SC
CONCLUSION
la morale : c’est demander que l’État reste étranger au christianisme, qui est essentiellement une religion de l’autre monde. L’État ne doit s’occuper que des croyances qui intéressent les devoirs de'l’homme. C’est en ce sens que l’illustre écrivain propose une profession de foi purement civile dont le souverain fixe les articles; il ajoute de suite que ce n’est pas comme dogmes de religion, mais comme principes de sociabilité, sans lesquels il est impossible d’être bon citoyen ni sujet fidèlcHi.On a donc tort de critiquer la religion civile de Rousseau , il faut dire qu’il a essayé de fonder une morale sociale, indépendante du dogme. Celte morale est si peu une chimère, qu’elle existe aujourd’hui partout où l’État ne professe pas de religion : ce qui n’empêche pas l’État d’avoir une doctrine morale, et cette doctrine lui suffit pour diriger le mouvement intellectuel et moral de la société.
Rousseatt nous conduit à la séparation de l’Église et de l’État : en écartant les dogmes proprement dits, les croyances qui ne se rapportent qua l’autre monde, il séparait réellement le christianisme de l’État. Mais cette séparation était au fond hostile au christianisme ; le philosophe du dix-huitième siècle reléguait la Révélation parmi les vieilleries dont l’État ne doit pas prendre souci. Ce n’est pas ainsi que les rares chrétiens qui ont conservé l’antique foi, entendent la séparation de l’Église et de l’État. S’ils la demandent, c’est qu’ils sont convaincus de la divinité de l’Évangile; s’ils ne veulent pas que l'État intervienne, même pour protéger la religion,
(I) Rousseau, Contrat social, IV, 8.
L'ÉTAT ET LA RELIGION
c’est qu’ils croient que son intervention tue la foi; ils espèrent, que dis-je? ils sont surs que la religion, dégagée des entraves de cette funeste protection, reprendra son influence sur les âmes et régénérera le monde. Nous allons laisser la parole au plus éloquent défenseur de ce système, à Vinet d, esprit éminent et âme profondément religieuse, dont nous admirons la foi, bien que nous ne puissions pas la partager.
Vinet trouve dans la nature même de la religion un obstacle invincible à son alliance avec l’État. Pour que l’État pût intervenir en faveur de la religion, il faudrait qu’il eut une religion; or cela est radicalement impossible. En effet, qu’csl-ce que la religion? C’est un sentiment, elle est toute concentrée dans la vie la plus secrète et la plus profonde de lame; elle ne règle d’autres rapports que ceux de l’invisible avec l’invisible ; la vie extérieure n’est pour elle qu’un moyen de réagir sur la vie intérieure, ou d’en donner un témoignage. 11 est évident que la société , considérée comme être moral , ne peut avoir une religion , car un être moral n’est qu’un être fictif, et les êtres réels seuls ont une âme. En entrant dans la société, les hommes peuvent-ils lui communiquer un sentiment quelle n’a pas par sa nature? Les hommes mettent en commun une partie de leurs intérêts, mais il y a aussi une partie de leur être qui ne se communique point, c’est précisément la plus noble, la plus essentielle, c’est leur âme, leur coeur, leur religion. Que l’on ne dise pas que les hommes font un partage avec la société, qu’ils abandonnent à l’État une partie de leurs droits, et se réservent l’autre; cela est vrai pour les intérêts civils et politiques, cela ne se conçoit pas pour la religion; elle est tout entière, ou elle n’est point; si les hommes en peuvent
(I) Vinet, Essai sur la manifestation des convictions religieuses, et sur la séparation de l’Église et de l’État (1858).
CONCLUSION
investir l’État, l’État seul aura une religion, les individus n’en auront plus; mais comme les individus ne peuvent pas se dessaisir de leur essence spirituelle, il faut conclure qu’eux seuls ont une religion, que par suite la religion est une affaire purement individuelle. La religion ne pouvant être un but pour l’État, on ne voit pas à quel titre il s’en mêlerait. C’est, diton, pour la protéger. Mais il ne la protégera jamais que comme moyen, puisqu’il ne la connaît pas comme but; or, traiWr la religion comme moyen , comme instrument, c’est la maltraiter, c’est le plus souvent l’avilir (').
