Id., Ibid
L EGLISE UNIVERSELLE
serait-il pas destiné à le remplacer? Officiellement le nouveau vicaire apostolique sera Sténon; le nouvel et vrai intermédiaire entre Hanovre et la Cour romaine sera Leibniz.
Sténon, dont, le 24 août 1677, Leibniz nous apprend que l'arrivée est attendue \ sera vicaire, non plus seulement à Hanovre, mais dans le Nord de FEurope. Telle avait été Tœuvre lente et solide de Maccioni et de Jean-Frédéric. Le personnage vaut qu'on s'y arrête-.
On ignore en général la vie extraordinaire de ce Danois protestant, anatomiste, divinateur de la géologie précise au cours de recherches sur le pays de Toscane, puis converti au catholicisme, prêtre à partir de 1675, finalement évoque de Iléhopolis et vicaire apostolique dans le Nord de TEurope. Vraisemblablement Leibniz ne fut pas initié par lui à la géologie^; déjà à Paris, en 1G75, il déclarait à Colbert que la minéralogie était encore dans Tenfance, parce que jusqu'à présent on a examiné les minéraux sans considérer les lieux d'où on les tire'* . C'était là une intuition de la géologie stratigrapiiiquc. Leibniz était donc capable de comprendre en 1G77 la doctrine de l'Iiomme qui, huit ans auparavant, avait su esquisser la distinction géolo-
1. Cf. Gcrhardl, Phil. Schr.. éd. cit.. t. ^^ pp. 182-183. Leilre à Gonring. 24 aonHG77,el Mathemalische ScJu-ifien, ^i\. cM., t. I''^ p. 171): « Nous aurons ici M. Stt'non cmi qualité d'éviMpuMn partihus et de vicaire apostolique en celte Cour, à la place de feu M. l'EvèquedeMarocco que S. A. S. entrc-
' tenait. » [Lettre à Galloys, s. d. 1G77].
2. Sur les rapports de Sténon avec la Cour de Hanovre, cf. Zeitschrift des histonschen Verelns fur Niedersachsen, Jalu'gang 18!)'.), liannover • Ilerzog Johann Friedrich, Bischof Sleno und Paslor Pelersen in IJannover, pp. 204-212, par M. KOclier.
3. A moins que Leibniz ait connu à Paris le « Prodromus » de Sténon, paru en 1G69.
4. Kloi)p, éd. cit., t. III, p. 212. Lettre à Colbert s. d. (1075).
LE MILIEU HANOVRIEN
gique des formations éruptives et des formations stratifiées'.
Leibniz loue l'érudition de Sténon : on le dit, l'épète-t-il, pieux, probe et modéré". Les restrictions viennent quand il a vu Sténon lui-môme. Sans doute, il renouvelle les éloges sur le savant; mais pourquoi celui-ci, depuis sa conversion, méprise-t-il les recherclies naturelles"\^ Gomme si la gloire de Dieu n'était pas incluse dans la nature ! Des discussions se produisirent sans doute entre eux sur cette firnsse notion religieuse; discussions sans effet; car il aurait ft\llu, dira plus tard Leibniz, « un commandement exprès du pape » pour le décider à faire encore des observations. « Il ne voulait presque plus entendre parler des merveilles de la nature '\ »
Leibniz regardait-il donc Sténon comme un savant mais faible esprit, de portée rehgieuse à peu près nulle? On devrait ainsi conclure, si l'on consultait uniquement les documents imprimés. Mais les manuscrits de Hanovre nous offrent une trentaine de fohos relatifs à Sténon' : pièces biographiques, au sujet de son abjuration; puis, fragments où s élabore le concept de « bonne volonté ». Tous les hommes de bonne
1. sténon peut être considéré comme l'un des plus authentiques précurseurs de la géologie précise. Dans son esquisse historique de la géologie, M. de Lapparent déclare que les idées de Sténon « sont le fruit direct de l'étude du terrain ; la spéculation théorique n'y a aucune part, et l'enchaînement «(ui rattache les faits signalés aux explications proposées est si parfaitement rigoureux, qu'il n'est pas nécessaire d'y chercher d'autre influence que celle d'observations bien faites, discutées avec une remarquable vigueur de raisonnement. » [Cf. A. de Laj)parent, Traité de Géologie, p. 9. Inlroduction. Quatrième édition, in-8°. Paris, 1900.]
2. Cf. Gerhardt, Phil. Schr., éd. cit., t. I''^ p. 183 : Lettre à Conring du 24 août 1G77 ; F. de Careil, éd. cit., t. ^s pp. 65-66 : Lettre sans date, écrite après que Leibniz a vu Sténon.
3. Gerhardt. Phil. Schr., éd. cit., t. I, p. 193 : Lettre à Conring. 19 mars 1678 : « Stenonium blpiscopum doleo nunc a physiologicis studiis averti ad theologica vel ideo quia in his facilius quam in illis habebit parem. »
4. kl., t. VI, p. 158. Leibniz ajoute : « ... D'un grand physicien il devint un théologien médiocre. »