Id., t. 1", p. 174. Lettre k M"'° Brinon, s. d
5 « Ceux des Ctirétiens qui disent qu'il n'y a point de salut hors de n^glise ne l'expliquent ordinairement que de ceux qui sont dehors par lem- faute. » (Id., t. 1-. p. lo3, note 2.)
6. Id., t. I", p. 148. Note 1. — Distinction entre les hérétiques « formels » cl les hérétiques « matériels »
7 « Les Jésuites ont soutenu que... la conscience sincère d'un chacun est toujours le dernier juge ici-bas. » (Id., t. 1-, p. 151, note 3.)
8. Rommel, éd. cit., 1. 1", p. 277 (1G80). Non souligné par Leibniz.
LA RECHERCHE DE LA VRAIE EGLISE
ment indignés. Car contre Luther il faudra dire que « la charité met plutôt un homme en état de grâce que la foi^ ». Et aux Catholiques il faudra affirmer que la foi justifiante en même temps que créance ou acte d'entendement est confiance ou acte de volonté. Une telle confiance produira alors un mélange de foi et de charité. Indissoluble force, cette foi riche de cliarilé devient le véritable amour. Car peut-être les disputes sur la justification proviennent-elles de ce que Catholiques et Protestants prononcent un môme nom qu'ils interprètent de deux manières. Selon les Catholiques, la foi est un acte d'entendement, tandis que l'espérance et la charité sont créées par la volonté. Mais les Protestants expliquent d'ordinaire « la foi d'une telle manière qu'elle comprend en elle la charité ou l'amour de Dieu ». Comment s'étonner qu'ils assurent que la foi est justifiante? Une telle foi, qui enveloppe l'amour, justifie, selon les principes des deux partis-. Luther a donc pu dire sans hérésie que seule la foi est justifiante.
Illusion peut-être que cet effort pour entraîner en l'Eglise nouvelle le théoricien de la foi. Car foi et cliarité se liiérarchisent pour Leibniz ; la charité ne se mêle pas seulement à la foi, elle s'y substitue sans dommage, tandis que la foi ne saurait vivre indépendante de la charité : « La foi est morte sans la charité, qui supplée au défaut de la connaissance ^ » L'amour anticipe sur la science. Il se peut que Luther et les Protestants aient parlé d'une foi riche d'amour; jamais pourtant ils n'eussent sacrifié la foi à la charité. Retenons cepen-
1. Rommel, éd. cit., t. V\ p. 277 (1680). Souligné par Leibniz.
2. Lettre inédile au Landgrave v. II.-Rheinfels, janvier 1687. Liasse h\ /■«» 433.
3. F. de Gareil, éd. cit., t. I", p. 179. Lettre à M-"» de Brinon, s. d.
l'église universelle
danl celte tentative suprême d'union : elle paraît lourde d'enseignements. Avant tout elle signifie que seuls les concepts morts se montrent à nous distants et irréductibles. Ces notions de foi et de charité, si nous les laissons toutes verbales et logiques, jamais ne se fondront en un point de vue supérieur. Mais, si Ton pénètre au delà du mot, si l'on approfondit la foi telle qu'unLuther la promulgua, n'y trouvet-on pas toute la volonté, toute Tespérance, c'est-à-dire toute la charité ? Les Calhohques n'auraient-ils pas dès lors simplement disjoint, par souci d'analyse, une unité indissoluble? Quand ils parlent de foi et de charité, ne divisent-ils pas ce que Luther a voulu maintenir comme un tout ? En vérité, peut-être historiquement Leibniz se trompe-t-il. Mais métapliysiquement, il détruit les concepts pour atteindre les clioses
elles-mêmes.
On comprend désormais que l'opiniâtreté, l'excommunication brutale, le schisme paraissent à Leibniz les vrais et damnables égarements. Ceux que le Christ appelle des païens et des pubhcains ne sonl-ce pas ces hommes qui veulent et nourrissent le schisme? « Pourquoi le schisme est-il un si grand mal? N'est-ce pas parce qu'il blesse si fort la charité' ? »
Doctrine par qui est renversée l'ordinaire hiérarchie des fautes. Vous pouvez posséder la vérité et cependant être hérétique, si vous défendez mal cette vérité?' Si vous excommuniez vos frères, vous devenez vous-mêmes schismatiques : « On n'excommunie pas les gens à cause de leur erreur, mais à cause de leur opiniâtreté ou mauvaise disposition du cœur^ »
1. F. de Garcil, éd. cit., t. I-, p. 179. Lettre à M-"" de Brinon, s. d.
2. Id., 1. 1" p. 183, note 3 : « On peut être de mauvaise foi, et opiniâtre, lors môme qu'on soutient la vérité, c'est-à-dire lorsqu'on la" tient sans fondement par un mauvais principe. »