‹ Leglise et L'EtatChapitre 65 sur 67 · PRONONCÉE EN CONSISTOIRE SECRET DU 15 DÉCEMBRE · texte numérisé non relu

PRONONCÉE EN CONSISTOIRE SECRET DU 15 DÉCEMBRE

Vénérables frères,

Nous n’eussions jamais pensé que nous aurions l'extrême douleur d’étre obligé de vous faire entendre nos plaintes et nos gémissements sur la triste situation où l’Église catholique est réduite dans la République mexicaine. Car après que ce gouvernement nous eut fait connaître dès l’année dix-huit cent cinquante-trois qu’il désirait conclure un concordat avec le siège apostolique, il avait dès l’année suivante donné les pouvoirs nécessaires à son représentant à Rome, Notre cher 111s Emmanuel Larrainzar, et fait à ce sujet les plus vives instances. Désirant ardemment, de nqtre côté, pourvoir au bien spirituel des catholiques mexicains et régler les affaires ecclésiastiques de la République, Nous avons fait droit avec empressement à cette demande , et nous avons fait en sorte que l'on entrât en négociation à ce sujet avec le ministre du Mexique. Déjà ces négociations avaient été commencées, mais elles ne purent être terminées et conduites au résultat désiré à cause du retard qu’éprouvaient les explications que le ministre plénipotentiaire résidant à Rome avait à demander à son gouvernement : bientôt il fut appelé au Mexique, par suite de la révolution que l’on connaît et du changement de gouvernement que la République mexicaine eut malheureusement à subir.

Dès que le nouveau gouvernement exista, il déclara une guerre des plus violentes à l’Église, à ses intérêts sacrés, à ses droits et à ses ministres. Après avoir privé le clergé de tout droit dans les élections populaires, il porta, le 23 novembre de l’année dernière, une loi par laquelle il abolit le for ecclésiastique, qui avait toujours été en vigueur daus toute la République mexicaine. Notre vénérable frère Lazare, archevêque de Mexico, n’a pas manqué de protester contre cette loi, tant en son nom qu’au nom de tous les évêques et du clergé de la République ; toute réclamation a été vaine, et le

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gouvernement n'a pas craint de déclarer que jamais il ne soumettrait ses actes à l’autorité suprême du siège apostolique. Ce même gouvernement, irrité de voir l’indignation que le peuple Adèle de Puebla de Los Angeles surtout avait montrée au sujet de celle loi, rendit deux décrets, dont l'un soumettait tous les biens de l’Église de Los Angelès au pouvoir de l'autorité civile et lui en laissait la libre disposition ; l’autre établissait de quelle manière ces biens devraient être administrés. Et comme notre vénérable frère Pélage, évêque de Puebla, parfaitement Adèle aux devoirs de sa charge, élevait sa voix épiscopale contre des décrets aussi injustes que sacrilèges, le gouvernement ne craignit pas de sévir contre cet évêque, de le persécuter, de le faire enlever par la force armée et de l’envoyer en exil. On n’écouta nullement ni les remontrances de notre vénérable frère Louis, archevêque de Damas, notre délégué apostolique, ni celles de nos vénérables frères Pierre, évêque de Guadalaxara, et Pierre, évêque de Saint-Louis de Polosi, qui ne cessèrent d'agir autant qu’il fut en eu* auprès dn gouvernement pour faire abroger ces décrets. Mais le gouvernement mexicain, sans tenir aucun compte de ces réclamations si justes, alla plus loin, et, poursuivant le cours de ses entreprises téméraires et sacrilèges, il rendit le 25 juin de la même année un décret promulgué par lui le 28 du même mois, par lequel il ne craignit pas de dépouiller l’Église de tous les biens et propriétés qu’elle possédait dans la République. Nos vénérables frères Lazare, archevêque de Mexico , Clément, évêque de Mechoacan, et Pierre, évêque de Guadalaxara, élevèrent la voix contre ce décret si injuste, et par leur résistance, par les remontrances qu’ils Arent entendre, soutinrent avec courage la cause de l'Église. Mais le gouvernement mexicain, non content de mépriser et de rejeter les réclamations de ces vénérables pontifes, porta un décret d’exil contre l'évêque de Guadalaxara , et Üt procéder par le même décret à la prompte et sévère exécution de la loi. Et pour que telle spoliation sacrilège s’accomplit avec plus de facilité et moins de lenteur, il ne craignit pas de stipuler diverses aliénations, et de permettre aux assemblées ecclésiastiques de partager des fonds de terre sans suivre la règle tracée par le gouvernement lui-même, pourvu que l’on payât les droits de mutation que le gouvernement s’est arrogés, et que l’on observât certaines eondilious établies par la même loi.

