I. — Le bien
Qu'est-ce que le bien? La réponse la plus approfondie que Leibniz ait faite à cette question, apparaît en 1715 dans sa correspondance avecWolf l.
Dans cette série de lettres, Leibniz affirme d'abord, comme il l'a toujours fait jusque-là, qu'une chose est d'autant plus parfaite qu'elle renferme plus de « réalité positive » et par là même plus « d'intelligibilité » 2. Il continue à penser, avec la plupart des philosophes de son siècle, particulièrement avec Malebranche et Spinoza, que le bien, le réel et l'intelligible sont trois aspects divers d'une seule et même chose.
Mais la discussion ne tarde pas à faire jaillir une idée qui est très différente, bien que Leibniz s'obstine à n'y voir qu'un simple développement de la première. D'où vient donc, demande Wolf, que « Ton regarde la santé comme supérieure à la maladie »? Ces deux phénomènes ne sontils pas également intelligibles 3? Et cette question suscite tout un ensemble de considérations inattendues. Voici, en effet, la réponse qu'y fait Leibniz. L'intelligible n'est pas l'indéterminé, si grande que soit la quantité qu'il présente; l'intelligibilité d'une chose ne consiste pas davantage dans la pluralité des éléments qu'elle renferme. La matière première d'un Aristote tombe à peine sous les prises de l'entendement ; et l'on en peut dire autant du chaos d'Anaxagore. L'intelligibilité n'est ni l'uniformité ni la pluralité prises séparément l'une de l'autre ; elle suppose la réduction du multiple à une seule et même loi : c'est l'unité dans la variété4.