‹ LeibnizChapitre 245 sur 310 · V. plus haut, pp · texte numérisé non relu

V. plus haut, pp

Non, certes, que l'éducation de la volonté soit inutile : la pratique garde son rôle; et il est grand, comme on l'a pu voir plus haut l. Mais le primat de la vie demeure à l'intelligence; et serait-elle seule à mouvoir tout le reste, qu'elle suffirait encore à faire prévaloir la cause de l'ordre. Dans le monde moral, comme dans le monde physique, il y a une pensée qui se cherche et qui a la force de se conquérir.

Mais la douleur, la douleur!... Faut-il la nier, comme les stoïciens, et proclamer de nouveau que l'on peut être heureux dans le tonneau de Phalaris? — Aux attaques de la douleur le sage répond comme auparavant par la grande pensée de l'ordre; et cette pensée lui suffit. Je le sais, se dit-il alors : tout vient de la main d'un Dieu qui ne veut que le bien, qui connaît pleinement ce qu'il veut, et qui le peut réaliser; il ne se passe donc rien dans la « République de l'univers » qui ne s'accorde avec la raison, il n'y a jamais rien dans le monde qui ne soit bon et beau. Je le sais aussi, et par là même : entre le bien de l'ensemble et celui des individus, il ne s'élève jamais que des luttes « apparentes » et qui se traduisent à la longue par une harmonie nouvelle et plus pleine; un jour viendra où je serai payé au centuple de la moindre de mes actions, même du verre d'eau que j'aurai donné à mon frère au nom du Père des miséricordes. La justice peut se faire attendre; elle n'est jamais vaincue.

J'accepte, ô Dieu, puisque tes volontés sont toujours un effet de l'ordre universel : « Ce qui t'arrange m'arrange. » Non seulement je me résigne, mais je trouve à mon sacrifice une joie inaltérable et qui domine tout le reste : je suis « content » 2.

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