Cout., Op
l'art d'inventer.
A la caractéristique se rattache un autre projet également cher à Leibniz, celui d'une langue rationnelle qui deviendrait celle du genre humain.
Cette idée était à la mode depuis un certain temps. JoachimBecher *, Athanase Kircher2, John Willkins 3, George Dalgarno4 avaient publié des ouvrages sur cette matière. Le problème attirait l'attention publique; et la chose se comprend sans peine. Grâce à la Renaissance, au développement du commerce, au récit des voyageurs toujours plus nombreux, on avait pris conscience de l'unité de la pensée humaine et du savoir qui en est comme l'efflorescence ; il était naturel qu'on eût l'idée de créer une langue qui ne tint plus compte d'aucune frontière, qui fut commune à tous les peuples.
Leibniz cède à l'attrait de ce mouvement, qui a par ailleurs des affinités profondes soit avec sa nature soit avec la culture de son esprit. Mais, au lieu de donner un système plus ou moins arbitraire, comme l'ont fait ses prédécesseurs, il remonte aux principes philosophiques qui dominent l'œuvre à faire et s'efforce d'en dériver méthodiquement tout le reste. La question, pour lui comme pour Descartes5,
1. Character pro nolitia linguarum universali, Francfort, 1661. — V. note de Leibniz (Cout., Op., 283).