Ibid., 583a (loc. cit
LA VIE DES AMES. 275
Toutefois, le problème ne peut se résoudre entièrement à l'aide de considérations psychologiques ou morales; il lui faut une solution d'ordre métaphysique. Si peu considérable que soit le mal objectif, il est; et il exige une explication, sans doute, il doit avoir sa raison d'être dans le bien1. Mais comment? « Le mal, dit Leibniz, vient de la limitation des créatures2. » A cette formule il faut encore une explication.
Platon attribuait la cause du mal à la matière, qu'il croyait incréée et indépendante de Dieu; et ce sentiment contient une part de vérité3. « Aussitôt qu'il y a un mélange de pensées confuses, voilà les sens, voilà la matière4. » Or les pensées confuses sont précisément la cause de l'ignorance et de l'erreur, le principe de nos passions. Et c'est de là que viennent à leur tour tous les autres désordres, tant physiques que moraux.
Mais on ne peut s'en tenir à la matière telle qu'elle existe dans la nature : on ne peut s'arrêter à la matière réelle. Car le mal, quoique ne procédant point de la volonté divine, doit avoir une source éternelle ; et la matière réelle ne l'est pas5. Reste donc que la cause première du mal soit contenue dans la nature idéale de la matière, « autant que cette nature est renfermée dans les vérités éternelles » que comprend l'entendement divin6. « L'imperfection originale » de la créature vient de la région des possibles; et, par conséquent, elle est éternelle et nécessaire, au même titre que les nom-
1. Cette idée platonicienne est reprise et maintenue constamment par Leibniz : V. Gerh., Math., III, 574 (L. à Joli. Bern., 21 févr. 1699); — F. Car., b, 183 {De libertate) ; — Erd., 149b-150a (De rerum orig., 1697) ; — Gerh., III, 578 (L. à Bourguet, 5 août 1715) : Dieu « n'aurait point permis la chute, si elle n'eût été enveloppée dans le meilleur des systèmes possibles ».
2. Gerh., Math., VIII, 50 (L. à Wolf, 1705) ; — F. Car., 28, 30 (Réfutation de Spinoza...); — Erd., 510% 614 (Théod.) ■ Ibid., 708a, 41 (Monad.).