Guerrier, 49 (L. à Storren, 23 sept
même pensée qu'il entretient des rapports avec Pierre le Grand ; et ce qui le rend si curieux de savoir ce que deviennent les congrégations religieuses, particulièrement celle de Jésus, c'est surtout qu'il y voit des forces concentrées et disciplinées, qui seraient beaucoup plus propres que des soldats et des vaisseaux, à réaliser son projet d'universelle christianisation1.
La question du progrès est une de celles dont nous avons déjà parlé2. Il faut y revenir, en la prenant du point de vue social. Leibniz à cet égard formule un certain nombre d'aperçus qui, par leur modernité, rappellent tantôt la charité de saint Vincent de Paul, tantôt l'esprit positif de Locke.
La science, la religion chrétienne et l'éducation : voilà les trois moyens essentiels à mettre en œuvre, comme on l'a vu précédemment. Mais il en est d'autres plus directement pratiques et sur lesquels Leibniz insiste avec complaisance.
« Tout le monde compte les Hospitaux et les autres maisons semblables parmy les causes pieuses, et avec raison, puisque Jesus-Christ a dit qu'il prendrait ce qu'on ferait envers les pauvres, pour ce qu'on aurait fait à luy-même. » Mais « il vaudrait bien mieux de prévenir la pauvreté et la misère, qui est la mere des crimes, que de la soulager quand elle est née »3. La charité la plus bienfaisante est celle qui prévoit, qui remonte aux causes du mal.
Un bon moyen de combattre la misère, ce serait de suivre l'heureux exemple de l'Électeur de Brandebourg, de fonder des « établissements d'un travail bien conduit, par lesquels les hommes deviennent véritablement plus vertueux pour eux-mêmes, et plus utiles pour les autres... D'autant qu'encor la jeunesse entre ainsi de bonne heure dans le même chemin de l'ordre, et donne des séminaires à la répu-
t. V. plus haut, p. 26-31.