Pinet ne dif pas, comme M. Nothomb, que l’État n’a rien de commun avec la religion , il s’en fait une idée trop élevée pour la mettre en parallèle avec la géométrie. L’État a besoin de la religion , non pas pour venir en aidé aux gendarmes et à la police, ceci est le point de vue des politiques et il est dégradant, il en a besoin pour remplir son but, le perfectionnement de ses membres r1 mais il s’agit de savoir si la coopération de la religion n’est pas plus efficace, quand elle est libre et indépendante de l’État, que lorsqu’elle est engagée dans une union contre nature. Une alliance qui fait violence à l’ordre naturel des choses, ne saurait être heureuse pour aucune des parties qui la contractent, pas plus pour l’État que pour la religion. Pour que la religion remplisse sa mission, pour quelle soit profitable à la société, il faut que son action soit efficace; or elle ne l’est que si elle reste dans sa sphère, lorsqu’elle est affranchie de toute entrave. Dans le domaine spirituel, l’État flétrit et paralyse tout ce qu’il touche. Vinet invoque les enseignements de l’histoire : « Quand Bonaparte releva les autels, il ne releva pas la religion ; elle se relevait sans lui, elle ne demandait que la liberté, il l’étouffa dans la pourpre. On
(I) Vinet, Essai, p. 208, ss.
L’ÉTAT ET LA RELIGION
sait trop bien dans quel esprit il lui rendit les temples déserts, mais eût-il agi par une pieuse conviction, n’importe; il arrêta l’impulsion de la foi , en y joignant la sienne , et sous sa main glacée on vit se figer l’huile sainte qui , devant le feu de l’épreuve, avait recommencé à couler» (D.
La religion aurait-elle besoin de l’appui de l’État pour l’existence de ses ministres et les dépenses de son culte ? Cette supposition seule révolte notre ardent chrétien : « Croire l’existence même de la religion menacée par la séparation , grand Dieu 1 quel aveu vient-on nous faire et quelle idée faut-il avoir d’une religion qui n’a point de racine dans l’humanité, point de force en elle-même, et qui tombe aussitôt que l’État l’abandonne? AhI dans ce cas, plus vivement on s’opposera à l’épreuve, plus hautement nous la réclamerons. Il faut qu’on sache ce que c’est que cette religion, si elle a une base ou si elle n’en a point; il faut qu’on sache ce que c’est que ces croyants, s’ils croient en Dieu, ou s’ils croient à l’État; il faut qu’ils le sachent eux-mêmes , il faut qu’ils s’éprouvent , afin de connaître si ce que, jusqu’à ce jour, ils appelèrent leur religion, était un besoin ou une habitude, une conviction ou un préjugé » (2).
F inet ne traite la question des rapports de l’Église et de l’État qu’au point de vue de la religion, et pour lui la religion est un sentiment essentiellement individuel. C’est le point de vue de la Réforme; mais cette façon circonscrite d’envisager le débat, ôte à la solution tout caractère de généralité. Les
(1) Vinci, Essai, p. 386, ss.
(2) Vinci, Essai, p. 336.
MO
CONCLUSION
catholiques n’accepteront pas la définition que le pasteur réformé donne de la religion, les philosophes ne l’accepteront pas davantage. La religion est plus qu’un sentiment individuel, elle est aussi un lien social ; cela est si vrai , qu’une croyance ne devient une religion que pour autant qu’elle soit partagée, c’est-à-dire quelle devienne le lien d’une association. Or, dès que la religion cesse d’être le rapport de l’invisible avec l’invisible, dès qu’elle se manifeste au dehors par un culte, une Église, dira-t-on encore que l’État n’a aucun droit, ni aucun intérêt d’y intervenir? Vinet ne touche pas même cette difficulté, qui a tant occupé les grands penseurs dont nous venons d’exposer les doctrines. C’est cependant là le siège du débat, et sur ce terrain nous croyons que le droit du pouvoir souverain est incontestable; nous n’avons qu’à nous en rapporter à la théorie de Spinoza et de Rousseau. Est-ce à dire que l’État va absorber la religion? Cette préoccupation de Vinet lui est encore inspirée par l’état du protestantisme; les princes réformés ont tranché trop souvent du pape, et par suite la religion est devenue une affaire d’administration et de poliqp. Dans les pays catholiques, l’État n’a pas de ces prétentions; il ne réclame rien en matière de religion que sa souveraineté. C’est de là que dérive le droit et le devoir de protection.
