‹ Leibniz et l'organisation religieuse de la terre [microform]Chapitre 230 sur 306 · Id., t. 11, p. 302. Même leUre · texte numérisé non relu

Id., t. 11, p. 302. Même leUre

L EGLISE UNIVERSELLE

mons, il est vrai, TÉglise infaillible. Mais comment oseriezvous vous dire cette Eglise, vous qui détruisez continuellement rinfaillibilité ? Bref, il faut un terme à ces discussions. A entendre Leibniz, TÉglise, Tinfaillibilité, la catholicité, seraient maintenues par les Protestants. Malheur à nous, si nous étions un instant séduits par ces nuances mensongères. Il est temps de rejeter à jamais Fappel de Leibniz : « Laisseznous donc en place comme vous nous y avez trouvés, et ne forcez pas tout le monde à varier ni à mettre tout en dispute ; laissez sur la terre quelques Chrétiens qui ne rendent pas impossibles les décisions inviolables sur les questions de la foi, qui osent assurer la religion, et attendre de Jésus-Christ, selon sa parole, une assistance infailUble sur ces matières. C'est là Tunique espérance du christianisme ^ »

« C'est là, dites-vous. Tunique espérance du christianisme. Mais il faut vous prier à votre tour de laisser sur la terre des gens qui s'opposent au torrent des abus, qui ne permettent point que Tautorité de TEgUse soit avilie par de mauvaises pratiques, et qui ne souffrent point qu'on abuse des promesses de Jésus-Christ pour établir Tidole des erreurs : autrement c'est rendre Tassistance de Jésus-Christ, unique espérance des Chrétiens, très obscure et ti'ès incertaine. Joignez-vous plutôt à eux, s'il est possible, en donnant Thonneur à Dieu, et rendez par là son lustre au cliristianisme-... » Nous ne changerons jamais, répondait sans cesse Bossuet. Vous pouvez changer, vous dont le principe même est le

1. F. de Careil, éd. cit., t. II, p. 393. Lettre de Bossuet à Leibniz, 12 août 1701.

t. 1(1., t. Il, p. :262. — Cette lettre, qui est une réponse, sans date, à la lettre de Bossuet citée ici, est placée dans Tédition de F. -de Careil plus de cent pages auparavant (pp. 258 et suiv., tandis que la lettre de Bossuet est à la page 38G).

L OBSTACLE

nouvel examen. Venez donc à nous. Nous ne pouvons aller vers vous. Cet orgueilleux avantage vous blesse. Et tout vous semble désespéré. Rien n'est perdu pourtant, si vous nous laissez exposer notre doctrine jusqu'au dernier éclaircissement. C'est pourquoi il faut répondre à ces arguments qu'un Leibniz avait pu croire définitifs : « ... Je ne dois pas vous laisser dans cette pensée. Vous aurez ma réponse, s'il plaît à Dieu, dès le premier ordinaire \ »

Il n'est pas douteux, cependant, que les Mémoires publiés sur le Concile de Trente donnent historiquement raison à Leibniz. Quand certains députés du Concile, un peu plus défiants de leurs décisions que la majorité des Pères, demandèrent qu'on mît quelque différence entre les livres reçus et les livres canoniques, Tassemblée refusa, « à cause de la difficulté du sujet - ». Au sujet de Tanathème, il y eut de môme hésitation, et trente-sept Pères seulement votèrent. En avril lo4(), le cardinal de Trente réclama qu'on plaçât les livres de moindre autorité après les canoniques. « Car, » dit-il, « le livre de Tohie... est placé dans le décret avant plusieurs livres, de Tautorité desquels on n'a jamais doutée » Mais on ne voulut pas agir autrement qu'à Florence. Le Concile n'admit pas de différence entre les livres : La canonicité ne comporte pas de degrés, déclara-t-il. Peut-être toute la difiiculté provenait-elle de ce que les protestataires entendaient le mot « canonicité » au sens grec et le définissaient par la valeur intrinsèque des textes. Le Concile, au contraire,

1. F. de Careil, éd. cit., t. II, p. 390. Lettre de Bossuet à Leibniz, 12 aoiit 17U1.

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