‹ Législation primitive considérée dans les derniers temps par les seules lumières de la raison;Chapitre 87 sur 164 · U.TKRATIOX PANS LES ORDRES CHARGÉS PU MINISTÈRE TUPLIC · texte numérisé non relu

U.TKRATIOX PANS LES ORDRES CHARGÉS PU MINISTÈRE TUPLIC

A COTÉ de la nature, qui édifie avec ses lois, l'homme, agent libre d'un ordre nécessaire, détruit ou plutôt contrarie avec ses passions.

Les ministres de la religion vivaient en France, dans les premiers temps beaucoup plus que de nos jours, en communautés séculières ou régulières, véritables familles religieuses, dont révoque ou tout autre supérieur était le père ; et là même où il ne pouvait y avoir communauté de résidence pour les personnes, comme dans tout un diocèse, il y avait administration commune de biens ecclésiastiques, comme l'observe l'abbé Fleury. La vie commune existe encore dans les monastères et le> lieux réguliers; les cloîtres ou chapitres, antiques demeures des chanoines, dont on retrouve dans toute l'Europe le nom el les vestiges autour de toutes les anciennes cathédrales, attestent la vie jadis commune des prêtres, même séculiers; et l'on peut remarquer à Paris, auprès de plusieurs paroisses, un quartier appelé la rue des Prêtres, preuve d'une ancienne communauté d'habitation.

Pendant longtemps , les nobles (sauf ceux que des fonctions particulières retenaient dans les villes, où les Francs exerçaient des emplois civils el ecclésiastiques) (1), vécurent à

la campagne el sur leurs terres. Il y avait peu de villages, dans temps reculés . qui oe fussent la résidence d'un seigneur, c'est-à-dire d'un homme public ayant devoir de juridiction sur les personnes, al droit de subsistance sur le fonds : double attribut du ministère public ; car il ne faut pas oublier que les

nobles étaient tous, dans leur institution naturelle , et particulièrement en France, magistrats et guerriers (-2). On interdisait

Franci, trias, habent magistraius in urbSms et sacerdotes, et

l'un voit par l-'s plus; anciennes Lois que le comte présidai! les èchevios on >t m burg en allemand), conseillers de la ville.

\ v. ■/. l'ouvrage du Pouvoir législatif sous Charlemagne, par If. Bonoaire de Pronvilke, imprimé à Brunswick, I800,et les Mémoires sur lu Chevalet 10, dôj i

aux nobles coupables de quelque crime les fonctions judiciaires, comme le service militaire ; neque in palatio militiam , neque agendarum causarum licentiam habeant. « Les premiers » siècles de la monarchie virent les grands seigneurs, les cour- » tisans , destinés à défendre également par les armes le droit » de la nation, et par leur éloquence le droit des particu- » liers(l). »

La vie commune convenait aux fonctions religieuses des ministres de la religion, car en rejetant sur le corps l'embarras des soins domestiques, elle laissait à l'individu plus de liberté d'esprit et de corps pour remplir les devoirs publics. Elle mettait dans un accord parfait les leçons de la religion et les exemples de ses ministres, et elle montrait des hommes personnellement détachés de toute propriété à des hommes en qui il fallait, pour l'intérêt de la société , modérer l'excessif attachement aux richesses , source féconde d'injustices et de fortaits.

D'un autre côté, la vie isolée et champêtre convenait aux fonctions du ministre politique, qu'elle plaçait au milieu de ceux dont il devait être le juge, le défenseur et le modèle. Elle exerçait ses forces par le goût de la chasse et la pratique de l'agriculture. Elle fortifiait son âme par l'habitude d'une vie simple et uniforme, qui amortit les passions en en éloignant le spectacle contagieux, et dispose l'homme à remplir avec courage et dévouement ses devoirs envers la société.

Mais dans la lutte éternelle de l'homme privé et personnel contre l'homme public, de l'homme de soi contre l'homme des autres , des passions enfin contre la raison , la fureur des jouissances, quand l'autorité ne sait plus la contenir, ne tarde pas à l'emporter sur le sentiment des devoirs.

La vie commune parut au ministre de la religion austère et gênante, comme plus tard la vie champêtre parut aux nobles triste et ennuyeuse ; car j'observe ici la marche des passions plus que je ne consulte la date des événements. Les grands changements qui arrivent, en bien comme en mal, dans les institutions sociales, n'ont jamais de date certaine : ils existent déjà quand les hommes les déclarent, et même les hommes ne les déclarent et ne les sanctionnent par leurs lois que parce

(1) Mémoires sur V ancienne Chevalerie.

< iïwrrRF. nr.

qu'ils existent depuis longtemps. C'est aile vérité importante, aperçue par le président Hénaul dans ses Observations gêné' raies sur C Histoire de France.

