I. — Genèse du système
Le 20/30 avril 1669, Leibniz écrit une longue lettre à Jac. Thomasius, son ancien maître : il y défend la doctrine de Descartes et s'efforce de la concilier avec celle d'Aristote ; on n'y trouve pas une parole qui fasse pressentir l'incubation d'une explication nouvelle1.
Mais le 10 août 1670, Oldenburg sait déjà que Leibniz prépare sur le mouvement un travail dont l'avant-goût lui « fait venir la salive à la bouche2 ». Le 8 décembre 1670, la « nouvelle hypothèse » est sur le point de paraître ; on l'attend à l'Académie Royale de Londres3. Au cours du même mois, le 19/29 décembre, Leibniz fait part à Jac. Thomasiusdu changement profond qui vient de se produire dans sa conception du mouvement. « Dernièrement, dit-il, j'ai eu comme un songe physique » ; et il esquisse quelques-uns des principes sur lesquels repose sa récente découverte4. Vers la même époque, Conring est également renseigné sur le fait nouveau. Il ne sait encore ce qu'il en doit penser; car, pour comprendre l'idée de Leibniz, il lui faudrait des explications plus complètes et plus précises. Mais il admire l'ardeur et la puissance de son génie. Sa crainte est seulement que le jeune savant ne se hâte trop de livrer au public le résultat de ses méditations : la patience est le vrai chemin de la gloire5.
Leibniz n'en travaille pas avec moins d'activité, et malgré les occupations d'un ordre tout autre qui lui prennent alors la meilleure partie de son temps. Le 14 avril 1671, « L'hypothèse physique » est entre les mains d'Oldenburg, qui l'a