hommes; la rédemption des hommes en est V effet, puisque les hommes sont

conservés, c'est-à-dire éclairés et sauvés par lui.

Arrêtons-nous ici un moment, pour présenter au lecteur une vue générale du système de vérités que je viens d'exposer à son intelligence. J'établis comme une vérité philosophique incontestable que ces trois idées générales cause, moyen, effet, comprennent l'ordre universel des êtres et de leurs rapports, et Ton peut délier tous les savants de trouver ou même d'inventer un être qui soit hors de cette catégorie fondamentale. J'établis ensuite que ces trois idées générales, pouvoir, minisire, sujet comprennent l'ordre général des personnes et de leurs rapports, appelé société, et il ne saurait exister un homme, un seul homme, hors de cette catégorie sociale. Ces personnes, pouvoir, ministre, sujet, qui prennent divers noms, selon l'ordre de société auquel ils appartiennent, correspondent une à une aux idées universelles, cause, moyen, effet, et cela doit être, pour qu'il y ait de l'harmonie dans l'univers; car l'harmonie générale n'est autre chose que l'accord entre tous les systèmes de vérités.

Cet ordre ou système universel des êtres compris sous ces trois idées universelles, cause, moyeu, effet; ce système général de la société compris sous ces trois idées moins générales, pouvoir, ministre, sujet, nous les avons retrouvés dans le système individuel de l'homme considéré en lui-même. Son opération intellectuelle et physique nous présente aussi dans sa volonté une cause ou pouvoir, dans ses organes un moyen ou ministre, et un effet ou sujet dans les Objets soumis à son action, et qu'elle modifie suivant l'ordre de la volante. Celte vérité est renfermée dans la belle définition que le célèbre Stbal donne de notre âme, eut activum, tnovens, intelligens; (irtirum pour déterminer la volonté, tnovens pour mouvoir les organes, intelligent pour diriger leur action. Ainsi la raison philosophique du christianisme se trouve dans les perceptions de notre raison, telles que le langage, expression fidèle d'idées vraies, nous le présente, et qu'il renferme dans la catégorie la pins générale et li plus simple; catégorie, mot célèbre, idée vaste, connue du plus fameux toge de l'antiquité païenne, mais dont, faute d'avoir entendu la parole de rie, il a fait un usage si arbitraire, si obscur el si inutile.

Ainsi l'homme, la famille, l'État, la religion, l'univers. Dieu même, nous présentent, chacun dans l'ordre de son être et le système (le ses relations, trois personnes, trois opérations ou trois rapports, partout la trinité dans V unité (i), partout similitude, proportion, harmonie. Ainsi l'homme est contenu dans la famille, la famille dans l'État, l'Étal dans la religion, la religion dans l'univers, l'univers et

(i) On voll i,i raison île rimpertance que tous i.s peuples ont attachée an nombre trois, el dom on trouve la preove dans les philosophes de l'antiquité comme dans Bes poètes I estlcnoi bre i usaire de toute proportion entre les Êtres, et la société n'est qu'un ensemble de proportions el ''.'• rapports,

tout ce qu'il renferme dans l'immensité de Dieu, centre unique auquel tout se rapporte, circonférence infinie qui embrasse tout, principe et un, alpha, oméga des èires. Ainsi mille cercles inscrits, semblables en nombre de parties, inégaux en grandeur, identiques en propriétés ou rapports de parties, ont tous un centre commun, et sont tous compris dans une même circonférence.

C'est dans ces considérations générales, dont le langage nous présente la pensée et nous affirme la vérité, que nous avons trouvé la nécessité du médiateur, moyen universel entre les deux extrêmes de la société, Dieu et l'homme ; et appliquant à ces hautes recherches les règles des proportions générales ou mathématiques, comme le langage nous y autorise, nous en avons conclu la nécessité métaphysique de cet être ineffable dont la religion nous enseigne l'existence, et de (jui Ton peut dire : L'homme est au médiateur ce que le médiateur est à Dieu.

