‹ Législation primitive considérée dans les derniers temps par les seules lumières de la raison;Chapitre 99 sur 164 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

se terminent souvent entre les parties elles-mêmes par une médiation amiable; et sans l'intervention, ni même la connaissance de l'autorité suprême. Mais la nobilité résidait dans l'exercice de la justice criminelle, dans la juridiction sur l'homme, \ejus supremum vitce et necie, attribut essentiel et exclusif du pouvoir suprême, à lui délégué par Dieu même comme souverain de tons les hommes: milii vindicta, dit-il lui-même, et ego rétribuant; devoir essentiel dans les ministres, sur lequel il ne dépend pas de l'homme de transiter de son chef avec la société, de même qu'il ne peut juger sans l'autorisation de la société. Cette justice criminelle, qui frappe l'homme coupable par le glaive de la loi, renferme à la fois la fonction déjuger et celle de combattre ou de punir; et c'est ce qui faisait que, hors quelques emplois administratifs, auxquels, par des vues purement fiscales, les rois avaient mal à propos attribue le privilége d'ennoblissement, les seules charges de magistrature qui conférassent la noblesse étaienl et devaient être les magistratures en cours souveraines, celles en qui résidait l'autorité suprême et en dernier ressort des condamnations capitales, et la royale, ou plutôt la divine fonction de conserver la société par la repression de ceux qui la troublent. « Soyez soumis au b roi, a cause de Dieu^ dit l'Apôtre, et à ceux qu'il com- » met pour la punition des méchants. » Et ailleurs : c< Ce n'est » pas en vain qu'il porte le glaive. »

Il est utile d'observer ici, comme une preuve de la supériorité de la constitution française sur les constitutions des autres États, (pie presque partout ailleurs le prince doit ratifier et peut annuler les condamnations à mort portées dans les tribunaux ordinaires. Là le prince n'est qu'un magistrat, et même le seul magistrat, puisque lui seul, à proprement parler, condamne a mort, et qu'il confond dans sa personne le pouvoir et le ministère, qui étaient sépares en France, comme ils son! distincts en eux-mêmes. (Test ce qui fait que partout il y a des juges, mais qu'il n'y avait des magistrats qu'en France, lesquels, a la noble fonction déjuger les actions de l'homme,

et de le ramener à la règle par le châtiment, joignaient la fonction auguste d'éclairer, et non d'arrêter les volontés du DOUVOir, et (le les l'aire connaître an sujet. L'abus ([lie les tribunaux ont pn faire dans ces derniers t< mps du devoir naturel de remontrer n'empêche pas que cette fonction ne fût ce qu'il

y avait de plus excellent dan> la constitution française, et le

principe de tout ce qu'il y avait (le grand et d'élevé dans le

caractère français. L'abus même qu'on en a fait a quelquefois garanti des excès du pouvoir. A l'avenir, des connaissances politiques plus étendues et plus certaines donneront aux sociétés une meilleure garantie contre les abus du commandement que les désordres de la résistance.

La noblesse, en France, exerçait donc encore aujourd'hui la fonction naturelle de servir à \à justice et à la force, et le corps des officiers français et celui des magistrats français étaient l'un et l'autre, même au milieu de la dégénération universelle, connus et cités en Europe comme le modèle le plus parfait des vertus publiques.

La noblesse , en France , remplissait donc encore sa destinanation sociale, et même, malgré la vénalité des institutions actuelles, elle la remplissait à ses propres frais bien plus qu'aux dépens du fisc : « partie de la nation , dit Montesquieu , qui » sert toujours avec le capital de son bien; qui, quand elle est » ruinée, donne sa place à un autre, qui servira avec son capi- » tal encore. » Sans doute, la noblesse ne remplissait pas sa destination aussi parfaitement, ni surtout aussi généralement qu'elle aurait pu le faire avec de meilleures institutions, mais aussi bien que pouvait le lui permettre son état actuel, et mieux qu'en aucun autre pays de l'Europe. Dans la révolution même , cette grande épreuve des hommes et des institutions, la noblesse française en général a montré, soit en corps, soit individuellement, une religieuse fidélité aux lois monarchiques, ou du moins une grande répugnance aux institutions démocratiques; et ce n'est que dans les premiers temps que quelques-uns, égarés par les nouvelles doctrines, ont manqué de foi à la perfection de nos lois fondamentales, et peut-être ont regardé la monarchie anglaise comme le chefd'œuvre de l'art, au lieu d'admirer dans la monarchie française le chef-d'œuvre de la nature.

Je ne parle pas de l'émigration, et cependant le plus grand nombre de ceux que cette grande tempête a submergés pourraient dire ce que disait Cicéron rendant compte à Aulus Torquatus des motifs qui l'avaient engagé à quitter l'Italie pour aller se réunir à Pompée : « Ce n'est pas, dit ce vertueux » Romain, dans le dessein de mettre à profit la victoire que » j'ai abandonné ma patrie, mes enfants et mes biens; mais » dans la persuasion que je m'acquittais d'un devoir juste,

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