‹ LeibnizChapitre 253 sur 310 · V. — Du QUIÉTISME · texte numérisé non relu

V. — Du QUIÉTISME

Gomme on le voit par les pages qui précèdent et plus encore par les références dont elles sont accompagnées, c'est de bonne heure que Leibniz trouva sa définition de l'amour. Il faut même remonter au delà de l'année 1671, pour en marquer l'origine. Elle lui fut suggérée dans sa jeunesse par la lecture du Dialogue du P. Spée sur la nature des trois vertus divines : foi, espérance et charité, que l'Électeur lui

fragment devait très probablement faire partie de l'ouvrage intitulé Elementa juris natural.is, que Leibniz préparait dans les années 1671-1672 et dont parle sa lettre à Arnauld de 1671 : « Elementa juris naturalis brevi libello complecti cogito, quibus omnia ex solis definitionibus demonstrentur. Virum bonum enim seu justum definioqui amat omnes; amorem voluptatem ex felicitate aliéna... » V. aussi Gerh., Phil., I, 60 (L. à Jean Frédéric, 1671-1672); — G. Mollat, 27-29, 36-37 {Mittheilung .) ; — Gerh., Phil., VII, 27 (de 1679); lbid., Phil., IV, 429 (Disc, de Met., 1685); — P. Jan., 690 (Corresp. avec Arnauld, 1690); — Rommel, II, 232 (L. au Landgrave, 1690); — F. Car., I, 143-144 (Z. à Mme de Brinon, 1691); — Erd., 118a-118b (De notionibus juris et..., 1693); — Gerh., Phil., III, 207 (L.à Burnett, 8/18 mai 1697) ; — Erd., 789b-790a (Sent, de Leib.sur l'Archevêque de Cambray..., 1697); Bartjzi, Leib., inéd., 340-341 1697);— Erd., 791b-792a (L. à Nicaise, 1698) ; — Gerh., Phil., I, 357-358 fZ. à Malebr. déjà citée, 1699); lbid., Phil., VII, 546-552 (L. à la Duchesse Sophie. 1697 à 1700); — Erd., 246b (X. Essais, 1704); — Gerh., Phil., III, 384-385 (L.à Coste, 4 juil. 1706); — Erd., 446" (L. à Hansch. 1707); lbid., 643a-643b (Remarques sur le livre de M. King, vers 1706); — Gerh., Phil., III, 425, 428- 429 (L. à Coste, vers 1712).

Malebr. admet la même définition de l'amour dans son Traité de l'amour de Dieu (V. p. 292-300 éd. J. Simon); et avec quelle élégance et quelle pénétration psychologique il pousse son idée! Leibniz fut ravi en lisant cet ouvrage (Gerh., Phil., III, 383, L. à Coste, 1706); d'autant que le célèbre religieux semble bien s'être fortement inspiré de Leibniz lui-même. Dans certains chap. de son Traité de morale, qui est de 1685, il affirmait, nettement l'impératif catégorique (V. p. 8, 9, 15, 17, 144, 165, 170-171, éd. H. Joly, Ern. Thorin, Paris).

1. Erd., 246b (N. Essais); — F. Car., a, 142-143 (Sur l'art de connaître les hommes, vers 1702).

avait recommandé et dont il goûtait beaucoup la doctrine1. Ce fait, il nous le déclare lui-même clans une lettre à la duchesse Sophie de l'année 1700. « C'est dès ma jeunesse que j'avais formé ces idées. Un grand prince qui estait en même temps un grand prélat2, me recommandant le livre allemand du P. Spée sur les trois vertus chrestiennes, imprimé et réimprimé plus d'une fois à Cologne, y contribua beaucoup3. »

On voit aussi par les références dont je viens de rappeler la série, que Leibniz a maintenu sa définition jusqu'au bout et qu'il s'est plu à la faire connaître toutes les fois qu'il en a trouvé l'occasion. La plus célèbre de ces occasions fut la querelle du Quiétisme. 11 est bon de s'y arrêter; cette polémique, si profondément étrangère au calcul différentiel, et que Leibniz pourtant suivit avec tant d'intérêt, nous révélera sous un autre aspect la compréhensivité de son génie et la nature de son âme.

Leibniz a toujours suivi d'un regard attentif les questions d'ordre mystique. En 1685, il n'a pas seulement lu, et depuis longtemps déjà, le livre du P. Frédéric Spée; il connaît aussi quelque chose de la doctrine de sainte Thérèse : il en mentionne cette idée qui devait avoir une si grande place dans son monadisme, à savoir « que l'âme doit souvent penser comme s'il n'y avait que Dieu et elle au monde »4. Plus tard, et sur le conseil de M. Poiret, il achète les œuvres de la même sainte et la vie d'Angèle de Foligno où il trouve, dit-il, « des choses admirables, reconnaissant de plus en plus que la véritable théologie et religion doit être dans notre cœur par une pure abnégation de nous-même, en nous abandonnant à la miséricorde divine »5. Vers la même époque, il s'occupe également de sainte Catherine de Gênes et déclare y avoir remarqué nombre « de pensées solides » fi. « Weigeliens, Bôhmistes, Trembleurs, Quiétistes et Laba-

1. Klopp, VIII, 62 (Elogium Patris Friderici Spee, S. /., mai 1677); — Rommel, I, 253 {L. au Landgrave, 1680); — Erd., 529" (Théod.).

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