Mais il y a encore des considérations importantes à tirer du langage lui-même, car si l'art de la parole n'est pas inné dans l'homme, comme une expérience continuelle nous le fait voir ; s'il ne peut être inventé par l'homme, comme on peut le prouver en considérant le rapport de notre pensée et de nosorgaues, l'art delà parole est nécessairement acquis, il est reçu, reçu d'un être qui est intelligent par lui-même, puisqu'il a par lui-même l'expression de la pensée. In être qui est et qui a par lui-même est un être nécessaire, donc infini, puissant, bon, etc., etc. De là la nécessité rigoureuse de la révélation ou de la transmission que Dieu a faite à l'homme des connaissances bonnes et nécessaires : transmission connue ou soupçonnée de tous les peuples ^révélation d'abord orale, plus tard écrite ou fixée pour la conserver dans la mémoire des hommes, «parce » que, dit Varion, le peuple n'est pas maître de l'écriture comme de » la parole; » révélation enfin, source de toutes nos connaissances morales, et fondement des lois de tous les peuples.

Ainsi je n'ai pas prouvé l'existence delà révélation, mais la nécessité de la révélation, qui emporte la certitude de son existence; je n'ai pas prouvé l'authenticité matérielle des livres saints, mais la nécessité des livres saints qui emporte la certitude de leur authenticité; je n'ai pas prouvé la divinité de la mission du médiateur, mais la nécessité même du médiateur qui emporte la certitude de sa divinité et de son humanité : nécessité qu'il ne faut pas entendre d'aucune contrainte, mais d'une conformité parfaite à la nature des êtres qui sont en rapport de société et en proportion de similitude. Ces preuves sont nouvelles peut être ; mais si les nuages répandus sur la religion les demandent, les progrès de notre raison les permettent, et surtout les plus grands intérêts de la société les réclament.

On peut voir à présenta quels termessimples se réduit la célèbre question, si la raison fournit des preuves suffisantes de l'existence de Dieu, de l'immortalité de l'âme, des peines ou des récompenses de l'autre vie, ou si ces vérités fondamentales ne peuvent être prou-

CHA.PITRE v.

que par la réfélatlon : car comme il n'y a que deux espèces d'êtres, les êtres Intellectuels et les rires Bolides, el déni manières de les connaître, les Idées et les Images, tout ce qui rie peut pas être connu par une image ne peut être connu que par une idée, et vice n'iïà. Or, l'existence de Dieu", l'immortalité de rame, ne peuvent être l'objet d'aucune figure ou Imagé; donc elle* nfe sonl perceptibles que par leur idée. Mais l'idée elle-même n'est perceptible que par son expression ou la parole, et nous avons prouve que la parole était révélée; doric toutes les vérités morales ne nous sont connues que par la révélation orale ou écrite, comme l'existence des corps ne nuis est connue que par leur image, VA même remarquez que l'existence des corps absents, et qui ne nous transmettent point d'image directe, ne non» es! connue que par l'autorité d'une révélation; car comment sais- je autrement que par voie d'autorité, et par le rapport qu'on m'en a t'ait, que Ce-ar et Babylone ont existé, qu'Alexandre a vaincu Darius, et qu'il y a des sauvages dans les forêts de l'Amérique P C'est ce qui fait qu'on se sert de l'expression croire pour rendre cette connaissance, et qu'on dit: Je crois qu'Alexandre a existé, cornue on dit : Je crot's que Dieu existe. Ainsi, demander si l'existence «le Dieu, l'immortalité de l'amenons sont connues par la simple raison ou par la révélation, ce n'est pas proposer d'alternative, parce que la connaissance des vérités morales, qui forme notre raison, est une révélation orale, et que la

lation proprement dite est la raison écrite.

NOTES DU CHAPITKE V.

