‹ Leglise et L'EtatChapitre 64 sur 67 · ALLOCUTION DE SA SAINTETÉ PIE IX · texte numérisé non relu

ALLOCUTION DE SA SAINTETÉ PIE IX

DANS LE CONSISTOIRE SECRET iil! *7 SEPTEMBRE I83S.

Vénérables frères,

Nous voulons en ce jour partager avec vous , vénérables frères , la douleur cruelle qne nous ressentons depuis longtemps dans le fond de l’àme, pour les dommages graves et qu’on ne saurait assez déplorer par lesquels, depuis plusieurs années, l’Église catholique est opprimée et affligée si misérablement dans la République de la Nouvelle-Grenade. Jamais nous n’aurions pu nous attendre à rien de semblable : tout le monde sait quels témoignages de bienveillance ce siège apostolique a prodigués à celte République , et avec quel empressement notre prédécesseur Grégoire XVI , d’heureuse mémoire, non-seulement la reconnut avant les autres républiques de ces régions, mais encore y établit une nonciature apostolique, afin de procurer le bien spirituel de ce peuple et de resserrer avec lui les liens d'une amitié réciproque. Notre douleur est d’autant plus vive qne nous avons vu demeurer sans résultat les moyens employés par notre prédécesseur et par nous-même quprés de ce gouvernement, avec une infatigable persévérance, pour qu’il portât remède aux maux si grands faits à la religion catholique dans ce pays, et pour qu’il abolit certaines lois que le pouvoir civil y a promulguées et sanctionnées au détriment des fidèles, lois contraires à la divine institution de l’Eglise, à ses droits vénérables, à

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sa liberté cl à la suprême autorité de ce siège apostolique , uon * moins qu'à l'autorité des sacrés pasteurs et des autres personnes ecclésiastiques.

Dès l'année 1845, dans le courant du mois d'avril, une loi avait été promulguée dans la Nouvelle-Grenade, qui porte entre autres prescriptions , que lorsque les tribunaux laïques ont admis une accusation dirigée conlre des personnes ecclésiastiques, ces personnes, et non seulement, les prêtres et les autres clercs, mais encore les évêques cuvméines, que le Saint-Esprit a établis pour régir l’Eglise de Dieu , doivent immédiatement cesser toute fonction du sacré ministère et confier à d'autres l'exercice de leur charge. La même loi punit de la prison, de l'exil et d’autres peines quiconque refuse de se soumettre à ces prescriptions. Notre prédécesseur en eut connaissance, et aussitôt il adressa une lettre au président de celte république, lui représentant énergiquement combieu une pareille loi était digue de réprobation et demandant avec in. stance qu elle fût abrogée et que les droits de l'Eglise demeurassent dans leur intégrité. Pour nous, élevé par l’impénétrable jugement de Dieu à cette chaire du prince des apôtres, nous n’eùmes pas plus tôt pris le gouvernement de l’Église universelle, que nous nous sentîmes enflammé du désir de pourvoir aux besoins de la suinte religion dans ce pays, et dans ce but nous adressâmes en 1847 des lettres au président de celle République. Nous exprimions d’une part toute l’ardeur de notre sollicitude pour celte partie-du troupeau de Jésus-Ch rist et avec quelle charité paternelle nous aurions voulu appliquer aux blessures d’Israël les remèdes propres à les guérir. Nous déplorions d’autre part la situation misérable à laquelle cette Église sc trouvait réduite. Nous réclamions, en outre, chaleureusement contre deux projets de loi, dont le premier abolissait les dîmes sans que le sainl-siége eut été consulté; dont le second garantissait aux hommes de toute nation qui émigrent à la Nouvelle- Grenade l’exercice public de leur culte, quel que fût ce culte. En réprouvant ces projets, nous demandions avec la plus grande force qu’ils ne fussent jamais mis en pratique et que l’Église put user de tous ses droits et de son entière liberté.

Nous nous consolions dans l’espérance que le gouvernement de la Nouvelle-Grenade accueillerait ces paroles, ces avertissements, ces