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Et, ce qu'il y a de plus douloureux, vénérables frères , c’est qu’il s’est trouvé des religieux qui, toul-à-fait infidèles à leur vocation, à leur devoir et à leur règle, violant la discipline régulière, n’ont pas rougi de scandaliser, au plus haut point, les fidèles et d’afliiger tous les gens de bien , en résistant et s'opposant impudemment à la visite apostolique établie par nous sur les réguliers , et confié à , notre vénérable frère l’évéque de Mechoacan , en favorisant les criminels projets des ennemis de l’Église, en se montrant partisans de la loi dont nous avons parlé, et même en vendant les biens de leur propre communauté, au mépris de toutes les règles et des peines les plus sévères portées par les saints canons. C'est avec une égale douleur que nous sommes obligé de dire qu'il s'est trouvé aussi dans le clergé séculier des hommes assez oublieux de leur dignité, de leur devoir et des prescriptions canoniques, pour oser abandonner la cause de l'Église, se prévaloir de celte loi si injuste et obtempérer aux volontés du gouvernement.

Mais, après s'étre emparé des biens ecclésiastiques, le gouvernement mexicain a rendu d’autres décrets, dont l'un abroge une loi qui rappelait au Mexique un ordre religieux; par un second, ce gouvernement déclarait qu’il prêterait toute espèce de secours et d'appui à tous les membres des communautés régulières de l’un et l’autre sexe qui voudraient renoncer à la vie religieuse qu'ils avaient embrassée, quitter lcurcloitre et se soustraire à l’obéissance due à leurs supérieurs. Ce n’est pas tout. Car l’assemblée nationale, formée par la réunion des députés, au milieu des invectives et des outrages dont elle a retenti contre notre sainte religion, contre ses ministres sacrés, contre ses pontifes et contre le vicaire de Jésus- Christ sur la terre, a proposé une nouvelle constitution composée d'un grand nombre d’articles, dont plusieurs attaquent ouvertement la religion , sa divine doctrine, ses saintes institutions et scs droits.

En effet, entre autres dispositions contenues dans ce nouveau projet de constitution, tout privilège du for ecclésiastique est aboli; il est statué que nul ne peut absolument jouir d’émoluments qui soient une charge pour la société; il est interdit à tout individu de se lier par une obigation résultant d'un contrat, d’une promesse ou d'un vœu religieux; et pour corrompre plus facilement les mœurs

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et les esprits des peuples , pour propager la peste abominable et désastreuse de l 'indifférentisme et achever de détruire notre sainte religion , on admet le libre exercice de tous les cultes et Ton accorde à chacun la faculté pleine et entière de manifester ouvertement et publiquement toute espece d’opinions et de pensées. Et comme le clergé de Pucbla surtout, et son vicaire général , ont demandé avec instance et supplications à ce congrès de députés que du moins l’article qui concerne l'exercice de toutes les religions ne fut jamais sanctionné , plusieurs hommes des plus distingués, soit dans le clergé, soit parmi les laïques de Puebla, et le vicaire général lui-méme, malgré son grand âge, oui été envoyés en exil ; d’autres prêtres respectables de Mexico ont été saisis et déportés. à Vera Cruz pour être de là envoyés à l'étranger. El pour que les évêques, qui en raison de leur devoir pastoral ne sauraient garder le silence au milieu d'une telle persécution suscitée à l'Église, ne pussent faire arriver leurs voix et leurs salutaires avertissements aux peuples fidèles, le gouvernement mexicain enjoignit très-expressément â tous les gouverneurs de proviuces de veiller avec soin pour empêcher par tous les moyens possibles que les lettres pastorales des évéques ne fussent ni livrées à la publicité, ni communiquées ou lues dans les églises. En même temps, les peines les plus graves ont été portées coutre tous les ecclésiastiques qui n'obéiraient pas à cet ordre injuste : ils devront être éloignés de leur résidence » cl envoyés, soit au dehors, soit à Mexico. En outre, ce même gouvernement a déjà réduit à un état à peu près complet d'extinction la religieuse famille de l'ordre de Saint-François de Mexico; les revenus qu elle devait employer eu œuvres pics ont été attribués au trésor public, la maison conventuelle a été eu grande partie détruite et quelques-uns des religieux oui été jetés eu prison. Eulin sur l’ordre du même gouvernement, notre vénérable frère Clément, évéque de Mcchoacan, saisi et entraîné de force hors de son diocèse, a été relégué pendant quelques temps à Mexico. Plaise au ciel que d'autres vénérés pontifes , d’autres ecclésiastiques ou laïques n’aient pas à souffrir de celle tourmente!

