Klopp, XI, 55 {L. à la Princesse de Galles, nov
4. Malebranche conseille très sagement aussi le même procédé que Leibniz (V. Recherche de la vérité, I, 354 et 428, éd. J. Simon, Paris).
Mais, puisqu'on entend par mystère une vérité qui dépasse la portée de notre esprit, ce n'est pas de ce côté que le polémiste doit prendre sa tâche. Que lui reste -t-il donc à faire? à se « soutenir contre les objections ». Le polémiste doit montrer que le dogme en question n'est pas un simple souffle d'air, « comme scindapsas ou Blityri », qu'il présente un vrai sens, bien que nécessairement analogique1. Puis, cette explication une fois donnée, il n'a plus qu'à parer les coups qui l'attendent, soit en établissant que l'idée de l'adversaire implique elle-même contradiction, soit en montrant qu'elle n'atteint pas son but2.
Telle est la vraie voie à suivre ; et l'on peut faire voir à la lumière de ce procédé que, pour incompréhensibles qu'ils soient, les mystères chrétiens ne deviennent jamais contradictoires.
Inattaquable du point de vue de la raison, le christianisme l'est aussi du côté des faits sur lesquels il se fonde. Si ses titres historiques ne lui confèrent pas la certitude absolue qui convient aux vérités purement mathématiques, ils suffisent du moins à produire cette autre espèce de certitude dont l'expérience est susceptible et qu'on appelle morale.
Il est vrai que la preuve de l'établissement du christianisme ne présente pas encore la précision et l'ampleur qu'elle pourrait avoir : il y manque ce don de discerner le réel du merveilleux qu'on appelle le sens critique3; il y manque en outre une infinité de documents dont la connaissance en éclairerait les contours et les profondeurs. On
1. Erd., 403-405 (N. Essais); 453a (Remarque... sur les mémoires de Trévoux..., 1708;... On ne saurait « rendre raison parfaitement de tels mystères, ni les entendre entièrement ici-bas. 11 y a quelque chose de plus que de simples mots, cependant il n'y a pas de quoi venir à une explication exacte des termes ». L'analogisme tient une très grande place dans la pensée religieuse et même métaphysique de Leibniz, moins grande cependant que dans la doctrine théologique de saint Thomas d'Aquin dont la devise est celle-ci : Deum analogice cognoscimus. C'est assez néanmoins pour laisser un certain malaise dans l'esprit. Car ce mot d'analogie peut mener d'autant plus loin qu'il n'y a pas de « mètre » pour en mesurer la portée.
2. Erd., 481% 492b, 494% 405b-496% 497% 499% 500% 501b (Théod.).
3. Gkrh., Phîl., 111, 15-16 {L. à Huet, 1679); Ibid., II, 541 (L. à Nicaise, 5/15 mai 1693); Ibid., 587 (L. au même, 16 juin 1699).
LA CITÉ DE DIEU
devrait remonter aux anciens manuscrits, noter les variantes qu'ils présentent, et, pour mieux discerner le sens qui s'en dégage, étudier la mentalité souvent très particulière des hommes qui les ont composés. Il faudrait également comparer nos croyances chrétiennes à celles des autres peuples, les plus importantes surtout, telles que le mahométisme, le bouddhisme et la religion de Confucius. Dans quelle mesure les Livres saints ont-ils subi l'influence des civilisations ambiantes durant la période de leur formation? C'est un autre problème dont l'étude s'impose. Il serait utile aussi de collectionner les littératures des premières églises, particulièrement chez les Syriens et les Coptes. L'œuvre à faire est immense : il s'agit d'une enquête à travers l'Orient tout entier, enquête où la plus petite découverte, celle d'une brique ou d'une médaille, peut donner un résultat considérable1.
Mais ces perfectionnements, si désirables qu'ils puissent être, ne sont pas nécessaires, quand il s'agit simplement d'établir que la religion chrétienne est divine. Cet événement est par ailleurs à l'abri de tout doute sérieux, et l'on est fondé à croire avec Pascal « qu'il y a assez de lumière » « pour ceux qui cherchent [Dieu] de tout leur cœur »2.
D'ailleurs, la question pressante n'est pas là. Depuis la Réforme, la chrétienté tout entière est partagée en deux fragments immenses : l'Église catholique ou Romaine et l'ensemble des églises protestantes. Le litige tient surtout à ce que l'on a cessé de s'entendre sur la nature et les limites de l'autorité doctrinale que le Christ lui-même a
1. Gerh., PhiL, III, 193 (L. à Burnett, 2/11 févr. 1697); Ibid., 161 (L. à Burnett, 11/21 juin 1695); Ibid., 165 (L. au même, 22 nov. 1695); Ibid., II, 563 (L. à Nicaise, 15 févr. 1697); Ibid., 572 (/,. au même, 28 mai 1697); Ibid., 594 [L. au même, aoust 1701); — Gurh., II, 96-97.
Leibniz a tracé au xvir* siècle les grandes lignes du plan que l'on devait suivre plus tard dans les études religieuses et que l'on commençait à mettre en exécution autour de lui, comme le montrent les références indiquées ici. Et avec quel enthousiasme il saluait les essais plus ou moins heureux qu'il voyait faire en ce sens! Sur ce point, comme sur tant d'autres, Leibniz a été le grand « sollicitor ».