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demandes, ces plaintes, sorties du cœur aussi aimant qu'affligé du père commun des fidèles. Mais à notre grande douleur, nous sommes contraint de vous annoncer aujourd'hui que les attaques hostiles et violentes contre l’Église du Christ se multiplient chaque jour dans ce pays ; depuis deux ans surtout elles sont devenues telles, que la puissance laïque n’a cessé d'y faire à l'Eglise de nouvelles et très-graves blessures. Non-seulement les lois dont nous avons déjà parlé ont été maintenues, mais encore les deux Assemblées législatives de ce gouvernement en ont fait d'autres qui violent manifestement, qui attaquent et foulent aux pieds les droits les plus sacrés de l’Église et de ce siège apostolique. Au mois de mai de l’année dernière fut, par exemple, promulguée uue loi contre les ordres religieux qui, constitués saintement et gouvernés avec sagesse, rendent de si grands services et font tant d’honneur à la société civile, comme à la société chrétienne. Cette loi confirme l'expulsion de la compagnie de Jésus, famille religieuse qui , après avoir été longtemps désirée et enfin appelée dans ce pays, lui élàit d'une si grande utilité sous le double rapport de l’intérêt social et de l’intérêt catholique. La même loi défend d’établir sur le territoire de la république aucun ordre religieux qui professe, comme on dit, l 'obéissance passive. Bien plus encore, elle promet aide et secours à tous ceux qui voudront apostasier en quittant la vie religieuse déjà embrassée et en brisant ainsi le lien des vomx solennels. Enfin elle interdit au vigilant archevêque de cette province ecclésiastique, notre vénérable frère Emmanuel, qui de toutes manières a si bien mérité de nous et de ce siège apostolique, clic lui interdit d’exercer le pouvoir que lui a conféré le saiul-siége en 1855, de visiter les familles religieuses pour y remettre eu vigueur la discipline régulière.

Dans ce même mois de mai 1851, fut promulguée une autre loi par laquelle est entièrement aboli le for ecclésiastique, de telle sorte que toutes les causes civiles et criminelles qui sont de son ressort, et alors meme qu'elles concerneraient l'archevêque ou les évêques, devront désormais être jugées par les tribunaux laïques et par les magistrats de la république. Peu de jours après , c’est-àdire le !27 mai 1851, fut promulguée une loi sur la nomination des curés, en vertu de laquelle les assemblées nationales transfèrent le

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droit faux et dépourvu de tout fondement, de nommer les curés, du président de la république à certaines assemblées paroissiales qu’on appelle Cabildo parroquial , et que forment spécialement les pères de famille de chaque paroisse. Une cure venant à vaqeur, ce serait cette assemblée qui nommerait le curé nouveau. D’autres articles de cette loi interdisent aux saints pasteurs de recevoir à aucuu litre aucune espece d’émolument et attribuent à l'assemblée paroissiale le droit de Axer arbitrairement, d’accroitre ou de diminuer, selon son bon plaisir, les revenus des curés, ainsi que toutes les dépenses relatives au culte. A ces dispositions viennent encore s'en ajouter d’autres par lesquelles sont également violés et détruits les droits de la propriété ecclésiastique.

Une autre loi, publiée le 1er juin 18ol, défend de conférer les prébendes canoniques des églises cathédrales avant que la majorité des conseils provinciaux des diocèses respectifs y ait consenti. D'autres lois furent ensuite rendues qui donnent à tous le droit de s’affranchir du devoir de payer les renies, qui forment la plus grande partie des revenus ecclésiastiques, à la condition d’en payer la moitié au gouvernement. De plus, les biens du séminaire archiépiscopal de Sanla-Fé-di-Bogota ont été adjugés au collège national, et l'inspection supérieure sur le séminaire même a été attribuée au pouvoir laïque. Et il ne faut pas ici passer sous silence que la nouvelle constitution de celle République, sanctionnée dans ces derniers temps, reconnaît, entre autres droits, le droit de libre institution et accorde à tous liberté pleine et entière de publier leurs pensées et jusqu’aux opinions les plus monstrueuses, en même temps que la liberté de professer soit en public, soit en particulier, le culte qu’on voudra.

Vous voyez, vénérables frères, quelle guerre funeste et sacrilège ceux qui dirigent les affaires de la Nouvelle-Grenade font à l’Église catholique, et quel est le nombre, quelle est la grandeur des injustices commises contre elle, contre ses droits sacrés, contre scs pasteurs et contre ses ministres, contre l’autorité suprême de notre personne et de ce saint-siège. Les lois dont nous venons de parler ont commencé à être mises en exécution en 1851 ; les évêques et les ecclésiastiques qui, remplis de sentiments catholiques, ont justement et avec tout droit réclamé contre ces lois et refusé de leur

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obéir, sont devenus l’objet des plus cruelles vexations et ont subi les plus dures vicissitudes, au grand détriment des populations fidèles. L’autorité sacrée des évêques a été opprimée, le ministère des curés entouré d’entraves et rendu vain; les meilleurs prédicateurs de la divine parole ont été jetés eu prison, les ecclésiastiques de tout rang réduits à la plus extrême indigence et accablés de toute sorte de maux.

