Ibid. (fos 17-18, 10 déc
LA CITÉ DE DIEU
distes » sont gens dont il a pris la peine de démêler le caractère dislinctif, mais dont il n'approuve ni les assertions fantaisistes ni « les affectations inutiles et façonnières », et pour cette raison surtout que « la véritable marque de l'esprit et de la grâce de Dieu est d'éclairer et de rendre meilleur »*... D'autre part, il est au courant des persécutions dont souffre M1|e d'Assemburg; et il demande qu'on cesse de l'inquiéter, puisque ses visions lui inspirent « les plus beaux sentiments du monde » et que « sa piété en est rechauffée à tous momens »2.
Il s'était d'ailleurs fait sur la vie mystique un certain nombre de principes qui me semblent très profonds. « Je ne suis pas de son sentiment, disait-il contre Thomasius, lorsqu'il fait l'amour antérieur à la lumière... la lumière est notre passion, l'amour est le plaisir qui en résulte3. » Ainsi le veut notre nature d'être raisonnable; et il faut la suivre, si l'on veut éviter les écarts singuliers auxquels peut conduire le sentiment mystique : la raison est nécessaire pour en donner la vraie notion et le maintenir dans de justes limites4. Or voici ce que l'on apprend, dès que l'on se donne la peine de consulter cet oracle intérieur. Sans doute, l'amour de Dieu vient de la contemplation des perfections divines. Mais ce sentiment n'est pas stérile; l'amour est « vie »5. Il doit se traduire par l'accomplissement de la volonté de Dieu; et ce passage à l'action prend lui-même deux formes dont l'une nous concerne, tandis que l'autre se rapporte au prochain. L'amour de Dieu, c'est « la négation de soi-même ou la haine du non-être en nous »°; l'amour de Dieu, c'est « en même temps une grande ardeur pour contribuer autant qu'il est possible à la gloire du Dieu », ou ce « qui revient au même », « au bien général »7.