Gerii.,P/^., III, 425 (L. à Coste,30 may
LA CITÉ DE DIEU
« Tordre universel » que représente l'accomplissement de leur destinée.
Il est vrai que « plus nous mettons de zèle et de sincérité à chercher le bien commun », ou « ce qui revient au même », à procurer la gloire de Dieu 1 , « mieux nous travaillons à l'œuvre de notre propre bonheur2 » ; car nos joies gagnent naturellement en profondeur et en durée, à mesure que nos actions elles-mêmes ont un objet plus noble et plus important, c'est-àdire plus parfait. Mais ces différences ne se maintiennent pas du simple point de vue de la moralité. Pour qui regarde de cet autre biais, il n'y a plus de gradation possible : « servir Dieu », « concourir au bien général », et « chercher notre propre bonheur » sont choses également bonnes, parce qu'elles sont également conformes à l'ordre3.
Qu'est-ce maintenant que cet amour de l'ordre pour luimême qui constitue le mobile de la moralité? Là se révèle un autre trait distinctif de l'éthique Leibnizienne.
Cet amour n'est pas celui que les théologiens appellent mercenaire ou de concupiscence ; car celui-là « consiste précisément dans la vue de notre propre bien, sans avoir égard au bonheur et avantage » de l'objet aimé4. Par suite, en faire le mobile de nos actions, c'est ôter à l'ordre sa dignité de fin et le rabaisser à l'état de moyen, c'est subordonner le bien de l'univers aux intérêts de l'individu. Périsse le monde entier, pourvu que je sois : telle est sa vraie devise. Il est donc foncièrement immoral.
Le mobile de la moralité n'est pas davantage cet amour « de tête » dont parlent certains mystiques, où l'individu ne compte plus pour rien, où l'on va jusqu'à renoncer à son propre bonheur par complaisance pour l'objet aimé5. Cet acte ou état est contraire à la première loi de « la cité de Dieu », « qui consiste dans la plus grande félicité possible de [ses] habitans »6. Il est également contraire à la nature; « car
1. Gerh., Phil., III, 261 [L. à Burnelt, 1699); Ibid., 302 (L. au même, 1705).