Vinet conteste vivement ce droit et ce devoir. Si la doctrine du pasteur réformé était le dernier mot du christianisme , il faudrait dire avec Rousseau que la religion chrétienne est incompatible avec l’État, sous la forme protestante aussi bien que sous la forme ultramontaine. Quel est le fondement de la doctrine hautaine qui donne à l’Église la supériorité et la domination sur l’Étal? C’est la distinction du spirituel et du temporel. Le spirituel étant réservé à la religion , et par suite à l’Église , l’Étatest réduit au temporel, c’est-à-dire qu’il n’a qu’une mission purement matérielle, ce qui implique un état d’infério-
L’ÉTAT ET LA RELIGION
rite et par conséquent de dépendance. Il faut croire que cette ambition est inhérente au christianisme , car nous allons entendre un humble pasteur tenir le même langage au fond que les Grégoire et les Innocent : « Le spirituel et le temporel, dit Vinet, sont distincts comme la loi et la morale. Ce n’est pas un accident, mais une nécessité, ni une phase passagère, mais letat normal et définitif de la société, un des axiomes de la science et de la civilisation. » C’est une vérité sociale, oui; mais il faut s’entendre. Si on la prend dans le sens chrétien, elle conduit logiquement, fatalement à avilir l’État et aie subordonner à l’Église. Or, c’est bien ainsi que Vinet conçoit cette fameuse distinction, car il en déduit l’existence de deux sociétés différentes, la société du temps et celle de l’éternité, c’est-à-dire de l’État et de l’Église. S’il en est ainsi, peut-on hésiter à mettre l’Église, organe de l’éternité, au-dessus de l’État, organe du temps? L’Église est lame de l’humanité, dit Vinet ; l’État est donc la matière. Est-ce à la matière à gouverner l’dme? ou est-ce à Y âme à gouverner la matière ? L’écrivain protestant élude ces redoutables questions, en bornant l’action de l’État à des fonctions purement matérielles; il va jusqu’à direct que l’État finira par n’ètre que le gérant responsable ou le surveillant officiel d’une grande exploitation »(*). C’est précisément le rôle ignoble auquel les ultramontains voudraient abaisser l’État. A qui reviendra donc le domaine spirituel? Chez les catholiques, il va sans dire que c’est l’Église qui profite de tous les droits que l’on enlève à l’État. Il en serait de même chez les protestants, s’ils avaient une Église; heureusement que le principe même de la Réforme les empêche d’en avoir une, autrement nous aurions vu renaître l’ultramontanisme au sein du christianisme évangélique. Il y a un sentiment qui est plus fort chez les réformés que l’esprit de domination du -christia-
(I) Vinet, Essai, p. 263, 226 et 289.
CONCLUSION
nisme traditionnel, c’est l’individualisme, c’est la liberté. Ce serait faire injure à Vinet de supposer qu’tl a songé à revendiquer pour le christianisme ce que les catholiques appellent un pouvoir; il ne demande que l’indépendance , mais l’orgueil du spirituel perce encore chez lui , jusque dans son fier appel à la séparation de l’Église et de l’État. Écoutons sa conclusion : « L'Église avant l’Etat, c’est l’ordre. Dès qu’entre elle et l’État il est question de rang , c’est le premier gui lui appartient, et elle ne peut y renoncer qu’en se reniant elle-même. Indépendante ou souveraine, c’est tout ce qu’elle peutètre » O. Avions-nous tort de dire qu’il y a du Grégoire VII dans le pasteur réformé?
Vinet se contente de l’indépendance, il ne voudrait à aucun prix de la domination. Quel est le rôle de l’État dans cet ordre d’idées? L’écrivain protestant , de meme que les catholiques, veut réduire la mission de l’État à des fonctions matérielles. Cependant tout en faisant de l’État le gérant responsable d’une exploitation agricole ou industrielle, Vinet avoue qu’il lui faut un principe moral. N’est-il pas législateur? n’est-il pas juge? Et comment ferait-il des lois, comment les appliquerait-il, s’il n’avait pas la notion du bien et du mal ? Reste à savoir où il puisera sa morale. Un libre penseur ne serait pas embarrassé pour répondre , mais F inet est chrétien , et son embarras est visible. Il cherche à s’en tirer, en reconnaissant qu’il y a une morale sociale qui suffît au gouvernement pour remplir sa mission. Mais d’où lui vient sa morale? Vinet nous donne des réponses contradictoires; il dit que les principes de cette morale pourraient bien se rattacher par des liens mystérieux à une révélation primitive ; puis il ajoute qu’ils n’en ont pas moins une base distincte qui la sépare de la morale religieuse!2).
