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CHAPITRE VII

« LA CITÉ DE DIEU

I. Le bien. — Le bien et le beau ; — le bien et la gloire de Dieu ; — le bien et Dieu.

IL Le bonheur. — Rapport du bien et du bonheur ; — le bonheur et la science- IÎI. L'obligation. — Deux fondements de l'obligation : l'ordre naturel et Dieu ; — deux antinomies.

IV. Le mobile de la moralité. — Deux zones : celle du permis et celle du dev0ir; l'amour de soi; — l'amour du bien; — comment la moralité consiste dans « le plaisir de l'honnête ».

V. Du quiétisme. — Leibniz et les questions de mystique; — Leibniz et les Maximes des saints / — pourquoi Leibniz a-t-il prêté tant d'intérêt au mysticisme?

VI. Le citoyen. — Historique des études juridiques de Leibniz; — théorie du droit qui en résulte; — justice et amour.

VII. L'État. — Origine de la société; — extension du pouvoir de l'État; — formes politiques.

VIII. L'Église. — Possibilité du surnaturel; — rationalité des dogmes chrétiens; — divinité du Christianisme; — travail de critique à faire; — controverse entre Leibniz et Bossuet; — pourquoi Leibniz reste protestant.

IX. L'humanité. — 1° Qu'est-ce que l'humanité pour Leibniz? 2° Du progrès par le commerce et l'industrie.

Au-dessus des êtres dont l'activité se borne à percevoir, il y a « la cité de Dieu ». En sont « membres » toutes les âmes qui possèdent la vie de la raison, et qui ont par là même la connaissance des vérités éternelles : c'est « une république des esprits ».

Cette république est immortelle et composée de citoyens qui le sont également; car on y entre du fait que l'on devient une personne, et ce « droit de bourgeoisie » ne se perd pas : de la dignité d'être raisonnable on ne descend jamais jusqu'à l'animalité.

Cette république est universelle : elle enveloppe le monde entier, et « le genre humain n'en est qu'un fragment, qu'une petite portion ».

Cette république est une théocratie : « Dieu y tient lieu de Uoy ou de Père ». On y vit « en société avec lui », comme font les citoyens d'une même ville avec « leur prince » : ce qui produit dans la vie quotidienne comme une atmosphère de bienveillance, de sécurité, de noblesse et de perpétuel contentement.

Ces sentiments sont d'autant plus forts que ce « monarque » tout-puissant et souverainement sage entoure ses « élus » d'une sollicitude qui domine tous ses desseins. Sa « cité » , voilà le couronnement de son œuvre, voilà le « but principal » qu'il a poursuivi en créant le monde, celui sans lequel la nature n'aurait plus sa vraie signification. S'il a semé dans le ciel la lumière et les étoiles, s'il a répandu la vie de toutes parts, à tant de degrés divers et sous tant de formes, c'est en vue de ces âmes privilégiées qui sont capables de se connaître, de comprendre l'ordre du monde et par là même d'être heureuses; les autres choses « ne peuvent passer que pour les instrumens des Esprits »4.

« La République de l'univers » est une société de « petits dieux » gouvernée par Dieu lui-même. En quoi consiste donc l'idée du bien où se fonde son excellence? Quel est,

1. Est., 90-93 {Disc, de Met.) : esquisse de la cité de Dieu ; — Gerh., PhiL, 1, 393 (L. à Foucher, vers 1687) : Dieu « n'est pas seulement cause, mais encore Seigneur »; — P. Jan., 690 (Corresp. avecArnauld, 1690) : « toutes les choses sont faites pour elles [les âmes capables de réflexion et de la connaissance des vérités éternelles et de Dieu] principalement»; — Gerh., PhiL, VU, 541 (L. àla duchesse Sophie, sept. 1696) : les esprits « sont comme de petits dieux » ; Ibid., 544 (L. à la même, 4 nov. 1696) : c'est pour sa cité que Dieu « a fait tout le reste » ; — Erd., 149b (De origin. mundi, 1697) : autre esquisse de la cité; Ibid., 161" (L. à Hoffmann, 1699) : « cum Deo societatem quandam constituunt, in quo semper personam suam tuentur » ; — Gerh., PhiL, VI, i97 (Corresp. avec la Reine Charlotte, 1700-1705) : « nous acquérons pour ainsi dire le droit de bourgeoisie dans cette cité dont Dieu est le monarque » ; Ibid., 554 (Éclaircissement sur les natures plastiques, vers 1704) : Dieu « roy et père »; — Erd., 548a (Théod., 1710) : « République des esprits », « dont le Genre humain n'est qu'un fragment »; Ibid., 717;'-718 (Principes de la nat. et de la grâce, 1714) : Principales idées sur la cité de Dieu; Ibid., 71 ib-712 (Monad., 1714) : longue description de la cité de Dieu; — V. plus haut, p. 287.

Depuis 1685, l'idée ne change pas; il serait intéressant de savoir comment Leibniz y est arrivé. Bien avant 1685, il a l'idée d'une « harmonie universelle » établie sur le droit et dont Dieu serait le fondement et la loi : V. Gerh., Math., V, 19-20 (De art. combin., 1666); Gerh., PhiL, J, 73-74 (L. à Arnauld, 1671). Là se trouve le germe qui devait se développer plus tard.

LA CITÉ DE DIEC

par suite, le système de droits et de devoirs qui préside à sa « police »? Voilà ce qu'il importe surtout de bien connaître.

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