Notre vénérable frère Emmanuel-Joseph de Mousquera , le vigilant archevêquede Sanla-Fé-di-Bogota surtout a eu à supporter des travaux et des souffrances ; et cela parce que, doué comme il l’est d’une piété singulière et ayant en partage la doctrine, la prudence, l’esprit de conseil, la chaleur du zèle apostolique, il n’a jamais cessé de protester avec autant de sagesse que de fermeté, comme sa charge lui en imposait le devoir, contre ces lois impies, de s’opposer à la licence du siècle, de combattre les projets des hommes d'impiété, de soutenir énergiquement la cause de Dieu et de son Église. Or, apprenez, vénérables frères, quel prétexte fait surtout valoir le gouvernement de la Nouvelle-Grenade pour justifier ses persécutions contre cet illustre métropolitain.

L'usage s’est établi dans ce pays d'ouvrir des examens tous les six mois pour ceux qui doivent être promus aux cures vacantes. Par une loi contraire aux lois canoniques, le gouvernement s'est depuis longtemps audacieusement arrogé le droit non-seulement de réunir les évêques à l’époque fixée pour ces examens, mais encore de contraindre l’archevêque ou évêque le plus voisin de remplir cet office toutes les fois qu'un évêque ne s'en est pas acquitté au temps marqué. En vertu de cette loi, le gouvernement, eu 1851 , intima l'ordre à l’archevêque de procéder aux examens. Le prélat se trouvant alors atteint d’une grave maladie, son vicaire-général répondit en son nom au gouvernement et crut devoir repousser, quoiqu’avec tous les ménagements possibles, nne si injuste prétention, craignant pardessus toifles choses de paraître approuver en quoi que ce fût la loi sur la nomination des curés dont nous avons déjà parlé. Pour avoir tenu cette conduite aussi prudente que droite cl digne de toute louange, le vicaire-général fut traduit devant les tribunaux séculiers, dépouillé de l’exercice de sa charge, jeté publiquement en prison, et après y avoir passé deux mois,

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condamné à y demeurer six mois encore et à subir diverses autres *• peines. Cependant, et c’est là ce qu’il y a de plus douloureux, le vicaire-général, capitulaire de l’église vacante d’Antiochia, la plus près de Bogota, obéissant honteusement aux injonctions du gouvernement de la Nouvelle-Grenade , ne craignit pas , au mois de mars 1851 , de publier un édit par lequel, s’élevant contre son propre métropolitain et envahissant sa juridiction, en dépit de toutes les prescriptions canoniques, il ouvrait le concours pour les paroisses de cet archevêché. Dès que cette nouvelle parvint à nos oreilles et sans le moindre retard, nous adressâmes à ce vicaire capitulaire une lettre pour le reprendre sévèrement d’un si grand crime et pour le condamner, comme c’était notre devoir, en lui enjoignant de se désister immédiatement de son attentat, et en le prévenant que s’il n'obéissait, nous serions contraint, à notre grand regret, de prendre les mesures qu’exigent en de telles circonstances et la sévérité des sacrés canons et la dignité de notre charge apostolique. De son côté , le religieux archevêque , remplissant son devoir avec prudence et sagesse, promulgua un édit par lequel, avec toute raison , il déclarait nul et sans force l’acte promulgué par le vicaire capitulaire contre les prescriptions des saints canons, défendant en même temps, conformément au droit, d’obéir à cet acte.

Ce fut alors que la Chambre des Députés, se tournant avec une fureur toujours croissante contre son propre pasteur, ne craignit pas d’accuser cet illustre archevêque comme coupable d'avoir violé les lois. De son côté, le Sénat de la Nouvelle-Grenade ne rougit pas d’accueillir cette accusation inique et impie. C’est pourquoi, en vertu de la loi abominable dont nous avons dit qu’elle a été condamnée par notre prédécesseur, Grégoire XVI , d’heureuse mémoire, ordre fut signifié à l’archevêque de renoncer à sa propre juridiction et de la résigner entre les mains d'un autre ecclésiastique. Ce prélat distingué par la piété comme par la doctrine et défenseur ardent des intérêts catholiques et des droits de l’Église, se montra prêt à tout souffrir. A la signification qui lui fut faite, il fit une réponse pleine de vérité et de sagesse qui témoigne de la fermeté vraiment épiscopale de son âme. Il répondit qu'il ne pouvait en aucune manière renoncer à une autorité qui ne lui venait de personue autre que de Dieu et du siège apostolique. Alors, à la

