‹ LeibnizChapitre 6 sur 310 · II. — Leipzig · texte numérisé non relu

II. — Leipzig

Dès sa sixième année, Leibniz vient à perdre son père, qui était professeur à l'université de Leipzig. Vers onze ans, un* ami le soustrait à la direction d'un maître pédant et maladroit et l'introduit dans la bibliothèque paternelle où il peut circuler tout à son gré. L'enfant se réjouit de cette indépendance absolue; et, dans la suite, il s'en réjouira plus encore. Le voilà désormais en contact immédiat avec les témoins du passé, débarrassé de la cangue des préjugés ambiants, dans les conditions voulues pour juger par lui-même des hommes et des choses1.

Il lit les anciens; il lit les modernes; il lit les scolastiques, sans se laisser rebuter par l'aridité de leur langage et la subtilité de leurs discussions; il explore avec une égale avidité les rayons où sont disposés les livres de droit et les œuvres de controverse. L'impression dominante que lui laisse cette chasse de pan, c'est que l'ordre fait défaut partout, principalement dans le domaine du droit, et que cette confusion générale disparaîtrait comme par enchantement, si l'on avait soin de ramener les choses à quelques « principes ultimes ». Remonter aux « idées simples » : c'est déjà, pour Leibniz, le secret de Tordre, et par là même de la clarté dans la brièveté2.

Dès l'âge de douze ans, Leibniz soumettait à ses maîtres des difficultés parfois très embarrassantes. Un jour, il lui arriva de poser à l'un d'entre eux la question qui suit : « On se sert des termes simples ou prédicaments pour former des propositions. Pourquoi ne pourrait-on pas se servir aussi des propositions elles-mêmes pour former des syllogismes3? » Quelle raison y a-t-il donc de s'arrêter tout d'un coup sur la

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