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Gerh., PhiL, VI, 34 {Théod

LA CITÉ DE DIEU

mations bizarres ou funestes que peut subir et que subit en fait le sentiment de la dévotion; d'autant qu'il faudrait y joindre les abus et les travers où tombent « les directeurs des âmes » 4.

Or ce mal si profond et de formes si diverses a pour cause principale un défaut de culture rationnelle. Si l'on se pénétrait des « règles du bien », on verrait clairement que « Dieu nous a mis dans le monde pour agir suivant sa volonté, et non pas pour luy faire des harangues et des complimens », et que par suite la piété consiste surtout à réaliser en nous et autour de nous cette œuvre de l'ordre qu'il poursuit luimême et sans relâche dans le gouvernement de l'univers2.

« Rien ne sert plus à la solide dévotion que la véritable philosophie ». Car « c'est elle qui fait connaistre et admirer les merveilles de Dieu, et qui en publie la gloire comme il faut » : c'est d'elle que la piété tient à la fois la science de son objet, sa mesure et ses règles d'action3.

L'intelligence nous révèle l'idéal du bien; de plus, ce spectacle intérieur, quand on sait y réfléchir, exerce un charme croissant qui finit par être vainqueur. « On raisonne souvent en paroles, sans avoir presque l'objet même dans l'esprit »; et ce « psittacisme » « ne saurait toucher »; « autant en emporte le vent ». Mais « rien ne serait plus fort que la vérité, si l'on s'attachait à la bien connaître ou à la faire valoir ». La pensée de Socrate garde un fond de justesse. Pour qui médite la vérité morale, elle se transforme en beauté : elle descend peu à peu dans les profondeurs de l'âme, à la manière dont les rayons du soleil enveloppent et pénètrent les fleurs des champs; il arrive un moment où son influence purificatrice ne rencontre plus de résistance dominante, et la royauté de la justice s'établit4.

1. Gerh., PMI., III, 218 [L. à Burnett, 24 août 1697). — Cf. sur ce point de la direction, La Bruyère, t. I, chap. m, Des femmes, p. 120-126, Paris, 1818 : l'idée de Leibniz y est prise sur le vif et passée au crible de cette analyse impitoyable et calme dont l'auteur a le don.

2. Gerh., Phil., VII, 104-108; Ibid., 489 (L. à Bierling, 19 nov. 1709).

3. Gerh., Phil., III, 218 {L. à Burnett, 24 aoust 1697); Ibid., Phil., VI, 35 Théod.); — Baruzi, Leib., inédits, 329, 332-335, 375.

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