Gerh., Phil., VII, 104-105, 108 [De la générosité
LA CITÉ DE DIEU
porte en valeur sur l'intérêt particulier il ne faut pas oublier non plus que ce tout dépend d'un esprit souverainement parfait qui nous impose le respect et le culte de la vertu2.
Fondés sur notre dignité d'être personnel, nos devoirs à l'égard de nous-même relèvent par d'autres aspects et du droit social et du droit divin .
Ce qui nous semble le plus neuf dans cette théorie du droit, c'est la place qu'y tient la charité : elle apparaît dès le début et va toujours croissant jusqu'à ce qu'elle soit devenue le mobile unique de nos actions. La doctrine du P. Frédéric Spée revient ici, et Leibniz en fait à la jurisprudence une application curieuse.
Aristote et tous les anciens distinguaient la justice et la charité et parfois les opposaient l'une à l'autre. Au sens de Leibniz, la première de ces deux vertus se perd dans la seconde et ne fait plus avec elle qu'une seule et même chose; la justice « est la bonté conforme à la sagesse », c'est l'amour rationnel de l'ordre, c'est « la charité du sage ».
D'autre part, l'amour lui-même n'est autre chose « que le sentiment d'une perfection ». Et ici, comme ailleurs, l'effet croît en raison directe de sa cause : plus on découvre de perfection dans l'objet aimé, plus on s'y complaît, plus on l'aime. De là une ascension vers le bien où la justice est d'autant mieux observée qu'elle se fait moins sentir.
Supposez une personne qui ait pleine conscience du prix et de la beauté de la vertu : elle éprouverait de ce fait la plus grande joie « dont l'homme est capable ici-bas, quand même il n'y aurait rien à attendre au delà de cette vie ». « Car que peut-on préférer à cette harmonie intérieure, à ce plaisir continuel des plus purs et des plus grands » qui tient à la perfection de la volonté et « dont on est toujours le maître » 3?
1. Erd., 72b {De vita beala); Ibid., 119a-b (De nolionibus Juris..., 1693).