Est., 92 {Disc, de Met
nous faisons tout pour notre bien, et il est impossible que nous ayons d'autres sentimens, quoique nous puissions dire *» . Bien plus, et par suite, cette sorte d'amour implique une contradiction et se « détruit lui-même ». Du moment que tous les hommes veulent être heureux et ne veulent que cela, le plaisir est le motif unique qui les détermine à faire tout ce qu'ils font; ils ne peuvent aimer que ce qui leur plait, comme ils ne peuvent haïr que ce qui leur déplaît. Que devient alors ce vouloir pur qui n'existe qu'à la plus fine pointe de l'esprit, dont la sensibilité n'est ni le véhicule ni le principe? line se produit pas, et parce qu'il n'a de cause nulle part : c'est plus qu'une chimère, c'est une impossibilité logique2.
« Notre bien est de l'essence de l'amour, mais non pas notre interest. Ce qui plaist est un bien en soy... ; il appartient à la fin et non pas aux moyens3. » Là se trouve le principe de la réponse à fournir.
Aimer, c'est prendre plaisir dans le bien d'autrui; par suite c'est vouloir la perfection de l'objet aimé, ses avantages et surtout son bonheur (quand il agit d'êtres qui en sont capables). Car, si cet amour a sa cause dans notre plaisir, il n'y trouve pas sa fin. C'est l'objet lui-même que nous aimons et pour lui-même, non pour nous; et plus grande est la jouissance qu'il nous donne, plus notre âme se perd en lui, plus elle s'oublie elle-même, moins il y a de retour sur soi. Intéressé dans sa cause, l'amour de complaisance ne fait pas moins que le bien d'autrui « entre dans le nostre » et peut s'y classer au premier rang : il est également désintéressé, mais comme le veut la nature. Et n'est-ce pas ainsi que s'aiment les vrais amis? n'est-ce pas « ainsi que la contemplation des belles choses est agréable par elle-même, et qu'un tableau de Raphaël touche celuy qui le regarde avec des yeux éclairés, quoyqu'il n'en tire aucun profit 4 » ?
1. Erd., 790a (Sentim. de M. Leib. sur le livre de Msr l'Archevêque de Cambray..., 1697); — Cf. Gerh., Phil., I, 357-358 {L. àMalebr., 13/23 mars 1699).