(I) Vinet, Essai, p. 388.
(î) Vin«{, Essai, p. 480.
L'ÉTAT ET LA RELIGION
Quel tissa de contradictions ! Si la morale sociale procède de la révélation , elle est religieuse de son essence , et alors l’État professe réellement une religion , en professant une morale. Que si la morale sociale est distincte de la religion, elle ne peut pas être, aux yeux d’un chrétien, la vraie morale. Yoilà donc l’État qui fait des lois, qui juge, qui administre, au nom d’une fausse morafe. S’il lui arrivait de commander au nom de sa morale sociale un acte que la morale religieuse défend, que feraient les croyants? obéiraient-ils à la religion, ou à l’État? Yoilà encore une fois la division, le déchirement, que Rousseau a signalés avec tant de raison comme un effet de la doctrine chrétienne. Si tel était le dernier mot du christianisme , que faudrait-il conclure ?
Encore un mot sur un point que V inet ne touche pas. Si la religion n’était que le rapport de l’invisible avec l’invisible, l’État ne s’en serait jamais mêlé. Mais ces rapports invisibles deviennent visibles par la force des choses : la religion se manifeste nécessairement au dehors par l’association et par le culte, dès lors elle vient en contact avec l’État. L’État aura-t-il un droit sur les associations religieuses, sur le culte extérieur? L’État a eu et a encore partout une action sur l’Église et sur le culte : la Belgique seule fait exception. Malgré notre bonne volonté, nous ne pouvons pas joindre notre voix aux glorifications des catholiques; il nous est impossible de voir un progrès dans l’abandon des droits les plus essentiels de l’État. Si nos réserves avaient besoin de justification, la conduite des catholiques belges nous la fournirait; ils ont inscrit des libertés dans la Constitution, et ces libertés dans leurs mains sont devenues un monopole : l’or pur s’est changé en un vil plomb. Le pro-
CONCLUSION
grès se réduit donc à ceci, c’est que l’Église a dit à l’État : ôtetoi de là, que je m’y mette. Ce pfogrès-liw nous ramène tout droit au moyen-àge.
L’État a action sur toute association. Il ne peut pas laisser aux associations les libertés dont jouissent les individus, parce qu’entre les mains des associations ces libertés deviendraient facilement une arme avec laquelle on battrait l’État en brèche et on le ruinerait. Le danger s’accroît à l’infini, quand les associations parlent et agissent au nom de la religion. On n’a jamais contesté à l’État le droit et le devoir de se défendre : et comment se défendra-t-il , s’il y a dans son sein des églises toutes-puissantes sur les esprits , qui sont libres d’attaquer son autorité, sans qu’il puisse rien faire pour se conserver? Si nous ne vivions dans un pays où tel est le rôle de l'État, il serait inutile d’insister pour démontrer ce qui n’a pas besoin de démonstration. L’expérience séculaire est la plus irrécusable des preuves. En réalité, il ne s’agit pas de savoir si l’État a une action sur l'Église, mais quelles sont les limites de cette action.
