‹ Leibniz et l'organisation religieuse de la terre [microform]Chapitre 125 sur 306 · Klopp, éd. cit., t. IV, p · texte numérisé non relu

Klopp, éd. cit., t. IV, p

LA GENESE RELIGIEUSE

pensées qu'il promettait sur la vérité du Christianisme, j'oserais dire que ce que j'ai eu le bonheur de découvrir dans les mêmes sciences ne ferait point de tort à des méditations que j'ai encore sur la rehgion *. »

Leibniz semble donc se plaire à considérer l'harmonie de son existence et de celle de Pascal. Tous deux, pense-t-il, ont été mathématiciens afin de devenir meilleurs philosophes. Analogie tout extérieure peut-être. Pascal, en effet, a travaillé les mathématiques pour obéir à un désir d'excellence et à un amour de la spéculation abstraite ; mais, s'il a discerné en ces efforts, qu'il poursuivait pourtant encore quelques mois avant de mourir, une sorte de concupiscence déguisée, c'est par une effusion d'ascète que Leibniz eût détestée. Quand Leibniz, de son côté, déclare qu'il a été mathématicien pour devenir théologien, il pense avant tout à son système, qui, par la « science générale », se fonde sur une méthode mathématique. Si la reclierche religieuse fait partie de la philosopliie nouvelle, elle doit se régénérer, comme la logique, à des sources mathématiques. Quel que soit, cependant, l'abîme entre l'apologétique de Pascal et celle de Leibniz, on conviendra que Leibniz n'ignorait point de quelle qualité avait été, chez Pascal, la foi initiatrice. Que l'analogie nous paraisse médiocrement fondée, il importe donc assez peu. En fait, Leibniz ose se comparer à un philosophe chrétien.

Ainsi, l'exemple de Pascal a pu affermir en Leibniz une volonté d'œuvre rehgieuse. Mais ne risquons-nous pas d'errer.^ Si, comme on l'affirme toujours, Leibniz a, au fond, méconnu et négligé Pascal, le rapprochement qu'il hasarde lui-même n'est-il pas superficiel .^Pareille théorie serait démontrée fausse,

1. Gerhardt, Phil. Schr., éd. cit., t. Ilf, pp. 195-196. Lettre à Th. Burnett, 11 février 1697. Post-scriptum.

L EGLISE UNIVERSELLE

si Ton parvenait à établir que Leibniz a regardé le système de Pascal comme s'harmonisant avec le sien.

Un admirable Inédit, malheureusement non daté, mais sans doute écrit assez tard\ nous offre un phénomène unique en Tœuvre de Leibniz. Ce sont deux feuilles serrées. En la première, Leibniz a copié « les deux Infinis » de Pascal. Qu'on examine ici le fac-similé du verso ^ On verra que Leibniz a copié activement Pascal et pour ainsi dire recomposé Tœuvre. On constatera des parenthèses qui sont comme un commentaire immédiat et impatient de Pascal : « Des cirons dans lesquels il retrouvera ce que les premiers ont donné; trouvant encore dans les autres la même chose; » — Leibniz écrit entre parenthèses : « ou des clioses analogiques », afin d'adapter la pensée de Pascal à son propre système. Presque au bas de la page : « Voilà notre état véritable ; c'est ce qui resserre nos connaissances dans de certaines bornes que nous ne passons pas. » Leibniz ajoute entre parenthèses : « Ici-bas. » De plus, d'une phrase de Pascal particuhèrement dramatique, un mot est supprimé : « Il est infiniment des deux extrêmes. » Ailleurs, Leibniz copie trois lignes, probablement sans s'apercevoir que déjà il les a transcrites, ou plutôt il môle une piirase nouvelle à une phrase antérieure, puis rature. Certains mots sont répétés : tels par exemple « cet cet état qui tient le milieu ». Signes d'une hâte matérielle s'alliant à une passion spirituelle et compréhensive.

1. Inédits, Théologie : vol. XX, f^^ 212-13, sans doute écrit assez tard: le mot « monade » y est prononcé, que Ton ne trouve pas dans les écrits de jeunesse de Leibniz. Pour suivre la démonstration il importe d'examiner le fac-similé donné ci-contre.

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