Id., Jbid
IJAUUZI.
LA GLOIRE DE DIEU
vérités où cet enchaînement nous peut mener i» . Métaphysiquement, renchaînement de toutes les vérités, — vérités naturelles et vérités révélées, — conduirait à une conclusion finale identique. Et la Raison, telle que la veut construire Leibniz, serait une synthèse de la raison proprement humaine et de la raison initiée à Dieu. Fusion nécessairement ici-bas inachevée. Mais la Logique, transformée et élargie, ne nous permet-elle pas d'anticiper sur le Ciel" ? Nous ne pouvons pénétrer le Mystère ; mais nous le pouvons s ou te ni?\ et de la sorte nous y atteignons^ On objecte que jamais ainsi on ne construira. La raison serait uniquement susceptible de critique, jamais de création. Cependant, un Mystère dont on soutient la possibilité n'est-il en rien positivement conquis par rrous ? Et doit-on parler des bornes de l'esprit humain, qui, au contraire, en cet effort pour pénétrer «l'intérieur des choses », exprime sa force inépuisable?^ Les négations ne sont qu'a'pparentes. Ce qui a été un instant détruit sera redressé, quelque jour, et comme incorporé à un édifice plus vaste. Et, quand deux thèses opposées paraissent ensemble anéanties, une vérité nouvelle, plus haute et plus profonde, les réunit par delà. N'est-ce point déjà la formule du rythme hégélien? Lorsque la
1. Gerhardt, Phil. Schr., éd. cit., t. VI, p. 86. Théodicée, Disc. préL, par. 63.
§. Selon la logique mystique de Leibniz, la Caractéristique universelle nous.amènerait à comprendre tout ce que peut reconstituer la raison d'un ange — La notion d' « ange » reparait souvent chez Leil)ni:^ — Cf. Cette définition in Inédits, Théolof/ie, vol. XX, f» 249 : « Angélus est spiritus completus creatus. » Cf. Goulurat, Opuscules et Fragments inédits, édit. cit.. p. 1)4, note ± — et les textes cités ibid. — On pourrait donc parler d'une sorte de logique des anges, dont la nôtre serait l'anticipation.
3. Gerhardt, t. VI, p. 91. Théodicée, Disc, p/'e'/., par. 72.
4. Gerhardt, éd. cit., t. VI. p. 97. Théod. Disc. prél.... par. 81 : «Je crois, ({u'il y faut reconnaître des mar(pies de la force de l'esprit humain, (jui h' fait pénétrer dans l'intérieur des choses. Ce sont des ouvertures nouvelles, et pour ainsi dire des rayons de l'aube du jour, (pii nous promet wne lumière plus grande. »
LA GLOIRE DE DIEU * 467
raison, dit Leibniz, « détruit quelque thèse, elle édifie la thèse'^ opposée. Et lorsqu'il semble qu'elle détruit en même temps les deux thèses opposées, c'est alors qu'elle nous promet quelque chose de profond, pourvu que nous la suivions aussi loin quelle peut aller ^ ».
Ainsi la raison, telle que les hommes la décrivent, s'oppose à la foi, telle que les hommes la décrivent. Mais, à mesure que celte raison hmitée est détruite, la foi véritable apparaît; et, quand toutes les deux semblent près de s'anéantir, la raison universelle s'offre à nous. Nous la devons suivre selon nos forces, « aussi loin qu'elle peut aller ». Alors s'effaceront les oppositions coutumières. Les notions dépravées se l'edresseroiit. Les phénomènes de la foi irréductibles à la raison s'y ramèneront ou mourront. Le Mystère se pourra soutenir par la raison ; de même le miracle devra rentrer dans l'ordre ou disparaître. « Dieu ne fait rien hors d'ordre". » Sans doute les théologiens se récrieront et parleront de volontés « extraordinaires » de Dieu. jNlais les volontés que nous croyons extraordinaires ne s'opposent violemment qu'à l'ordi'e particulier des créatures. L'ordre universel domine et régitTordre particulier ; et à l'Universel toute volonté de Dieu ne peut être que conforme^ Nulle irrégularité n'est même concevable. Un miracle est fidèle à l'ordre universel, de même que les opérations naturelles s'harmonisent avec les maximes subalternes de la nature ou « coutume de Dieu'' ». Nulle parti^f
1. Gerhardt, éd. cit., t. VI, p. 97. Théod., Disc, prélim.. par. 80.
2. Id., t. IV, p. 431. « Discours de Métaphysique », par. VI.