Par tous ces faits si déplorables que nous vous avons rappelés avec douleur, vous ne voyez que trop, vénérables frères, à combien d’attaques et de maux notre sainte religion a été en butte de la part du gouvernement mexicain, et combien d'atteintes cl d'outrages

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onl été portés à l’Église catholique , à ses droits sacrés, à ses ministres, à ses pasteurs, à notre autorité suprême et ù celle du siège apostolique. Dieu uous garde de jamais cesser de remplir notre ministère apostolique en présence d’une telle perturbation jetée dans les choses saintes et d'une telle oppression de l’Église, de son pouvoir et de sa liberté.

Aussi, pour que tous les fidèles qui habitent ces contrées sachent, ainsi que tout l’univers catholique, que nous réprouvons autant qu’il est en nous tout ce que les gouvernants de la république mexicaine ont fait au préjudice de la religion catholique, de l'Église et de ses ministres, de ses pasteurs, de ses lois, de ses droits, de ses propriétés et contre l’autorité du saint-siège, nous élevons, avec toute la liberté apostolique, notre voix pontificale au milieu de votre auguste assemblée, et nous condamnons, réprouvons et déclarons absolument nuis et de nul elTct tous les décrets mentionnés ci-dessus, et tous les actes que le pouvoir civil du Mexique a faits avec un tel mépris de l’autorité ecclésiastique et du siège apostolique, et avec un si grand préjudice pour la religion, pour les pontifes et pour les ecclésiastiques en particulier. En outre, nous avertissons de la manière la plus grave tous ceux qui ont pris part à ces actes par leurs démarches, leurs conseils ou leurs ordres, de penser sérieusement aux peines et aux censures que les constitutions apostoliques et les sacrés canons des conciles ont portées contre les violateurs et les profanateurs des personnes et des choses sacrées, ainsi que de la liberté et de la puissance ecclésiastique, et contre les usurpateurs des droits du saint-siège.

Maintenant, toutefois, nous ne pouvons nous dispenser de féliciter sincèrement et de louer comme ils l’ont si bien mérité, nos vénérables frères et évêques de celte république : se rappelant parfaitement le devoir que leur imposait la charge épiscopale, ils ont combattu avec intrépidité, avec fermeté et constance pour la cause de l’Église, et ils ont pu se glorifier d'avoir victorieusement souffert toutes sortes de peines cl de tribulations pour la défense de l’Église elle-même. Nous rendons aussi un juste hommage à tous ces hommes, soit ecclésiastiques, soit séculiers, qui, vraiment animés de l’esprit catholique, et suivant les illustres exemples de leurs pontifes, se sont empressés de concourir au même but par tous les efforts qui étaient en leur pouvoir, malgré tous les daugers et les

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dommages qui en ont résulté pour eux. Enfin, nous donnons les plus grandes louanges à ce Adèle peuple de la république du Mexique qui, en très-grande partie, n’a vu qu’avec douleur et indignation tant d'actes malheureux et iniques commis contre sa religion et ses pasteurs, qui n’a rien plus à cœur que de professer sa foi catholique, d’obéir avec soumission cl amour à ses évêques, et de demeurer fermement et constamment attaché à nous et à la chaire de Pierre. Aussi nous aimons à espérer que le Dieu riche en miséricorde jettera un regard favorable sur cette portion de sa vigne et la délivrera de tous les maux qui l'aflligent si cruellement.

Nous ne sommes pas accablés d’une moindre affliction , vénérables frères, à la vue des maux si grands par lesquels, dans la plupart des régions de l’Amérique méridionale, autrefois soumises au royaume d’Espagne, l'Église est opprimée et tourmentée d’une manière si douloureuse par la puissance civile.

