Deuxième instruction, op. cit., éd. Lévesque, pp
2. Première instruction^ op. cit., éd. Guillaume, t. V, p. 66.
LA GLOIRE DE DIEU
choses. » Je puis trouver nuls tous les autres plaisirs, pourvu que j'aie la joie de me transporter, selon mes forces, au centre de la félicité divine \ Je ne supprime donc pas mon propre bien, comme le voudraient les Quiétistes, puisque ce bien luimôme est extrait de mon amour. Je puis aimer Dieu et jouir de mon amour, môme si je souffre, môme si je suis à jamais dénué de tout autre plaisir. Mais comment pourrais-je supposer que je continuerai d\aimer Dieu, même si je suis à jamais privé de lui'? « Si quelqu'un faisait cette supposition comme véritable, il serait dans Terreur, et il ferait voir qu'il ne connaît pas assez la bonté de Dieu, et par conséquent qu'il ne l'aime pas encore assez ^ »
Si l'amour humain ou divin réalise ce miracle que le bien d^un être soit extrait du bien d\m autre être, il se transforme en une puissance d'universahté. J'arrive à Dieu en portant à Tabsolu un effort déjà ébranlé en moi par tous les mobiles naturels. Puiser l'amour en une jouissance qu'excitent le bonheur et la perfection d'autrui, ou confondre son être propre avec la destinée de l'univers ; — à la limite, c'est môme
chose.
Enrichissement graduel de la notion d'amour, qui nous fait sympathiser d'abord avec un nombre croissant d'êtres, puis nous insérer dans la destinée même du monde, jusqu'à nous vouer, avec la même foi que pour les œuvres personnelles, à la conquête d'une terre nouvelle, à l'expansion et à
1 Gerhardt, Phil. Schr., éd. cit., t. VII, p. 547. Cf. aussi Inédits, Philo- Sophie, vol. III, 1 d, Billet de Leibniz à Molaniis.
2 Leibniz connaissait mal sans doute cette doctrine de Fénelon. — Il a d'ailleurs souvent déclaré que la pensée de Fénelon s'haruionisera.t sans difficulté à la vraie théorie de l'amour. (Cf. Lettre à Le Thorel, 13 avril 1699.)
3 Gerhardt, Phil. Sc/ir., t. VII, p. 547. Cf. encore Lettre i?iédite à Morell 29 septembre 1698: « Ceux qui croient qu'une àme qui aime Dieu peut être damnée ont une fausse idée du Ciel et de l'Enfer. »
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LA GLOIRE DE DIEU
Torganisation religieuses. Tel serait le « Bien général». Métaphysiquement ce « Bien général » s'offre à nous comme le Bien universel. Dieu est lui-même le « Bien » de toutes les créatures. Il faut donc que nous tendions notre effort jusqu'à lui, par laa générosité ». Vertu créatrice en nos âmes d'actes dignes de notre « genre », qui est le genre de Dieu^
Le « Bien général » est ainsi métaphysique par essence. Par là, il se sépare rigoureusement par avance des divers et médiocres utilitarismes et des déclamatoires « rehgions de l'humanité ».
En effet, réaliser le « Bien général » c'est rendre les hommes plus parfaits et plus heureux. Mais d'où leur peuvent venir cette perfection et ce bonheur? Uniquement de la connaissance de Dieu-. xMoment décisif delà dialectique leibnizienne : L'action s'écliappe directement de la connaissance; mais la connaissance nous conduit elle-même à saisir un Dieu qui agit, et qui est le Bien général.
Suivons d'abord la marche progressive : nous n'atteindrons jamais Dieu par la quiétude et l'extase. La véritable <c quiétude », qu'on trouve dans la Sainte Écriture, dans les Pères et dans la Raison, nous invite à nous détourner des plaisirs des sens, «afin de mieux écouter la voix de Dieu, c'està-dire la lumière intérieure des vérités éternelles\ »
« Lumière essentielle qui est la Parole éternelle de Dieu\ »
1. Gerhardt, Phil. Schr., t. VII, p. 105. Fragment sur la générosité, sans titre de Leibniz.
2. Cf. Lettres inédites à Morell, et notamment celle du 10 décembre 1096.