VI PRÉFACE
parition de la grande édition que préparent les Académies de Paris et de Berlin? C'est alors seulement qu'on pourra savoir en toute certitude ce qu'il faut penser de Leibniz.
Ma réponse est assez simple. Non seulement j'ai lu les nombreuses éditions de Leibniz que Ton possède déjà; mais encore j'ai consulté patiemment un certain nombre des fervents de la bibliothèque de Hanovre, ceux-là surtout dont la mission est de la faire connaître; et même quelquesuns d'entre eux ont bien voulu me communiquer ceux de leurs documents inédits qui étaient de nature à m'éclairer. J'ai pu me faire une conviction, c'est qu'en attendant mieux, le public trouvera dans mon étude son bien, c'est même que cette étude ne cessera point d'être utile après l'édition que l'on nous promet et qui mettra sans doute, si rien n'en arrête le cours, 20 ou 25 ans à épuiser sa matière. Mais cet arrêt s'est déjà produit, on sait de quelle terrible manière. La fameuse édition, on ne sait plus maintenant quand elle se fera, ni même si elle se fera jamais.
Pendant quelque temps d'ailleurs, et sous l'influence de l'avalanche moderniste, on a beaucoup exagéré le devenir de la pensée du philosophe de Hanovre. Les « fulgurations » de Leibniz : c'est un mot dont on a quelque peu abusé. Tout ne se ramène pas à l'idée qu'éveille ce signe magique. Leibniz ne ressemblait nullement aux « étoiles errantes » dont parle saint Jacques ; c'était au contraire le plus ferme et plus constant des esprits. Il mettait quinze ou vingt ans à fixer dans le silence Tune de ses idées; puis, une fois satisfait, il ne variait plus, reprenant la même chose, la décrivant, la déduisant sous cent formes diverses, mais ne l'abandonnant jamais. J'ai tâché de mettre ce point à