Dans ces contrées, la puissance laïque ne craint pas de s’arroger le droit de présenter des évéques et d’exiger d eux qu'ils prennent l'administration des diocèses avant d'avoir reçu de ce saint-siège l'institution canonique et les lettres apostoliques. Dans ces mêmes régions, les évêques ne peuvent pas condamner librement les écrits non catholiques, ni promulguer les lettres apostoliques sans l’agrément du gouvernement. La liberté d'acquérir des propriétés est enlevée à l’Église , l'exécution des grâces accordées par le siège apostolique est empêchée; la méthode d'études à employer dans les séminaires est soumise à l’autorité civile; le pouvoir laïque a complètement aboli ou adjugé au trésor public les dimes ecclésiastiques; et l'on a imposé aux évéques ct^ux ecclésiastiques l'obligation de jurer plusieurs choses contraires aux droits de l’Église, que contient la constitution civile. Dans l'un de ces pays, non-seulement tout cela s'est fait contre la puissance et les droits de l'Église, mais encore le gouvernement civil a prescrit pour le choix des évéques, un nouveau mode d'élection qui renverse la discipline établie par l'Église, et il a sanctionné une loi qui supprime le privilège du for ecclésiastique, les dimes et les émoluments des curés. Dans ce même pays, le droit natif de l’Eglise d’acquérir des propriétés est tout-à-fait enlevé; tous les empêchements au mariage établis par l’Église ne sont pas reconnus; les grâces et concessions accordées par le ponüfc romain sont déclarées nulles et sans effet, à moins

Digitiz

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«lu’elles n'aient été demandées par le gouvernement; on a arbitrairement changé l’âge fixé par l'Église pour la profession religieuse, soit des femmes, soit des hommes, et aucune communauté religieuse ne peut, sans la permission du gouvernement, admettre personne à prononcer les vœux solennels. Dans les autres parties de l'Amérique méridionale, la puissance laïque a poussé la témérité au point de soumettre à sou autorité les choses de leur nature les plus sacrées, les plus spirituelles, et qui dépendent uniquement de l’autorité des évéques.

Toutes ces choses que, dans la douleur inexprimable de notre âme, nous venons de vous exposer rapidement, vous comprenez, vénérables frères, avec quelle force nous devons les réprouver et les détester, puisque c’est par elles que la puissance civile s’efforce d’attaquer, de renverser et de fouler aux pieds la divine inslilutiop de l’Eglise, sa doctrine sainte, son autorité vénérable, sa discipline, tous ses droits et la suprême dignité, la puissance souveraine de ce siège apostolique. Au milieu de si grandes souffrances, nous trouvons cependant une consolation dans la vertu, la religion, la piété admirable des évéques de ces régions de l’Amérique méridionale, qui, soutenus par la grâce divine et remplissant les devoirs de leur charge, méritant à leur nom et à leur ordre des louanges immortelles, ne se lassent pas de résister avec fermeté aux efforts de la puissance séculière , tantôt par leur parole, tantôt par leurs écrits, de défendre et de revendiquer la liberté, les droits de l’Eglise si injustement usurpés, confessant courageusement leur foi saus redouter aucun péril.

Vous n’ignorez pas , vénérables frères , combien la triste condition à laquelle notre sainte religion se trouve réduite en Suisse, excite douloureusement noire sollicitude, et vous vous souvenez que dans l’allocution consistoriale du 26 juillet de l'année dernière, nous avons indiqué rapidement les dommages sans nombre que dans ce pays la puissance laïque cause à l’Église, à son autorité sacrée, à ses droits, à ses biens, à ses évéques et à ses ministres. Nous avons l’intention, lorsque nous jugerons le moment opportun, de traiter plus particulièrement ce triste sujet, puisque dans ce pays les attaques multipliées et de tout point détestables contre l’Église, deviennent chaque jour plus nombreuses et plus violentes. , 36

ftG* PIÈCES JUSTIFICATIVES.

C'est aussi pour notre âme un soulagement et une consolation de savoir qu’au milieu de toutes ces difficultés, le clergé fidèle de ce pays remplit avec zèle , eu immense majorité, les devoirs de son ministère, combattant de toutes ses forces les combats -du Seigneur. Nous ne pouvons cependant retenir l'expression de la douleur que nous cause la conduite perverse d'un petit nombre d’ecclésiastiques que nous réprouvons et condamnons, lesquels, dans le Tessin surtout, ne rougissent pas de se prêter aux efforts criminels de la puissance laïque, de se rendre un objet de scandale pour tous les bons catholiques et d’appeler sur eux la colère de Dieu. Nous conservons néanmoins l’espérance que ceux qui président au gouvernement de ces contrées voudront enfin revenir à de meilleurs desseins et reconnailront que la véritable prospérité des peuples ne peut subsister sans notre divine religion, sans sa doctrine salutaire, sans le respect des droits vénérables de l'Église. Ce qui accroit encore cplle espérance, c’est ce que nous avons appris que l'évëque allait être rappelé de son exil. Fasse Dieu que nos espérances ne soient pas trompées !

/.? j pièces justificative t sont extraites, pour la plus grande partie, du Journal historique.

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