‹ Leibniz et l'organisation religieuse de la terre [microform]Chapitre 180 sur 306 · Klopp, éd. cit., t. Vi, p · texte numérisé non relu

Klopp, éd. cit., t. Vi, p

L KGLISE UNIVERSELLE

vraie Eglise ». Eparses en des fragments pour lapJupart inédits, ses idées sur TEglise ne s'exprimèrent jamais en leur plénitude. La synthèse se fit pourtant en lui, parfaite et cohérente; mais il en développa si rarement les termes décisifs que Ton est forcé de construire une théorie dont le modèle intégral n'est figuré nulle part. Une telle construction n'est cependant pas arbitraire. Elle se fonde sur de multiples phrases, parfois sur de simples notes marginales, qui jamais ne se contredisent e9.ve/z/z>//e/?2e/i^; si bien, que des textes, et des textes seuls, une recherche de la vraie Eglise surgit. Recherche que Leibniz n'entreprit pas extérieurement aux obstacles innombral)los de Texpérience. Mais, puisque la succession verbale disjoint une fondamentale unité, il est nécessaire de déterminer, — et cette fois encore au moven des textes seuls, — comment la doctrine de Leibniz, heurtant contre les médiocrités objectives, s'enrichit de plus en plus à leur contact.

L'infaillibilité limitée aux problèmes « salutaires » ; l'autorité'de l'Eglise réduite aux données littérales de l'Ecriture ; les erreurs de l'Eglise relevées uniquement dans les questions étrangères au salut; bref, la vérité essentielle possédée et maintenue par l'Eglise; — de toutes ces grandes thèses qui édifièrent la vraie Eglise, pratiquement on doit conclure que l'union ecclésiastique de tous les Chrétiens est possible et môme théoriquement facile. Dès lors le problème essentiel est formulable ainsi : Serait-il « permis en conscience aux Eglises unies avec Rome, d'entrer en communion ecclésiastique avec des Eglises soumises aux sentiments de l'Eglise catholique,, et prèles à être même dans la liaison de la hiérarchie romaine.

mais qui ne demeurent pas d'accord de quelques décisions^? » Leibniz a vu des pièces authentiques qui prouvent que le Pape, des cardinaux, le général des Jésuites, le Maître du Sacré Palais, ont encouragé un vœu analogue de Spinola.

La correspondance avec Bossuet, auparavant marquée par des tentatives incomplètes, s'inaugure ainsi, le 8 janvier 1692, par cette proposition décisive. Mais Bossuet n'accepte pas une souplesse qu'il juge hérétique. Les Protestants, déclare-t-il, ne doivent pas d'abord se réunir et ensuite examiner; mais d'abord examiner et ensuite se réunir. Au mois d'août 1G92, il envoie sqs Réflexions sur récrit de M. tAbbé Molanus. Il proclame les Protestants, malgré tout leur désir, des opiniâtres. Les Protestants, en définitive, nient l'Église, quand même ils l'affirment : « Je suis soumis à l'Église », disent-ils, « mais je ne sais ce qu'elle est, ni où elle est » ; attitude mystique peutêtre, mais anti-catholique assurément. « Je soutiens donc que M. de Leibniz et ceux qui entrent comme lui dans les tempéraments de M. l'Abbé Molanus, ne sont point excusés par là de l'opiniâtreté qui fait l'hérétique, pour trois raisons qui ne peuvent être plus décisives ni plus fortes : La première, que les exceptions qu'ils apportent contre les Conciles auxquels ils ne veulent point qu'on ait égard, détruisent tous les jugements ecclésiastiques... La seconde, qu'ils n'ont trouvé aucun

exemple de la condescendance qu'ils nous demandent La

troisième, que les décisions du Concile de Trente... sont recevables et irréprochables lorsqu'elles sont bien entendues". »

Cette (( condescendance » est donc sans exemple, d'après

1. F. de Gareil, éd. cit.. 1. 1»^. p. 306. Lettre de Leibniz à Bossuet, 8/18 janvier 1692. ^La première en date des lettres importantes de la Correspondance.)