En théorie la réponse est facile. Il faut concilier les droits de l’individu avec les droits de l’État. Cela ne veut pas dire que l’État entre en partage avec l’individu, et qu’il s’empare d’une partie de ses croyances; le partage repose sur d’autres bases. Il y a un élément d’unité dans les sociétés, et un élément d’individualilé?A l’État appartient tout ce qui intéresse l’unité sociale, unité dont il est l’organe et le défenseur ; l’individu doit conserver les droits de l’homme et du citoyen. Tout ce qui dans la religion est un droit individuel est du domaine exclusif du croyant; tout ce qui louche à l’existcnce de la société, à sa conservation, est du domaine de l’État. L’individu n’a que des droits, des libertés, il n’a jamais un pouvoir', Y Etat seul a un pouvoir , parce qu’il est l’organe de la souveraineté , peu importe que la souveraineté réside dans le prince ou dans la nation. À plus
L'ÉTAT ET RELIGION
forte raison les associations, religieuses ou autres, ne peuventelles pas prétendrez un pouvoir. Il y a des Églises qui ont la prétention d’être un pouvoir spirituel , en vertu d’une mission divine. L’État ne connaît pas de révélation, pas de droit divin; il ne peut donc reconnaitrc ni directement, ni indirectement la qualité de pouvoir à une Église quelconque : toutes sont placées sur la même ligne, aucune n’a un droit que par une concession de la loi , elles n’ont même d’existence civile que par une concession de la loi , et elles sont toujours placées, comme personnes morales, dans la main de l’État. Les Églises n’ayant pas de pouvoir commes telles , l’État doit veiller à ce que sous le nom de libertés , elles ne reprennent, par voie détournée, la puissance qu’elles n’ont pas en vertu de la loi. Ainsi l’enseignement est essentiellement une mission sociale, l’Étatseul aqualité pour le diriger : cependant il peut, et à notre avis il doit, dans l’état actuel de la civilisation, donner une part à la liberté, non pas, comme le disent les catholiques , parce que la liberté serait un droit des pères de famille, mais parce que la liberté est un élément de vie pour la science. La liberté ainsi entendue ne refusera pas de donner des garanties à l’État; elle ne repoussera pas la surveillance de la société, elle l’appellera plutôt, puisque c’est dans un intérêt social qu’elle agit et non dans un intérêt de domination.
En demandant que l’Église cesse d’être un pouvoir, nous demandons l’abdication de l'Eglise, nous ne demandons pas que la religion abdique. Nous croyons au contraire que le seul moyen de sauver le christianisme , c’est de réduire son action à une influence purement morale : du jour où il exercerait une puissance quelconque, il serait perdu. L’histoire tout entière de l’Église nous confirme dans cette conviction. L’Église a été appelée par des circonstances passagères, à régner, à dominer. Cependant la monarchie pontificale, quoique providentielle, a
CONCLUSION
conduit à tant d’abus, que des hommes sincèrement religieux regrettent que l’Église ait jamais exercé la souveraineté. Fautil rappeler que la plus honteuse cupidité régnait là où siégeait un juge d’Église? que la justice se vendait au plus offrant? Faut-il rappeler que les immunités ecclésiastiques, en favorisant l’impunité des clercs, firent jeter un cri de réprobation à une nation religieuse contre les malfaiteurs oints ? Faut-il rappeler que la domination de l’Église entraîna à sa suite l’inquisition, les bûchers et des guerres atroces contre les hérétiques? Nous ne parlons pas même dcl’ignorance et de la corruption qui ' régnaient dans le clergé à l’époque où l’Église avait la direction intellectuelle et morale de la société! L’Église s’est mal acquittée de ses devoirs de maîtresse, alors même que l’état de la société exigeait qu’elle eût un pouvoir ; et l’on voudrait lui rendre sa puissance, aujourd’hui que la société n’en veut plus à aucun prix ! La vraie mission de la religion est de moraliser les hommes : lui faut-il un pouvoir pour la remplir? Au moyen-âge, époque de force, il fallait la force pour agir sur des hommes de violence. Ce temps est passé. La religion n’a plus besoin detre un pouvoir , pour exercer une influence qui doit être l’effet de la persuasion. Réclamer au dix-neuvième siècle un pouvoir, c’est avouer que la persuasion est inefficace; cet aveu implique une abdication du pouvoir spirituel. Si l’Église a réellement la puissance de l’esprit, qu’elle le prouve, en n’agissant sur les esprits que pan la parole de vie. Cette influence, l’État ne la contestera jamais, si l’Église l’exerce au profil du perfectionnement moral ou, comme elle dit, au profit du salut des hommes.
PIÈCES JUSTIFICATIVES
PIÈCES JUSTIFICATIVES
SANCTISSIMI DOMINI NOSTRl GREGORI1
DIVISA PnOVIDENTU PAPE XVI
EFISTOLA îlfCOC A.
AD O.MXES l'ATRIARlHAS, PRIMATES, ARCUIEPISCOPOS ET EPISCOPOS.