‹ LeibnizChapitre 266 sur 310 · Erd · texte numérisé non relu

Erd

droits de l'homme à l'égard de l'homme sont aussi vieux que lui ; et l'on en peut dire autant de ses devoirs envers ses semblables. Ce sont là deux séries de rapports qui dérivent l'une et l'autre du fait qu'il est un être raisonnable. Il y a « des cas où Ton ne peut point jouir de son droit, faute de juge et d'exécution » ; mais « le droit ne laisse pas de subsister ». Et « c'est confondre les choses que de le vouloir anéantir, parce qu'il n'y a pas moyen de le vérifier et d'en jouir1 ».

C'est une erreur aussi que de croire avec Hobbes à la légitimité de l'esclavage. Il n'est aucun système social ou familial, aucun droit de conquête ou de colonisation, aucun usage, si vieux qu'il soit, qui puisse autoriser un homme à faire d'un autre homme sa chose ou propriété. Cette dégradation a contre elle « le droit des âmes raisonnables qui sont naturellement et inaliénablement libres » ; elle viole également « le droit de Dieu qui est le souverain maître des corps et des âmes et sous qui les maîtres sont les concitoyens de leurs esclaves ». Tout homme a « le droit de bourgeoisie » dans la « République universelle » ; et ce privilège est inviolable2. « La cité de Dieu » n'a pas d'esclaves.

C'est également sur l'idée de droit que se fondent en partie nos devoirs à l'égard de nous-mêmes. Sans doute, ces devoirs tiennent à ce que nous sommes des êtres raisonnables. Chaque homme est obligé « d'avoir égard à la dignité de sa nature dont l'excellence consiste dans la perfection de l'esprit ou dans la plus haute vertu ». Notre origine est « céleste » ; « nous sommes du genre ou de la race de Dieu », « comme le dit Saint Paul après un poète grec » ; et cette noblesse d'origine, nous devons ne jamais la démentir dans nos actions3.

Mais, en même temps, il ne faut pas oublier que « chacun de nous fait partie d'un tout, de telle république, de telle société, de telle famille » et « que l'intérêt général l'em-

Page 1