11 s'était formé (\^> bourgs et des villes autour des monastères ft des chapitres. A mesure que la population augmentait^

et qu'il .s'élevait de nouvelles habitations, on construisait de nouvelles églises pour la commodité des habitants. Les prêtres <\i> monastères voisins allaient , les jours consacrés au culte religieux, desservir ces chapelles éloignées (1), ou bien, sans

jer d'appartenir à leur communauté, ils y faisaient momentanément leur résidence. Il en était de nos jours à peu près de même en Sui-se, en Allemagne . e1 partout où les cures sont entre les mains des réguliers : la nécessité les y conduisait, le goût les y fixa, loin de la surveillance du supérieur et de la gène de la vie claustrale. Les supérieurs n'aperçurent pas, ou dissimulèrent les inconvénients de ces changements, qui les délivraient du soin de surveiller, et adoucissaient pour euxmêmes1 l'austérité de la règle, toujours plus relâchée dans les maisons moins nombreuses. Quelquefois même la maison y

n a sous le rapport de l'administration de ces biens, puisqu'elleacquit pour de modiques honoraires nu homme d'affaires résidant sur les lieux, et intéresse à la fortune de la communauté, et ce motif fut quelquefois la seule raison de rétablissement i\c> (aires. Il arriva encore que des clécimateurs, las de la campagne et de leurs fonctions, payèrent un desservant, en rvant ladlme, et donnèrent naissance aux bénéfices les. Souvent aussi il se forma des paroisses, beaucoup trop

éloignées des monastères, où le desservant ne put plus faire sa résidence habituelle, et ainsi, soit nécessité, soit dégoût de la

vie claustrale, les prêtres isolés dans les campagnes cessèrent

d'appartenir à une maison commune.

Le gouvernement, défenseur et gardien naturel de tous les établissements religieux et politiques, consenti! à ces arrangeil », ou même les favorisa : il s'occupa du bien-être de chacun, plutôt que de l'intérêt de tous. Il ne vit pas qu'en fait de devoirs, il u "> a jamais de motif pour épargner de la peine à l'homme, et qu il > en a toujours pour lui en donner, parce que omplissemenl de tous les devoirs, ou la vertu, n'est qu'un

n Le piiivi.-ii, devenu chape, atteste les précautions que le desservant èuil obligé de prendre dans le trajet contre les injures du temps.

continuel combat. Les gouvernements cherchèrent même à tirer parti de ces innovations pour accroître leur crédit personnel, en conférant les bénéfices comme une faveur à des ecclésiastiques de leur choix, et quelquefois même à des laïques qui les possédèrent comme un patrimoine, et en trafiquèrent comme d'un héritage.

Ce fut une insensible, mais véritable révolution. Jusque-là le prêtre avait eu sa part de la considération dont jouissait le corps auquel il appartenait, et qui se compose de toutes les idées d'antiquité, de perpétuité, de propriété, de discipline même et de régularité, qui rendent un corps puissant et respectable; car il ne peut exister de règle que pour les corps, parce que l'autorité qui rétablit n'a de prise que sur les masses, et de la vient qu'on voit des corps politiques si bien réglés, composés d'individus qui ne le sont guère. Le prêtre réduit à sa personne, quelquefois peu digne de considération ; à sa fortune, toujours modique ; oisif et trop souvent intéressé, fit tort au ministère, et le ministère à la religion, qui, abaissée jusqu'au peuple, plutôt que rapprochée de lui, pauvre dans son culte et sans dignité, fut moins publique que populaire, et ne présenta plus au peuple ces formes augustes et imposantes qui conviennent à la divinité de la religion, et soutiennent la faiblesse de l'homme. Ce fut là une des causes et un des effets de la dépopulation, et par conséquent de la destruction des monastères, « principaux moyens, dit l'abbé Fleury, dont la Providence » s'est servie pour conserver la religion dans les temps les plus » misérables. » Mais à cette cause de dégénération, tirée de la vie indépendante et isolée de l'homme, il s'en joignit une plus puissante, tirée d'un bouleversement dans les propriétés.

Le concours de plusieurs causes, dont les plus actives furent les donations multipliées, la faiblesse de l'administration, les changements de la race régnante, les invasions des Normands, les croisades, les guerres des rois contre leurs vassaux, avaient fait passer dans les mains du clergé un grand nombre de fiefs, propriété naturelle et exclusive de l'ordre politique, et dans les mains des nobles des dîmes ecclésiastiques , propriété naturelle et exclusive de l'ordre clérical. Les devoirs suivirent naturellement les propriétés auxquelles ils étaient attachés. Le noble nomma à des bénéfices, et quelquefois les rendit héréditaires dans sa famille ; le prêtre institua des juges , et leva des soldats, ou même jugea et combattit lui-même, et l'esprit

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