id., Ibid
LA RECHERCHE DE LA VRAIE ÉGLISE
Des lors, l'ambition d'unir les Éghses ne dérive pas d'une charité laïque ou d'une politique bien entendue. S'il est un salut des âmes, en vérité ceux-là seuls le conquerront qui rêvèrent et voulurent Tunion. La charité n'est pas un luxe ou une vertu couronnant la foi. Elle est justifiante et salvatrice. Le schisme, qui la détruit, détruit donc aussi le salut. Tout homme qui travaille à l'union est sauvé ; et les Chrétiens ne seront sauvés qu'autant qu'ils auront accepte de souffrir pour une telle œuvre.
L'amour réunit ainsi les différentes Eglises et résout peu à peu les divergences dogmatiques ; mais le dogme à son tour ne s'évanouit-il pas dans l'amour et ne formons-nous point, sans que soit nécessaire l'intervention de ce dogme, une sorte de Rovaume idéal de la Charité sur la terre ?
Il n'en serait pas ainsi, peut-être, si l'amour était précisément le hen mystique entre la théorie et la pratique, entre le dogme proprement dit et l'action religieuse.
N'atlc;ndrait-on pas ici la source métaphysique de tout l'effort rehgieux de Leibniz? L'union des Églises, matériellement réalisée, se trouve métaphysiquement préformée par l'indissolubilité nécessaire de la foi et de la chai'ité. En approfondissant les notions fondamentales de la connaissance et de l'amour, on s'aperçoit que toute séparation est impossible et que les disjonctions, inévitables dans l'ordre de la foi, sont d'avance rectifiées par la charité. Une correspondance parfaite s'établit par suite entre cette union théorique et spirituelle et l'union pratique et matérielle.
Peut-être cette construction toute schématique n'est-elle pas trop infidèle à la pensée de Leibniz. Lui-même voyait en l'amour de Dieu le principe de toute union religieuse ; et il ne croyait pas ainsi exprimer une thèse purement personnelle.
L ÉGLISE UNIVERSELLE
Car nombre de théologiens catholiques ont déclaré que seul Tamour de Dieu est nécessaire \ Ceux qui aiment vraiment Dieu « sont remplis de la grâce du Saint-Esprit, et se trouvent étroitement unis avec le Verbe éternel, et avec la sagesse divine qui est dans Jésus-Christ, quand môme ils ne le connaîtraient point assez selon la chair - », et quand ils ignoreraient jusqu a son nom. Ceux-là ne peuvent être dits Infidèles. Ils sont membres de l'Église ; car TÉglise est l'union miraculeuse d'hommes aimant Dieu. Ils participent môme aux sacrements; ils sont baptisés de ce baptême de l'Esprit, où « l'eau n'entre point "^ ». Sa grâce invisible va jusqu'à eux. Comment seraient-ils damnés, de par l'absence de signes visibles? « Ce n'est pas le défaut de sacrement, mais le mépris qui condamne » '\
Doctrine non protestante, mais formulée par des Jésuites \ « Il sera difficile de produire de leurs auteurs qui soient dun autre setitiment » ; * et de la sorte, à la double indig-nation des Protestants et des Catholiques, les Païens eu;>c-mômes seraient accessibles au sainte Ils connaissent en effet implicitement le Piédempteur, s'ils aiment Dieu^ Comment les
1. F. de Careil, éd. cit., t. I^r, p. 133. Lettre à un inconnu.