‹ Leibniz et l'organisation religieuse de la terre [microform]Chapitre 201 sur 306 · Id., t. l«s p. 526. Même leUre · texte numérisé non relu

Id., t. l«s p. 526. Même leUre

4. Id., t. II, pp. 66-67. Lettre de Leibniz à Bossuet, 12 juillet 1694.

L EGLISE UNIVERSELLE

revient à vous, Monseigneur», écrivait-elle àBossuct. « ...Ne souffrez pas que nos frères vous échappent... Je suis tout attendrie de la persévérance avec laquelle ces honnêtes Protestants reviennent à nous : Tesprit de Jésus-Christ est plein d'une charitable condescendance, pourvu qu'on ne choque pas la vérité. Au nom de Dieu, Monseigneur, livrez-vous un peu à cet ouvrage, et voyez tout ce qui peut contribuer à le faire réussir \ » Frappée sans doute par la simplicité du projet de Leibniz, elle demande à un docteur de la Sorbonne ce qu'il faut penser de cette prière des Protestants relativement au Concile de Trente. Or « Ton m'a répondu », écrit-elle à Bossuet le 18 juillet 1694, « que, pourvu qu'ils crussent la réalité de la présence de Jésus-Christ au Saint Sacrement, de la manière que nous la croyons ; qu'ils revinssent à l'Eglise avec un esprit de soumission,... on ne doute pas que, pour un si grand bien que la réunion, on ne leur accorde ce qu'ils désirent, pourvu que cette réunion soit sincère et du fond du cœur... J'espère, Monseigneur, que vous ferez de votre part tout ce qu'on doit attendre de votre zèle, de votre douceur et de votre charité ^ »

Ne jugeons pas négligeables de telles paroles. Non seulement elles traduisent une ame chrétienne ; mais, si réellement des prêtres théologiens ont pu croire en la possibilité d'une union telle que la construisait Leibniz, Bossuet n'a-t-il point gravement retardé l'heure des mutuelles compréhensions? Or, après avoir, dès 1693, déclaré indispensable l'acceptation de Trente, il écrira de moins en moins. En 1694, une seule

i. F. de Careil, éd. cit., t. ^^ pp. 527-9. Lettre de M°>° de Brinon à Bossuet, 5 novembre 1693.

2. Id., t. II, pp. 73-74. Lettre de M^o de Brinon à Bossuet, 18 juiletl694.

L OBSTACLE

lettre, peu importante*. Visiblement, les rapports se tendent et les espoirs s'annulent. La mort de Pellisson, au début de l'année 1693, avait dû, d'ailleurs, diminuer en Leibniz l'ardeur primitive. Non qu'il admirât cet esprit quelque peu médiocre; mais il appréciait Tinduence politique et la modération de PeUisson. Une lettre à un correspondant inconnu nous éclaire ici : « La mort de M. Pellisson », écrit Leibniz, « a interrompu un commerce dont cet excellent homme était charmé, à cause d'une ouverture que je lui avais donnée en passant des sentiments de quelques principaux théologiens de la confession d'Augsbourg, qui sont mes amis particuUers. Comme il croyait avec raison que cela pourrait servir d'acheminement à la paix de l'Église, il le jugea si important qu'il en parla au roi son maître d'une manière efficace, et sans sa mort je crois que la négociation aurait eu quelque suite -. » Le projet d'union avec TÉghsc de France ne fut-il point dès lors un nouveau signe des efforts de Leibniz pour attirer Louis XIV aux grands desseins rôvés par lui? Et en dépit de l'apparence, les relations mômes avec Bossuet ne furent-elles point subordonnées à de tels efforts ? Peu à peu, cependant, Leibniz s'intéressa à ce duel d'esprit à esprit. Mais, outre qu'il n'aima jamais Bossuet, il laissa, à mesure qu'il s'attachait davantage à la discussion telle que la comprenait son adversaire, disparaître le caractère pratique du projet. Et, de la sorte, les lettres les plus complètes furent écrites de part et d'autre alors que tout espoir de persuasion se fut évanoui. De façon décisive, d'ailleurs, Leibniz a jugé sa double correspondance avec Pellisson

1. F. de Careil. éd. cit., t. II, pp. 74-75. Lettre du 12 août 1G94.

2. Id., t. II, pp. 79-80. Cf. Lettre médite à Ez. Spanheim, 24 aoiU 1697: « Dans les lettres que j'échangeais avec M. de Meaux à l'occasion de mon commerce avec feu M. Pellisson » (non souligné par Leibniz).

l'église universelle

et Bossuet : « Le P. Verjus » me dit a que, s'il pouvait, il achèterait ma conversion (comme il parle) avec tout ce qui lui reste de vie, et que feu M. Pellisson leur en avait donné espérance. Mais c'est que M. Pellisson et moi nous traitions la matière avec beaucoup de civilité... Mais après la mort de M. Pellisson, Tévcque de Meaux, voulant continuer la correspondance, prenait un ton trop décisif, et voulait pousser les choses trop loin, avançant des doctrines que je ne pouvais point laisser passer sans trahir ma conscience et la vérité; ce qui fit que je lui répondis avec vigueur et fermeté, et pris un ton aussi haut que lui, pour lui montrer, tout grand controversiste qull était, que je connaissais trop bien ses finesses pour en être surpris. Nos contestations pourraient faire un

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