2. Cf. Bossuet, éd. Guillaume, éd. cit., t. IV, p. 54i. Réflexions sur l'Écrié de M. l'abbé Molanus.

Baru/j.

l'église universelle

Bossuet. Or Leibniz s'était avisé, par avance S d'un exemple historique. L^Église, selon la logique de son essence, devra regarder comme possible ce qui déjà a été fait^ S'il en est ainsi, la demande des Protestants n'est pas inouïe. Leibniz la compare à celle des Galixtins de Bohème, qui refusèrent de s'incliner devant le Concile de Constance et réclamèrent la Communion sous les deux espèces. Or, les députés du Concile de Baie reçurent néanmoins les Calixtins dans l'Éghse et leur demandèrent seulement de croire que la Communion sous une espèce est, elle aussi, « entière et valide ' ».

L'exemple était rigoureusement exact. Mais, le choix du m;ystérieux concile de Baie était peu probant. Les députés de Bâle acceptèrent les ambassadeurs hussites, surtout parce que l'Allemagne ne pouvait rien contre Tinsurrection taboritc. L'Éghse prolita des hésitations dont étaient travaillés certains Hussites eux-mêmes, qui, plus modérés que les Taborites, redoutaient rhérésie; et, le 5 juillet 1436 seulement, alors que les Taborites avaient été vaincus, les Tchèques obtenaient la Communion sous les deux espèces.

Le Concile de Bâle, cependant, malgré l'opposition d'Eugène IV, resta œcuménique jusqu'au moment où le Pape déclara sa dissolution '^ et convoqua le Concile de Ferrare (8 janvier 1438). Leibniz, d'ailleurs, ne négligeait pas non plus le Concile de Ferrare, devenu bientôt Concile de Florence (1439) .

1 Je dis • par avance; car Leibniz donna cet exemple dans sa lettre du 48 avril 1692. antérieurement à récrit de Bossuet, - remis sensiblement plus tard par le comte Balati. Cf. F. de Careil, éd. cit., t. K p. 387. Lettre du 1" octobre 1692 : « J'ai eu enfin le bonheur de recevoir des mains de M. le comte Balati vos Réflexions importantes sur 1 écrit de M. l'abbé Molanus. »

2. F. de Careil, éd. cit., t. 1", p. 343. Lettre du 18 avril 1692.

3. Id. Ibid. (Leibniz joignait à sa lettre le texte de l'acte.)

4. Le Concile de Bàle fut déclaré authentique par le Concile de Ferrare jusques et y compris la vingt-quatrième session.

l'obstacle

II avait noté que les Grecs avaient été admis à discuter avec les Pères de Florence. Que n'admettrait-on de môme les Protestants? L'exemple, objectait Bossuet, n'est pas juste, car avant la réunion de Florence toutes les divergences avaient été conciliées \

Théorie historiquement exacte, puisque Nicolas de Cusa avait en effet conversé longtemps avec le cardinal Bessarion. Mais les pasteurs protestants ne pouvaient-ils de môme s'accorder par avance avec des évoques catholiques ? Le 6 juillet 1439, lorsque le cardinal Cesarini lut en latin et Bessarion en grec le Credo commun, quelque chose de précaire, sans doute, mais de grand s'échafauda, que rien ne défendrait de revoir dans l'avenir. Si l'Église a pu s'incliner sur « une poignée de gens » agglutinée par un Ziska et un Procope ^ que ne fera-t-elle pour la généralité des Protestants ?

Certes, répondait Bossuet, si l'Église déclare les Protestants ses enfants, que demanderont-ils de plus? Seulement, elle aura détruit son autorité et se sera anéantie elle-même. Que signifie alors cet exemple des Calixtins? Entre la question des deux Espèces et la négation du Concile de Trente, quel rapport sérieux établir ? « Cela n'est rien moins qu'une suspension du Concile de Constance ^ » Bossuet jugeait l'argument de Leibniz si négligeable qu'il y répondait seulement de façon vague et indirecte, dans une lettre à Pellisson^ Or Leibniz

1. F. de Careil, éd. cit., t. I", p. 334. Lettre de Bossuet à Pellisson 7 mai 1692. '

2. Id., t. I", p. 344. Lettre de Leibniz à Bossuet, 18 avril 1692.

3. Id., t. 1er, p. 353. Lettre de Bossuet à Pellisson, 7 mai 1692. Bossuet donnait dans cette lettre substantiellement son avis, et croyait sincèrement s'expliquer suffisamment : « Si vous croyez môme qu'il presse de faire quelque réponse, vous pouvez faire passer cette lettre à M. Leibniz • Il verra du tnoins qu'on fait attention à ses remarques. » (Non souligné par Bossuet.) Id., même lettre, p. 354.

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