Ceux qui ne voient dans l'État que ce qu'on appelle communément les ministres, c'est à-dire les secrétaires d'État, amovibles à la volonté du pouvoir, transportent cette idée dans la famille) et

oncluenl que, d'après ces principes, la Femme est amovible. Us ne font pas attention que, dans un Étal constitué sur les lois naturelles, il s ::- comme dans la religion, un ordre de citoyens attaches . u service public, el donl le caractère est inamovible. En France, quand le chef de 1 État disgraciait un ministre secrétaire d'État, celui ci conservait toujours le caractère de ministre; c'était connue

mme séparée de corps el de biens, qui conserve le titre d'épouse. Le caractère de la noblesse ou du ministère politique était indélébile, sauf quan i on dégradait la famille.

(M La • " i. té est établie pour l'ava .encrai, et non pour le

bien pai ticulier, puisqu'il faut au contraire que le particulier souffre pour le bie i g< neral. Les sophistes qu ont traite de la société n'y voient que l'individu, et Pufendorff lui-même dit que les lois sont - pour l'avant.»ge du cinq-: erreur re, puisque le chef

doit le premier s'immoler pour le saint des membres. Toute société, dans ce s>' i est une république, reèpublica, la chose de tous, et

non la chose de chacun, et alors, dit J.-J. Rousseau, a la monarchie » elle-même est république. » Dans le siècle dernier, les bons auteurs appelaient toute forme d'État république; ce n'est que dans ce siècle qu'on a donné exclusivement cette dénomination ou gouvernement populaire, de tous les États celui où chacun est le plus occupé de soi, et où tous sont le moins occupés du public.

(c) Bossuet donne, comme tous les interprètes, ce sens à ce passage, et dans toutes les langues, père et roi sont synonymes, ou dans le mot comme en hébreu, ou dans l'idée. En effet si tout pouvoir est une paternité (et il est appelé ainsi dans les livres saints, et dans le langage usuel des peuples), toute autorité subordonnée ou ministère est une maternité, ou le moyen par lequel le pouvoir domestique, religieux, politique, reproduit ou conserve les êtres; car reproduction et conservation sont des idées semblables, la conservation n'étant, selon tous les philosophes, qu'une création continuée. Aussi, si le ministère public ou la magistrature est une maternité, la maternité a toujours été regardée comme une magistrature, et chez les Romains, le materfamilias avait une grande dignité, même à côté du père de famille. On ne peut assez le dire, la société des êtres moraux n'est formée que de rapports de personnes, et non de rapports d'animalité. Il y a des rapprochements entre les corps, mais il n'y a de réunion, et par conséquent de société, qu'entre les êtres intelligents. Les brutes se rapprochent, et ne sont pas en société.

(d) La civilisation d'un peuple est la perfection de ses lois, sa politesse est la perfection de ses arts. Les Romains et les Grecs, avec leurs lois atroces ou licencieuses, étaient de vrais barbares, malgré toute leur politesse, leur urbanité, leur atticisme ; et les Germains (s'ils étaient tels que nous les peint Tacite), avec leurs lois naturelles, étaient des peuples plus civilisés, malgré leur état inculte et grossier. La perfection des lois amène nécessairement la politesse des manières, et le peuple de l'Europe qui avait les meilleures lois avait les manières les plus aimables et le caractère le plus aimant. La différence des nations anciennes aux peuples modernes, sous ce rapport, est que les anciens commencèrent par les arts, et furent polis sans être civilisés, et que les peuples modernes ont commencé par les lois, et ont été civilisés avant d'être polis. Les anciens furent comme ces fruits qui se corrompent sans mûrir, et ne laissent point après eux de germe qui puisse les reproduire, et les modernes, au contraire, sont comme les fruits qui ne se corrompent qu'après leur maturité, et qui renferment dans leur sein des germes de reproduction. En un mot, les révolutions des sociétés païennes avaient pour terme leur anéantissement et l'établissement du christianisme : les révolutions des sociétés chrétiennes ont pour terme leur perfection par les progrès du christianisme; où l'on voit combien est insensé le reproche] que Gibbon fait à la religion

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