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douleur el à riudigualion de tous les gens de bien, le gouvernement ne craignit pas, non-seulement de mettre le séquestre sur tous les 0 biens de la mense archiépiscopale , mais encore de condamner à l’exil son propre archevêque, illustre à tant de litres et qui avait si bien mérité de son troupeau. Une grave maladie -ne lui permettant pas un long voyage, il fut contraint de se retirer dans une maison de campagne à deux journées de Bogota. Des personnages distingués, parmi lesquels le représentant d'une illustre nation étrangère, émus d’un traitement si indigne, avaient interposé leurs bons offices ; mais la seule chose qu’ils purent obtenir fut que le prélat ne serait obligé de partir pour l’exil que lorsqu’il se trouverait en étal de supporter les fatigues de la roule.

Les choses n'en restèrent pas là. En ces derniers jours, nous avons appris avec une grande amertume que notre vénérable frère 1 évêque de Carlhagènc cl notre bien-aimé (ils le vicaire général capitulaire du diocèse de Sainte-Marthe avaient reçu du gouvernement, relativement aux concours pour les paroisses, une signification en tout pareille à celle qu’il avait faite précédemment à l’archevêque. Ils ont été l’objet des mêmes traitements , ayant l’un et 1 autre repoussé ces prétentions avec une fermeté digne des plus grandes louanges. Nous avons su , d’un autre côté , qu’un orage semblable menace notre véuérable frère l’évéque de Nuova-Painplona, qui est prêt à remplir énergiquement tous les devoirs de sa charge et à défendre avec une constance inébranlable les droits de la sainte Eglise. D’autres ecclésiastiques distingués de la république ont également été en butte aux mêmes outrages et aux mêmes persécutions. Notre légat lui-même a dû les subir : en diverses occasions, dans les assemblées délibérantes, au milieu- des outrages les plus violents et les plus ignobles contre le vicaire de Jésus-Christ sur la terre et contre le saint-siège apostolique, fut discutée la proposition de le congédier. Il ne cessa pourtant pas, avec toute la prudence nécessaire et avec une égale fermeté, de réclamer eu noire nom contre ces attentats abominables et sacrilèges.

Nous ne parlerons pas ici de quelques autres lois nouvelles proposées à la Chambre des Députés par quelques-uns de ses membres, lois tout à fait contraires à la doctrine immuabic de l’Église

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catholique et à ses droits sacrés. Ainsi nous ne disons rien des pro- % positions faites pour que l’Église soit séparée de l’État; pour que les biens des ordres réguliers et ceux provenant des legs pieux soient soumis à la charge des emprunts forcés; pour qu’on abroge les lois qui assurent l’existence des familles religieuses et garantissent leurs droits et leurs offices; pour qu’on attribue à l’autorité civile le droit d’ériger des diocèses et des collégiales, et d’en déterminer les limites; pour que la juridiction ecclésiastique soit conférée à quiconque a obtenu la nomination du gouvernement. Nous ne disons rien non plus d'un autre décret, par lequel, méconnaissant entièrement la dignité, la sainteté et le mystère du sacrement de mariage, en bouleversant avec une extrême ignorance l’institution et la nature, au mépris de la puissance qui appartient à l'Église sur tout sacrement, on proposait, conformément aux opinions des hérétiques déjà condamnés, et sans tenir compte de la doctrine de l’Église catholique, de ne plus voir dans le mariage qu’un contrat civil, et en divers cas de sanctionner le divorce proprement dit, et enfin de soumettre toutes les causes matrimoniales à la juridiction et au jugement des tribunaux laïques. Parmi les catholiques, quelqu’un peut-il ignorer que le mariage est véritablement et proprement un des sept sacrements de la loi évangélique institués par Noire-Seigneur Jésus-Christ, de sorte qu’il ne peut y avoir parmi les fidèles de mariage qui ne soit en même temps nu sacrement? qu’entre chrétiens l’union de l’homme et de la femme hors du sacrement, quelles que soient d’ailleurs les formalités civiles et légales, ne peut être autre chose que ce concubinat honteux et funeste, tant de fois condamné par l’Église? D’où il suit manifestement que le sacrement ne peut se séparer du lien conjugal et que c’est à la puissance de l’Église qu’il appartient exclusivement de régler les choses qui touchent au mariage, en quelque façon que ce soit. Mais, comme nous venons de le déclarer, nous passons sur tout cela, parce que ces lois, bien que proposées par certains députés, ont été repoussées par la majorité de cette Chambre et par la majorité des sénateurs qui, mieux inspirés, par un effet de la faveur divine, ont reculé devant l’idée d’ajouter de nouvelles plaies à toutes celles par lesquelles on a déjà déchiré cette Église.

Au milieu de tant de douleurs, nous nous sentons consolé en

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songeant à la religion, à la piété, à la fermeté et ù la constance sacerdotale de l’archevêque de Bogota et des autres prélats de cette république. Se souvenant du rang qu’ils occupent , de la dignité dont ils sont revêtus,. du serment qu'ils ont prêté au jour de leur consécration et marchant sur les traces de leur métropolitain , ils n’ont pas négligé d’élever la voix contre les injustices si graves faites à l’Église et ils se sont montrés prêts à courir tous les dangers pour sa défense. Nous trouvons également une grande cause de consolation dans la vertu et la piété insigne des peuples de la Nouvelle-Grenade ; la plus graude partie a fait éclater la douleur et l’indignation dont les pénètrent tant et de si horribles attentats contre la religion et contre leurs pasteurs. Ils n’ont rien tant à cœur que de témoigner d'une manière publique et éclatante que la profession de la foi catholique leur est plus chère que toute chose, qu'ils ont pour leurs évêques autant d’obéissance que d’amour, et qu’ils demeurent fermement unis à nous et à ce siège apostolique, centre de la vérité catholique et de l’unité.

Cependant, vénérables frères, depuis que nous avons eu connaissance des résolutions iniques et qu’on ne saurait trop réprouver, formées et accomplies par la République de la Nouvelle-Grenade contre l’Église, contre ses droits sacrés, ses biens, ses pasteurs et ses ministres, nous n'avons pas cessé de réclamer par l’organe du cardinal notre secrétaire d'Élal, auprès de ce gouvernement, lui adressant des plaintes répétées contre les injustices si graves faites à l’Église et à ce siège apostolique. Mais nous le disons avec douleur, nos paroles, nos réclamations, nos plaintes, sont demeurées sans résultat. Celles des évêques qui, fortifiés par nos lettres, remplissant leur devoir de servir d'exemple aux autres, se sont opposés comme un mur pour la maison d’Israël, n’en ont pas eu davantage. Il est donc nécessaire que les fidèles de cette République sachent et que le monde entier connaisse combien pous réprouvons tous les attentats des chefs de la Nouvelle-Grenade contre la religion, contre l'Église et ses lois, contre les prélats et les ministres catholiques, contre les droits et l'autorité de cette chaire du bienheureux Pierre. C’est pourquoi nous avons voulu élever aujourd'hui avec une liberté apostolique notre voix de pasteur dans votre assemblée, vénérables frères, pour réprouver, condamner et déclarer tout à fait invalides

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et uuls les décrets susraentiounés, promulgués par ce gouvernement, au mépris de la puissance ecclésiastique et de ce sainl-siégc, au détrimeut et pour la souffrance de la religion et de ses sacrés pasteurs. De plus, nous avertissons tous ceux qui ont contribué en quelque manière, soit par leurs actes, soit par leurs ordres à ces mêmes décrets, de réfléchir sérieusement aux peines et aux censures que les constitutions apostoliques et les sacrés canons des conciles décernent contre les profanateurs des choses et des personnes sacrées, contre les violateurs de la puissance et de la liberté ecclésiastique, contre les usurpateurs des droits de l'Eglise et de ce siège apostolique.

Et plût à Dieu que les auteurs de tant de maux sous le poids desquels gémit celte Église opprimée écoutassent enfin d'une oreille docile nos paroles, nos avertissements et nos plaintes! Plût à Dieu qu’émus à la vue de cette mère remplie dérouleur et d'amour, ils se déterminassent à la consoler par une pénitence salutaire et en versant sur ses plaies le baume de leurs larmes! Plût à Dieu qu’ils s’empressassent de réparer le mal , sans attendre d’avoir éprouvé la rigueur que Dieu montre, lorsque dans sa colère, il juge ceux qui ont l’audace de souiller, de violer, de persécuter son Église. Quanta nous, vénérables frères, ne cessons ni jour ni nuit de prier et de supplier avec ardeur le père très-clément des miséricordes et le Dieu de toute consolation, pour qu’il daigne ramener par sa grâce tous les égarés dans les sentiers de la vérité, delà justice et du salut, et pour que, par sa vertu toute-puissante, il fasse que l'Église, si ardemment combattue, si cruellement affligée dans celle contrée lointaine et ailleurs par les manœuvres détestables des hommes impies , puisse quitter le deuil , essuyer ses larmes, et, prenant des vêtements de joie, voir chaque jour de plus éclatants triomphes accroître sa force et sa beauté, de l’Orient à l’Occident.

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